•    Rabhi: “Il n’y a plus de paysans, uniquement des industriels de la terre”

     

    Pour Youphil.com, le philosophe, agriculteur et écrivain Pierre Rabhi revient sur son parcours semé d'engagements.

    Du haut de ses "52 kilos tout mouillé", comme il aime souvent se décrire lui-même, Pierre Rabhi est un homme de combats et d'engagements. C'est du moins comme ça que le présente le film documentaire qui lui est consacré: Pierre Rabhi, au nom de la terre.

    Cinq choses à savoir sur Pierre Rabhi

    En un peu plus de 90 minutes, la réalisatrice Marie-Dominique Dhelsing retrace le parcours atypique de ce philosophe, agriculteur et écrivain. De sa naissance dans le désert algérien, jusqu'à sa renaissance sur les terres rocailleuses de l'Ardèche.

    À l'occasion de la sortie du film, le 27 mars, l'ardent défenseur de la "sobriété heureuse" a accepté de répondre à nos questions.

    Youphil.com: Pourquoi avoir accepté de participer à ce film?

    Pierre Rabhi: Des personnes qui connaissent mes engagements ont estimé que cela valait peut-être la peine qu’ils soient rendus publics et transmis aux autres.

    Comment vivez-vous votre notoriété grandissante?

    Je la vis avec beaucoup de vigilance, car elle est parfois lourde à porter. Quelques fois, je peux me dire: “Ça irait mieux si j’étais anonyme.” Mais d’un autre côté, je suis bouillonnant de combats et de valeurs sur le respect de la vie.

    Cette notoriété me pèse, donc, mais m’honore en même temps. Bien qu’elle n’ajoutera pas un centimètre à ma taille [rires]. Je suis surtout heureux des combats que je porte. Chaque fois que je regarde mes enfants et petits-enfants, par exemple, je me demande qu’elle planète allons-nous leur laisser?

    C’est une vie impossible que nous leur préparons, c’est un délit énorme à l’égard des êtres humains. Nous n’avons pas le droit de ne pas penser à eux. C’est moralement inacceptable! Alors soit je me dis que je reste chez moi bien tranquillement, soit je n’accepte pas et je me bats en allant au front.

    Pour vous, “l’être humain doit être en quête de quelque chose”. De quoi êtes-vous en quête, Pierre Rabhi?

    Je vous avouerai que je finis par ne plus le savoir moi-même [rires]. J’ai été musulman, puis chrétien. J’ai vécu l’arrachement à une terre, à une famille, puis l’exil. Cet itinéraire singulier a forgé ma perception du monde et de la condition de l’homme.

    Pierre Rabhi aux côtés de son ami agriculteur Michel Valentin, décédé à l'époque du tournage du documentaire.

    À travers mon attachement à la nature, j’ai découvert qu’il y a un dénominateur commun à tous les êtres humains et que personne ne peut récuser: nous sommes tous des mammifères et nous vivons tous dans une biosphère commune. Au fond, ma quête est peut-être que l’être humain soit capable d’améliorer la nature.

    Vous êtes un fervent défenseur de la nature, mais quels sont vos autres combats?

    Mon existence repose sur des protestations importantes à l’égard de notre modèle de société. Ce modèle a fait des humains, des consommateurs avant tout. C’est l’enrichissement des uns et l’appauvrissement des autres qui nous guide.

    L’être humain n’est pas né pour le PIB [produit intérieur brut], ni pour être confiné et enfermé. C’est pourtant ce qu’il se passe. Si l’on y réfléchit, jusqu’à l’université nous sommes enfermés dans des “bahuts”; puis nous travaillons tous et vivons dans des “boîtes”; même pour s’amuser, les jeunes vont en “boîtes” dans leur “caisse”; enfin, à notre mort on nous met dans une petite boîte. Je ne pouvais pas vivre comme cela, c’est de là que découle ma logique du retour à la terre.

    Qu’appelez-vous "retour à la terre"?

    C’est un retour à la nature et ses bienfaits [en 1961, Pierre Rabhi et son épouse quittent Paris pour s’installer dans une magnanerie en Ardèche]. Je me suis dit: “Je ne connais rien à l’agriculture, je vais apprendre.” Mais je me suis rapidement aperçu que l’agriculture moderne produit, mais qu’elle détruit aussi beaucoup.

