• 100 000 emplois supprimés en 2012

     100 000 emplois supprimés en 2012 : dix travailleurs « détruits » racontent.

    Selon l’Insee, l’industrie, la construction et les services ont perdu 100 000 emplois en 2012. Des postes qui souvent ne seront plus jamais occupés. Dix nouveaux chômeurs témoignent de ces disparitions et de leur reconversion pas simple.

    Les raffineries quittent le pays, l’industrie automobile périclite, les journaux coulent, des commerces ferment. La France a plus de 3 millions de chômeurs, un secteur de l’intérim en grande difficulté – 61 000 postes en moins en 2012 – et beaucoup de nouveaux retraités non remplacés.

    Des postes de travail disparaissent, dont on sait que plus personne ne les occupera. Les statistiques parlent de « destruction d’emplois », il faudrait aussi parfois parler de destruction de métiers.

    Making of

    Pour sélectionner quelques-uns des secteurs qui ont le plus perdu d’emplois, en proportion de leurs effectifs, nous avons utilisé les chiffres et la nomenclature de l’Insee.

    Le cabinet Trendeo nous a de son côté fourni la liste des derniers plans sociaux, qu’il repère méthodiquement dans la presse régionale et nationale.

    PS : l’intérim est le « secteur » qui a le plus perdu d’emplois (10% de ses effectifs), ce cas étant spécifique nous lui réserverons un article à part.

    Dans d’autres secteurs, des emplois se créent. Mais ils ne font pas le poids face à l’industrie, la construction et les services, qui en ont perdu 100 000 en 2012, selon les derniers chiffres de l’Insee.

    Quand on est informaticien et que l’on se retrouve au chômage, la recherche d’un travail dépend de la conjoncture, de son CV.

    Le cariste, l’imprimeur, l’agent de voyages traditionnel ou le vendeur de jeux vidéo se retrouvent, eux, riches d’un savoir-faire qui n’a plus de valeur. Inutiles dans une société qui n’a pas su les aider à s’adapter aux mutations de production.

    Rue89 a souhaité faire le portrait de dix travailleurs « détruits » dans ces secteurs. Raconter, à travers leur parcours, la violence de la crise économique.

    1-Catherine, modéliste : « Tout est transféré en Asie »

    Le textile fait partie des secteurs les plus touchés, en pourcentage, par la destruction d’emplois. (DR)

    Catherine, le prénom a été modifié, n’est pas retournée au boulot depuis le 21 février, jour où on lui a annoncé son licenciement. Elle était modéliste depuis dix-sept ans dans une entreprise de confection de vêtements d’enfants, tout près de Nantes en Loire-Atlantique.

    Modéliste, c’est construire le « patron » du vêtement. « La réalisation technique des plans de face et de profil, qui permettent la fabrication du premier modèle », dit-elle. Elle a fait ça toute sa vie.

    Dans la région, le secteur de la confection disparaît. « Avant, il y avait des boîtes comme Newman ou Gaston Jaunet. On avait l’embarras du choix. » En ce début d’année 2013, l’entreprise de Catherine coule à son tour. « C’est le quatrième plan social en cinq ans. »

    Cette fois-ci, 36 postes sont supprimés dont le sien. « Tout est transféré en Asie. »

    Seule « la création » n’est pas délocalisée (trois stylistes sur cinq sont quand même virées). Catherine nous dit que les quelques modélistes qui restent ne font plus que remplir des « tableaux de mesure » (où les dimensions du vêtement sont consignées, l’étape précédant le patron). « Un petit dossier » constitué du dessin, d’indications sur la matière et du tableau de mesure est envoyé en Chine ou en Inde.

    Tout est fait là-bas. Quelques couturières sont conservées au chaud, dans l’atelier français, pour des rattrapages ou des rectifications.

    L’entreprise de Catherine fabrique principalement des vêtements pour la grande distribution. « Pour des gens qui n’ont pas beaucoup de moyens, le transfert en Asie était inéluctable. » Catherine s’excuse de tenir des propos protectionnistes et moralisants, mais dit :

    « Il faudrait que les gens consomment moins et mieux. Ils n’ont pas besoin de tout ce qu’ils achètent, il faudrait qu’ils comprennent qu’ils peuvent sauver des métiers, le mien disparaît. »

    Comme Catherine a plus de 50 ans, elle a le droit à trois ans de chômage. Si elle veut rester modéliste, son problème c’est que les entreprises susceptibles d’embaucher sont à plus de 150 kilomètres de chez elle (IKKS, Gemo). Cela nécessiterait de prévoir un gros budget essence.

