• Fukushima : contamination de la cime des forêts japonaises

    Des chercheurs japonais ont constaté que le césium émis lors de la catastrophe de Fukushima avait principalement été capté en forêt par les cimes des conifères, mais finira ensuite par contaminer les sols.

    Une étude conduite par des chercheurs de l'université de Tsukuba montre que six mois après l'accident de Fukushima, 60 % du césium 137 se trouvaient encore emprisonnés à la cime des arbres. Des travaux publiés en ligne le 10 novembre 2012 dans la revue Geophysical Research Letters. La découverte est d'autant plus préoccupante que les forêts couvrent 70 % du Japon.

    En général, les recherches sur l'impact d'un accident nucléaire sur l'environnement se concentrent sur les agglomérations et les zones cultivées. «Le milieu forestier est laissé pour compte. C'est une erreur», estime Pierre-Marie Badot, de l'université de Franche-Comté. En effet, les forêts peuvent intercepter beaucoup de radioactivité car la surface de contact des feuilles ou des aiguilles des arbres avec l'atmosphère est plus importante que celle du sol ou des prairies. De plus, cette radioactivité peut être piégée pendant plusieurs années avant de se déposer au sol, constituant ainsi une sorte de bombe à retardement.

     

    Carte du site de l'étude, avec les mesures de contamination autour de la centrale de Fukushima. Crédit: AGU
    Carte du site de l'étude, avec les mesures de contamination autour de la centrale de Fukushima. Crédit: AGU

    Le césium piégé par les aiguilles des conifères

    L'étude pilotée par Hiroaki Kato a été menée dans la préfecture de Tochigi, à 150 kilomètres au sud de la centrale. Cette région avait été relativement épargnée par les retombées radioactives et les niveaux de radioactivité y sont bien plus faibles que dans les forêts les plus contaminées qui se sont trouvées directement sous le panache radioactif. Les valeurs relevées à la cime des arbres - des conifères - sont proches de celles enregistrées en France au moment de la catastrophe de Tchernobyl dans le Mercantour ou dans les Vosges. Heureusement, l'accident de Fukushima a eu lieu à un moment où les vents dominants ont dispersé la radioactivité vers l'océan Pacifique au lieu de la rabattre dans des zones habitées.

    La forêt de Tochigi illustre les problèmes que soulève la radioactivité. En effet, l'iode 131 et le césium 137 - les deux principaux radionucléides les plus abondants produits à l'intérieur des réacteurs - n'ont pas le même comportement dans le couvert forestier. Au bout de six mois, une bonne partie du césium 137 était encore piégé sur les aiguilles des arbres tandis que l'iode 131 qui avait perdu naturellement son activité (sa radioactivité est divisée tous les 8 jours) avait été lessivé par les pluies et s'était déposé au sol. Le césium 137 demeure un problème plus longtemps, car il ne perd la moitié de sa radioactivité qu'au bout de 30 ans.

    Les cèdres et les cyprès du Japon - les deux principales essences de résineux de la forêt - ont intercepté les mêmes quantités de césium. En revanche, le cèdre piège la moitié de l'iode 131 en suspension dans l'air et le cyprès un quart. «Quand on les regarde au microscope, il peut y avoir autant de différences entre les aiguilles de différents conifères qu'entre des côtes rocheuses et des plages de sable», assure Pierre-Marie Badot. Les poussières sur lesquelles sont accrochés les radionucléides adhèrent plus ou moins en fonction de la granularité des aiguilles.

    Éviter de brûler les arbres contaminés

    Avec le temps, la canopée des résineux va donc contaminer les sols forestiers, constatent les chercheurs. La pollution est moins forte avec les feuillus comme des recherches l'ont montré dans la forêt d'Abiko, à 200 km de Fukushima, où il existe vingt essences différentes (Journal of Environmental Radioactivity, janvier 2013).

    Hiroaki Kato et son équipe proposent comme principale contre-mesure d'éclaircir la forêt pour exporter une partie de sa radioactivité avec le risque de poser des problèmes de gestion des déchets. L'utilisation de bois devra être contrôlée. Brûler du bois pour se chauffer peut être interdit parce que la cendre concentre la radioactivité. L'évaluation des risques pour la santé humaine devient nécessaire aussi bien pour les promenades en forêt, la consommation de champignons, de baies ou de gibier.

    Au fil des années, les éléments radioactifs s'enfonceront dans le sol. «Quand ils auront atteint entre 25 et 30 centimètres de profondeur, ils seront capturés par le réseau racinaire et se retrouveront dans les parties aériennes des arbres», explique Pierre-Marie Badot. C'est ce qui se passe actuellement avec les dépôts radioactifs de Tchernobyl, alors que la radioactivité du césium a considérablement décru.


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