    De là est née ma seconde contestation: “Si c’est ainsi, je ne serai pas agriculteur.” Finalement, j’ai découvert le moyen de faire de l’agriculture en respectant la vie: l’agriculture biologique ou l’agro-écologie. C’est ainsi qu’aujourd’hui, nous nous parlons et que je contemple, depuis la fenêtre de mon bureau, le soleil pointer au loin.

    Vous avez été nommé expert de l’ONU sur la question de la sécurité alimentaire dans le monde en 1997. Les Nations Unies redéfinissent actuellement les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD). Que préconiseriez-vous?

    Les terres sont massacrées, l’eau est souillée et la biodiversité que les humains ont mis des millénaires à domestiquer a disparu à 60%. Et on ose prétendre que les OGM [organismes génétiquement modifiés] peuvent tout résoudre? C’est criminel! Nous sommes en train de "génocider" les générations futures. L’humanité court à sa perte.

    Vous avez entendu parler du scandale de la viande de cheval? Cela ne m’a pas surpris. Nous sommes dans une logique absurde: il n’y a plus de paysans, uniquement des industriels de la terre.

    Pourquoi diable aller chercher de la nourriture aussi loin, alors que Paris, par exemple, pourrait s’approvisionner entièrement grâce à la production agricole en périphérie?

    Dans le film qui vous est consacré, vous dites justement que vous pourriez résoudre le problème de la faim dans le monde…

    Absolument, je ne dis pas ça comme une bravade. Mon livre L’offrande au crépuscule, dans lequel je relate les effets bénéfiques de l’agro-écologie au Sahel, a d’ailleurs reçu le prix des sciences sociales agricoles [en 1989].

    J’y explique quelles sont les techniques que nous avons mises en œuvre au Burkina Faso, avec la création du centre de formation de Gorom-Gorom. Nous avons eu des résultats tels que si on généralisait ces méthodes, la famine disparaîtrait. Bien évidemment les conditions climatiques restent un frein. Je ne suis pas Dieu, en tout cas pas encore [rires]. Mais même avec des conditions climatiques difficiles, on arrive à des résultats formidables.

    Thomas Sankara [président du Burkina Faso de 1984 à 1987] m’avait d’ailleurs demandé de mettre en place un plan de réformes agraires orientant l’ensemble du pays vers l’agro-écologie. Fort de toutes ces expériences, j’affirme que cela fonctionne.

    Est-ce que l’agro-écologie serait suffisante pour nourrir la planète?

    Bien sûr. C’est agaçant, voire blessant, d’entendre que la faim dans le monde est due à la surpopulation. C’est faux! Des millions d’enfants meurent de faim pendant que nous nous bâfrons et que nous remplissons nos poubelles. C’est terrifiant.

    Plutôt que de mettre les moyens pour fabriquer des armes et s’entretuer, les nations devraient mettre ces mêmes moyens au service de la vie.

    Depuis des années vous défendez le concept de “sobriété heureuse”. Qu’est-ce que vivre sobrement aujourd’hui?

    C’est être heureux, c’est le bien suprême général. Dans les pays du Sud, les populations vivent sobrement et sont soumises aux aléas du lendemain, mais elles ne ratent aucune occasion d’être heureuses. D’après moi, les gens supportent davantage la misère dans les pays du Sud, car ils savent sauvegarder la relation humaine.

    Dans nos sociétés modernes existe le concept de la libération par le progrès. Mais où est la libération? Le superflus prend une importance énorme. Et parce que nous voulons constamment accumuler, l’être humain s’aliène. Si l’on procédait à une réduction drastique du superflus, on s’apercevrait que l’on n’a pas besoin de tant d’argent que ça.

    Vous prônez la décroissance, mais est-ce qu’il n’est pas trop tard pour faire marche arrière?

    Non je ne pense pas. Mais le discours politique maintient cette posture aberrante de “produire toujours plus”. La croissance économique se fait par l’avidité, en épuisant les ressources des mers et des forêts. Notre planète a des ressources limitées, elles s’épuisent.