    Le salaire d’une modéliste en fin de carrière est d’environ 1 700 euros nets. « Je ne sais pas si ça vaut la peine. »

    Le secteur du textile, de l’habillement, de la chaussure et du cuir a détruit plus d’emplois qu’il n’en a créés. Il a même perdu 1,6% de ses effectifs cette année : 1 900 emplois. Nolwenn Le Blevennec

    2-David, journaliste papier : « Depuis Internet, l’impression d’être méprisé 
     
     

    David Larbre, 46 ans, éditeur à La Tribune depuis onze ans. Parti lors de la liquidation judiciaire. (DR)

    David Larbre avait l’impression de travailler dans « la tour de contrôle » du journal :

    « Les éditeurs sont là pour veiller à ce que les pages ressemblent à quelque chose, pour qu’un sens cohérent se dégage du journal, pour que les gens le lisent. »

    A La Tribune, les éditeurs participaient au choix des sujets le matin, sélectionnaient les photos et les infographies, relisaient les articles, les titraient.

    Mais quand le journal a commencé à rencontrer des difficultés économiques, ils « ont fait partie des premiers touchés », se souvient David. Pour lui, « ça a contribué à l’affaiblissement des contenus » et à la désaffection progressive du lectorat ».

    C’était autant de même travail avec moins de personnel. Il a également fallu faire plus vite : en 2012, le bouclage se faisait deux heures plus tôt qu’en 2002, raconte David. Tandis que les supports se sont multipliés : il a fallu peu à peu mettre l’information en scène sur les tablettes et les sites Internet, ne plus.

    Au fur et à mesure, David a eu l’impression, dans son métier, d’être « marginalisé », « un peu méprisé » :

    « Quand on soulevait un problème d’information non vérifiée, de censure, d’angle... on s’est mis à nous répondre que nous n’étions que des exécutants, que nous devions laisser tomber les questions éditoriales. En gros, il fallait qu’on se contente de mettre en page, au kilomètre. »

    Après une mise en redressement judiciaire, La Tribune a été reprise en janvier 2012 par France Economie Régions (FER), associé à Hi-Media. Les repreneurs ont décidé la poursuite du quotidien économique sous une forme numérique.

    David a été licencié en mai 2012. Aujourd’hui, seule une dizaine de journalistes continuent à y travailler.

    Les autres se retrouvent au chômage avec de l’expérience et des difficultés à se reclasser, raconte David : 5% d’entre eux ont retrouvé un poste fixe dans la presse, selon ses informations. Les autres se font free lance ou changent de métier, comme lui.

    Délégué syndical (SNJ), il a suivi de nombreuses formations de droit. C’est ce qui lui a permis de trouver un nouvel emploi, dans un cabinet d’expertise comptable, comme consultant en matière juridique et sociale.

    Le secteur auquel appartient la presse a perdu cette année 2% de ses effectifs : 4 200 emplois. Elsa Fayner

    3-Valérie, « viseur » : « Les imprimeries ferment les unes après les autres »

    A Maxéville (Meurthe-et-Moselle), l’imprimerie Jean-Lamour a fermé le 22 janvier 2013, faute de repreneur. Valérie Creusat, 43 ans, y travaillait depuis juillet 2007. Elle occupait un poste de « viseur » pour 1 750 euros net par mois :

    « Pour chaque ouvrage apporté par nos clients éditeurs, je devais calculer les coûts d’impression, les aider à choisir le bon papier – plutôt couché mat ou demi-mat pour du texte, plutôt offset pour la BD –, trouver les sous-traitants pour la reliure... »

    Elle a compris que les difficultés arrivaient quand les reliures Brun ont été liquidées en janvier 2012.

    « Donc, d’un seul coup, on a perdu notre principal débouché. Et les éditeurs sont partis les uns après les autres, préférant travailler avec des imprimeurs encore associés avec des relieurs. »

    Il y a eu « des mois très difficiles », un projet de fusion avorté, puis Valérie Creusat et ses 41 collègues ont perdu leur travail.

    Son « plus gros diplôme », c’est un BEP comptabilité. Elle a commencé à prospecter dès qu’elle a senti le vent tourner.

    Elle a refusé une première proposition (« le même poste pour 500 euros de moins »), une deuxième (« c’était mieux payé mais je connais le tempérament du PDG, ça n’aurait pas collé entre nous »).

    Les imprimeries ferment les unes après les autres. Le secteur a perdu 7 000 emplois cette année (3,3% de ses effectifs). Mais Valérie n’est pas nostalgique : elle préférerait devenir commerciale dans l’édition, « quitte à aller à Paris ». En juillet, si elle n’a rien trouvé, elle commencera un BTS Assistante de gestion avec le Greta de Lorraine. Mathieu Deslandes

    4-Léa, graphiste : « Pourquoi moi ? » Sa chef : « Pourquoi pas toi ? »

    Léa – c’est un pseudo – s’est « presque sentie libérée » quand elle a appris son licenciement économique. Sa boîte fait partie du secteur « services aux entreprises », premières victimes des réductions de coûts et de la baisse d’activité.

    A 29 ans, elle faisait partie depuis un an et demi de « l’équipe créa » d’une petite agence parisienne de graphisme. Elle répondait à des « briefs créatifs » pour proposer des « solutions graphiques ». Elle s’occupait aussi des « benchmarks de création ».

    Les semaines de 50 heures – pour 2 200 euros net par mois – et le conflit permanent avec sa supérieure lui font dire qu’elle « aime son métier et n’a pas aimé ce boulot ». Quand l’entreprise a commencé à rencontrer des difficultés économiques (le secteur a perdu 1 600 emplois cette année), Léa s’est trouvée la première licenciée, en février 2013 :

    « Le motif économique du licenciement était tout à fait justifié, mais je n’étais pas la plus nouvelle dans l’entreprise, ni la plus jeune. J’ai donc été demander à ma supérieure : “Pourquoi moi ?”. Elle m’a répondu “Pourquoi pas toi ?”. » E.F.

    5-Hélène, sous-traitante auto : « Un jour, on a vu nos machines partir »

    Chez Walor (prononcer « Valor »), à Legé (Loire-Atlantique), les ouvriers fabriquent des pièces métalliques qui entrent dans la fabrication des airbags et des ceintures de sécurité. D’autres usines s’occupent ensuite de l’assemblage, ce qui fait que les ouvriers ne sont jamais en contact avec le produit fini. Parfois, ils ne savent même pas à quoi servent les pièces qu’ils fabriquent.

    Hélène – c’est un pseudo – a 42 ans. Ça faisait douze ans qu’elle était dans l’usine. « Régleuse sur une machine multibroches », elle fabrique des pièces qui servent à la « mise en explosion » des airbags – « ça sert pour le détonateur », dit-elle hésitante.

    Avant, elle bossait dans la restauration. Elle a changé pour avoir des horaires plus stables : les 3x8. « Je fais mes huit heures et j’ai fini, c’est ça qui me plaît. » La semaine où elle était de nuit était quand même difficile. Elle n’a pas d’enfants, elle gagnait 1 550 euros net par mois.

    Fin février 2013, la direction a annoncé un plan social de 26 personnes. Hélène s’est tout de suite « mise » dans le plan social. Pour elle, cette destruction de postes était une « aubaine », l’ambiance au sein de l’usine étant devenue insupportable.

    Ces dix dernières années, la production a été en grande partie délocalisée dans les pays de l’Est (et bientôt au Mexique). « Un jour, on a vu les machines commencer à partir », dit-elle, et on imagine les machines en train de faire leurs valises. Les ouvriers pensent que l’usine sera complètement morte d’ici cinq ans, seuls quelques postes administratifs ou de recherche pourraient subsister.

    En 2004, ils étaient 400 ouvriers, aujourd’hui ils ne sont plus que 102. C’est la quatrième vague de licenciements dans l’entreprise.

    Grâce à la cellule de reclassement, Hélène va toucher 80% de son salaire brut pendant un an. Elle n’a pas encore commencé à chercher du travail, mais elle compte retrouver un boulot dans l’industrie :

    « Je prendrai ce qu’il y a, mais avec le même genre d’horaires. » N.L.B.

    6-Achille, cariste : « On a transpiré pour cette entreprise »

    Plus une bouteille ne sort depuis le début de l’année 2013 de chez Tresch, à Illzach. Le négociant en vins spécialisé dans les bouteilles en verre consigné était connu en Alsace depuis les années 70 pour son Chevrotin – un concurrent régional du Vieux-Papes –, mais aussi pour ses limonades, comme la Mixmi ou la Tigrette.