    Comment voulez-vous appliquer cette théorie de “produire toujours plus” sur une planète limitée? Imaginez que tous les peuples désirent vivre comme nous, ce serait impossible. Nous condamnons les générations futures. C’est immoral.

    N’avez-vous pas l’impression que votre message passe inaperçu?

    J’essaye avant tout d’être cohérent avec moi-même. Je suis en rébellion par rapport à notre modèle de société. Mais il ne suffit pas de s’indigner, il faut avoir un raisonnement constructif. Quelques fois, je suis un peu las, mais je me dis que je fais mon possible.

    La crise a une puissance pédagogique exceptionnelle, elle produit un nouvel imaginaire: nous constatons que notre modèle n’ira pas loin. Nous assistons à un réveil des consciences. De plus en plus de gens revendiquent le droit de vivre, et pas seulement d’exister. C’est ça qui me maintient mobilisé.

    Aujourd’hui, il ne faut pas se tromper de crise: elle est surtout humaine. Le problème est de savoir quelle planète laisserons nous à nos enfants, et quels enfants allons nous laisser à la planète?

    > "Pierre Rabhi, Au nom de la terre", un film de Marie-Dominique Dhelsing, en salles à partir du mercredi 27 mars.


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  •    Publié le 27 mars 2013  (fémininbio.com)

    Les créatifs culturels, pour une nouvelle société respectueuse de la planète

    Les créatifs culturels, pour une nouvelle société respectueuse de la planète
    Les créatifs culturels, un mouvement qui fait de plus en plus d'adeptes dans le monde

    Les créatifs culturels, c'est un mouvement qui prône une nouvelle façon de penser, de concevoir la vie et de réinventer notre société. Un courant qui fait de plus en plus d'adeptes. Sans le savoir, vous êtes peut-être un créatif culturel !

    Créatifs culturels, un mouvement qui ne vous dit peut-être rien mais qui prend de plus en plus d’ampleur depuis quelques années. Pour comprendre qui sont les créatifs culturels, il faut remonter en 2000.

    Cette année-là, le sociologue Paul Ray et la psychologue Sherry Anderson publient une grande enquête sur les "cultural creatives" aux Etats-Unis, qui sera publiée en France en 2001 sous le titre "L’émergence des créatifs culturels, Enquête sur les acteurs d’une changement de société" (éd. Yves-Michel). Cette étude issue de 12 années d'enquête auprès de 100 000 personnes a été la première à démontrer qu’une évolution de la conscience mondiale était en train d’émerger et de constituer un nouveau mode vie, une culture dont les acteurs sont les créatifs culturels.

    Ces "créateurs de culture" sont un vaste mouvement socioculturel regroupant des personnes qui ne se reconnaissent pas dans les structures politiques, administratives et économiques du monde actuel. Elles veulent créer une nouvelle culture pour le 21ème siècle, cherchent à se détacher de la société de consommation, sont préoccupées par l’avenir de la planète et prônent une consommation responsable. Cette évolution les mène à une vie plus authentique, une lucidité face aux institutions et au monde sui les entoure.

    Leurs idées se construisent autour de 6 nouvelles valeurs:

    • l’écologie, le bio et les médecines douces
    • la reconnaissance des valeurs féminines
    • être plutôt que paraître
    • la connaissance de soi, la vie intérieure
    • l’implication sociale
    • l'ouverture multiculturelle

    Les créatifs culturels changent le monde à leur échelle

    Une marginalisation qui isole ? Pourtant, les créatifs culturels sont bien plus nombreux qu’on ne le pense car en fait, peu de personnes savent qu’elles appartiennent à ce mouvement informel.

    Aux Etats-Unis, pays berceau du mouvement, ce ne sont pas moins de 80 millions de personnes qui font partie des créatifs culturels. En France, ils représentent 17% de la population et sont incarnés à 64% par des femmes !

    Concrètement, les créatifs culturels sont des personnes comme vous et nous qui, pour changer le monde à leur échelle, ouvrent des fermes écologiques, cultivent des fruits et légumes bio, travaillent la terre selon le principe de l’agroécologie, etc. Ils sont conscients que s’ils changent eux-mêmes alors ils pourront contribuer à construire le monde dans lequel ils veulent vivre, plus respectueux de l’homme et de l’environnement... Une philosophie soutenue par l'écrivain et penseur Pierre Rabhi.