    Achille y travaillait depuis vingt-deux ans. Quand il est arrivé chez Tresch, l’entreprise comptait 180 salariés et était en pleine expansion, se développant à l’export. Lui a participé à la mise en place de nouvelles normes, il « suivait » « le produit » et ne se sentait « pas simplement cariste ». Ça lui plaisait bien.

    En 2007, le service export a été délocalisé en Bourgogne. Achille a dû changer de poste et le travail est devenu plus « bourrin ». Au printemps 2012, au tour de la mise en bouteilles de vins de migrer vers la Bourgogne. En mai 2013, l’usine entière sera fermée. Achille ne comprend toujours pas pourquoi.

    « On a transpiré dans cette boîte pour garder les clients. Nos salaires ont même été bloqués. »

    Le cariste de 46 ans est en colère, mais pas désespéré. Depuis dix ans, il travaille l’après-midi chez un loueur de voitures.

    Mais pour ses anciens collègues, ça sera plus compliqué :

    « Les formations qu’ils demandent – chauffeur de poids lourds, de conducteurs d’engins sur des chantiers, voire de travailleur à la morgue – sont refusées, parce qu’elles ne relèvent pas de “secteurs porteurs”. »

    Le secteur « Fabrication de denrées alimentaires, de boissons et de produits à base de tabac » a perdu 4 800 emplois en 2012 (près d’1% de ses effectifs). E.F.

    7-Romuald, chef de travaux dans le BTP : « Dernier arrivé, premier à partir »

    Romuald Valette, 25 ans, a un parcours sans anicroche. Bac ES, BTS bâtiment puis licence conducteur de travaux spécialisé dans les maisons individuelles. En alternance un mois sur deux, il a signé un contrat avec l’entreprise Maine Construction, une société du Mans en pleine forme depuis trente ans.

    Une fois diplômé, il est devenu officiellement conducteur de travaux dans l’entreprise : 1 700 euros net par mois.

    Un an et sept mois plus tard, son patron l’a convoqué. L’entreprise n’allait plus bien. « J’étais le dernier arrivé, donc le premier à partir. »

    Maine Construction comptait alors 18 salariés dont 7 conducteurs de travaux. Romuald a été le seul à partir ce jour-là, mais la boîte va devoir se séparer d’un autre employé dans quelques mois.

    « Il n’y a pas de boulot. Je suis retourné les voir, puisqu’on s’est quittés en bons termes, pour essayer de faire marcher le bouche à oreille. Mais il n’y a aucune perspective d’amélioration pour 2013, surtout avec les nouvelles normes énergétiques instaurées par le gouvernement en janvier. »

    La reconversion ? Difficile, sa formation étant très « restrictive ».

    La construction a perdu 13 000 postes – 1% de ses effectifs – sur l’ensemble de l’année 2012. Philippe Vion-Dury

    8-Aïcha : « Visiteur médical, c’est devenu un sale métier »


    Aïcha Kerdagh, 52 ans, licenciée d’un laboratoire pharmaceutique. (DR)

    A 52 ans, Aïcha Kerdagh est au chômage depuis le 23 février. Son poste faisait partie des 500 disparus dans son entreprise pharmaceutique, l’un des plus gros acteurs dans la prestation de visite médicale.

    En décembre, la societé CI-Innovation à Levallois a été liquidée et ses salariés licenciés.

    Le secteur des « délégués médicaux », comme on les appelle officiellement, va mal.

    Selon un récent rapport d’Eurostaff sur l’avenir du métier, d’ici 2017, en France, il ne restera que 12 500 visiteurs médicaux. C’est la moitié des effectifs de 2004. Ils sont déjà moins de 16 000.

    Les directions des entreprises concernées se justifient en invoquant le développement des médicaments génériques, la pression de plus en plus grande sur les prix, le déremboursement de certains médicaments.