    A lire : "Les créatifs culturels en France" par l'association pour la Biodiversité Culturelle, éd Yves-Michel.


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  •   Les cinq visages de Pierre Rabhi

     

    À l’occasion du documentaire et du film consacrés à Pierre Rabhi, Youphil.com revient sur le parcours de cet amoureux de la terre.

      Pierre Rabhi est un homme de terrain, ou plutôt de terre. Cela fait une cinquantaine d’années que ce philosophe, qui troque volontiers sa casquette d’agriculteur passionné contre celle d’écrivain engagé, se bat pour construire un nouveau modèle de société articulé autour de la “sobriété heureuse”.

      Youphil.com vous dévoile les cinq choses qu'il faut savoir sur Pierre Rabhi, à la fois agriculteur, philosophe et penseur.

    L’agro-écologie

    Essayer de comprendre Pierre Rabhi et sa pensée sans évoquer la terre, celle que l’on trouve chez lui en Ardèche, n’a pas de sens. C’est au milieu de ses parcelles rocailleuses que cet “avocat de la terre”, comme il se qualifie lui-même, a développé l’agro-écologie.

    Cette philosophie qui oscille entre éthique de vie et pratique agricole, essaye de mieux intégrer le respect de la nature dans les techniques agricoles actuelles.

    Pionnier en la matière, cette figure du milieu écologiste entend ainsi “concilier la réponse au besoin indispensable de se nourrir avec la nécessité vitale de préserver le patrimoine nourricier”, professe-t-il dans une tribune signée dans le quotidien Libération.

    Cette idée inspire d’ailleurs le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll. Ce dernier a lancé un projet en faveur de l'agro-écologie, qu'il tente tant bien que mal de défendre au niveau européen.

    Expert en sécurité alimentaire

    "Je saurai résoudre le problème de la faim dans le monde. Avec l'agro-écologie, on peut nourrir les gens", affirme Pierre Rabhi dans le documentaire qui lui est consacré sur la chaîne France 5. En 1997, l'homme a été reconnu expert en sécurité et salubrité alimentaire par l'ONU.

    Une expertise qu'il a mise à profit en participant à l'élaboration de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification.

    L'humaniste

    La préservation de la terre nourricière et "l'élévation des consciences" vers l'humanisme sont deux choses qui ne peuvent être séparées, selon Pierre Rabhi.

    L'Ardéchois crée ainsi l'association des Amis de Pierre Rabhi en 1994, rebaptisée Terre & Humanisme en 1999. Celle-ci œuvre dans plusieurs pays d'Afrique pour l'amélioration de la condition humaine via des pratiques agricoles plus respectueuses de l'environnement.

    La décroissance

    La croissance à outrance serait aujourd’hui l'un des principaux maux qui gangrènent notre société. C'est, en tout cas, le message que professe Pierre Rabhi. Il est l’un des théoriciens de la décroissance en France, dont l'idée est de revenir à un modèle de vie et de consommation plus sobre. Ce que l'agriculteur nomme la "sobriété heureuse".

    Passage en politique

    La notion de décroissance a d'ailleurs fait partie des thématiques qu'il a développées lors de son bref engagement en politique, pour la campagne présidentielle de 2002.

    Lui qui appelait à une insurrection des consciences ne recueille finalement que 184 signatures d’élus sur les 500 nécessaires pour pouvoir prétendre aux fonctions suprêmes.

    > Pierre Rabhi, les clés du paradigme, diffusé le 15 mars 2013 à 21h30 sur France 5.

    > "Pierre Rabhi, Au nom de la terre", un film de Marie-Dominique Dhelsing, en salles à partir du mercredi 27 mars. 

      Il a aussi écrit de nombreux livres.


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  •   Effet Streisand 15/03/2013 

    21 écolos anglais humilient EDF qui voulait les saigner

    Elsa Ferreira | Rue89
     

    L’entreprise française a voulu donner une bonne leçon à une poignée de militants, et à travers eux, au reste des écolos. Une stratégie « suicidaire ».