    Aïcha, qui était en CDI et déléguée à la CGT, pense aussi que visiteur médical, c’est devenu un sale métier, mal vu de tous, des médecins, des patients et des politiques. En 2011, l’Igas, Inspection générale des affaires sociales, prônait carrément sa suppression. La visiteuse médicale commente :

    « Après l’affaire Servier, certains médecins nous fermaient la porte au nez. Ils disaient qu’il ne pouvaient plus nous faire confiance. »

    Elle se souvient aussi de la responsabilité qu’on leur a fait porter pour le trou de la Sécu :

    « De toute manière, même quand un directeur insiste pour que vous appuyiez beaucoup un médicament, sur le terrain, vous êtes seul. »

    Pour Aïcha, visiteur médical, c’était le métier parfait. Il y a dix ans, elle a choisi de quitter une place assise dans les bureaux de la Chambre de commerce et de l’industrie de Paris. Elle peinait à maîtriser son emploi du temps, avec ses deux enfants. Avec ce nouveau travail, c’était plus simple :

    « On organise nous-mêmes notre emploi du temps. 80% des visiteurs sont des femmes, et plus de la moitié sont des mères célibataires. »

    Tous les quatre mois, elle était formée pour pouvoir parler de nouveaux médicaments et des pathologies qu’ils devaient traiter. Elle voyait en moyenne six médecins par jour.

    Elle a encore ses enfants de 14 et 16 ans à sa charge. Il lui reste au minimum encore à travailler dix ans avant sa retraite. Renée Greusard

    9-Christophe, vendeur de jeux vidéos : « j’espère que la FNAC va survivre encore un peu »

    Christophe a perdu son emploi de vendeur chez Game, une enseigne qui vendait des jeux vidéo. Les « gamers » préfèrent désormais s’approvisionner sur Internet et à l’étranger, surtout en Belgique

    Le tribunal de Bobigny a rendu son jugement vendredi 1er février, et comme prévu, la majorité des boutiques Game a fermé.

    Christophe et ses collègues n’avaient pas été prévenus officiellement des difficultés de leur entreprise. Comme leurs clients, c’est par Internet qu’ils ont appris la mauvaise nouvelle. Game soldait à tout va avant fermeture. Les médias spécialisés ont décrit un « pillage » des magasins, et des vendeurs au bord de la crise de nerfs.

    Dans la boutique de Christophe, l’ambiance était tout autre :

    « On travaillait dans un magasin complètement vide. C’était triste. Des clients sont venus à la boutique pour nous dire au revoir ! »

    Après des mois de galère à chercher, en vain, un emploi dans son domaine – le graphisme –, il avait finalement décroché un boulot de vendeur en novembre 2012 :

    « C’était une petite boutique, mais je m’y plaisais bien. Mes collègues étaient sympas. Et j’aimais bien discuter avec les clients et leur parler des jeux auxquels j’ai pu jouer. Moi-même, je joue beaucoup... »

    Il espère retrouver du travail dans la vente de produits culturels :

    « Mais Virgin a fermé, donc j’espère que la Fnac va survivre encore un peu ! »

    Le commerce de détail a perdu 6200 emplois – 0,4% de ses effectifs – cette année. Lucie Ronfaut

    10-Eric, opérateur en pétrochimie : « On est très spécialisés »


    Eric Haennel, 46 ans, durant ses années Pétroplus. (DR)

     

    La raffinerie Petroplus de Reichstett (Bas-Rhin), inaugurée par Georges Pompidou en 1964, a fermé ses portes fin 2012, laissant plus de 200 salariés sans emploi. Dont Eric Haennel, qui a découvert le chômage à 46 ans.

    Il a été embauché à la raffinerie après son bac et son service militaire. Il faisait les 3x8 : une matinée, puis une nuit, puis un après-midi. Dans ces conditions atypiques, « les collègues deviennent une sorte de seconde famille ».

    Eric était à la fois opérateur extérieur et opérateur tableau. Pour 3 000 euros brut par mois, il était chargé de s’assurer du bon fonctionnement de plusieurs secteurs de la raffinerie.

    Initialement électro-technicien, Eric a évolué au sein de l’entreprise. « Nous avons eu des formations assez lourdes, et nous sommes maintenant très spécialisés ». Mais Eric n’est pas du tout certain de pouvoir faire profiter une nouvelle entreprise de ces compétences cumulées dans la pétrochimie :

    « Pour retrouver un travail, il faut se déplacer, ce que je ne peux pas faire. Et puis il n’y a plus beaucoup de raffineries en France. »

    Le secteur « cokéfaction et raffinage » a perdu 400 emplois en 2012, soit 3,4% de ses effectifs, l’une des plus fortes pertes – en proportion – de l’année. Rodolphe Baron


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