    EDF s’incline face aux écolos. Après avoir réclamé près de 6 millions d’euros à des militants écologistes qui avaient campé au sommet de deux cheminées de la centrale de Nottinghamshire (propriété d’EDF), en Angleterre, la compagnie renonce, sous les huées de l’opinion publique.


    Des militants sur une des cheminées (No dash for gas/Facebook)

     Personne ou presque n’avait eu vent de l’action des 21 activistes de No dash for gas (pas de ruée vers le gaz). C’était en octobre 2012 et tous les journalistes environnement avaient les yeux rivés sur l’ouragan Sandy. La menace d’une poursuite aura suffi à redonner aux militants une place parmi les gros titres, explique une militante :

    « Le jour où on a fait la manifestation, il y avait l’ouragan et beaucoup d’autres infos dans les médias. Ce à quoi on ne s’attendait pas, c’était qu’une poursuite judiciaire ferait le gros du travail pour nous. »

    Graham Thompson, autre activiste de No dash for gas, approuve :

    « Ils nous ont donné un espace pour faire passer notre message. »

    L’effet Streisand et la poursuite-bâillon

    L’effet Streisand

    En 2003, la chanteuse Barbara Streisand avait attaqué en justice un photographe : elle demandait qu’une vue aérienne de sa maison soit retirée d’un ensemble de 120 000 clichés, dont l’objet était de documenter l’érosion des côtes. Le mois suivant l’action en justice, plus de 420 000 personnes visitèrent le site du photographe.

    Mauvais calcul pour la compagnie française. L’effet Streisand – la mise en avant d’une info que l’on essayait au contraire d’étouffer– est en marche, analyse George Monbiot, journaliste environnement au Guardian. La stratégie d’EDF est un « suicide d’entreprise et de relations publiques », estime-t-il.

    La requête est disproportionnée. L’opinion publique et les commentateurs l’interprètent comme une menace à la liberté d’expression et de manifestation : une poursuite-bâillon – en anglais, SLAPP (comme une gifle). George Monbiot :

    « On essaye d’effrayer ceux qui auraient pu joindre la campagne. Ceux qui par la suite auraient pu s’engager dans d’autres campagnes évitent la politique par peur des conséquences. Leur absence appauvrit la démocratie. »

    Car 6 millions d’euros à se partager entre 21 activistes, c’est une dette de près de 300 000 euros. « Plus que nous ne gagnerons jamais », estimait une militante.

    « Ils nous ont envoyé un inventaire où l’on devait détailler nos revenus, les dépenses en gaz, électricité, emprunt immobilier, redevance télé, vêtements pour les enfants, nourriture, cantine et le montant de nos dettes.

    Tout ça pour qu’ils sachent combien on gagne et qu’ils puissent décider combien ils peuvent nous prendre, chaque mois, pour le reste de notre vie. »

    Pour EDF, cette somme représente 0,3% de ses bénéfices au Royaume-Uni (qui s’élèvent à près de 2 milliards d’euros).

    Epinglé sur Wikipédia

    La réaction de l’opinion publique ne se fait pas attendre. La pétition mise en ligne par les parents de l’une des activistes récolte plus de 64 400 signatures – dont celles de Naomi Klein et Noam Chomsky. Sur la page, les signataires expliquent ce qui les a poussés à joindre le mouvement :

    « Les gens normaux ne devraient pas être intimidés par les grosses compagnies et les riches à la recherche d’un peu plus de profit. Le climat mondial est plus important que les bénéfices. »

    « Si cette affaire peut aller devant la justice, qu’est-ce qui va suivre ? »

    « EDF, dans ses relations avec ses clients, n’est pas seulement incompétente mais aussi agressive, grossière et menteuse. »

    No dash for gas explique, sur le site EDFOff.org, comment se tourner vers d’autres fournisseurs d’énergie (ils proposent même de faire les démarches) et les futurs ex-clients font savoir leur colère.

    « Par votre tentative de poursuivre ces manifestants, vous perdez à vie cinq contrats d’entreprise. »

    « Merci EDF de me pousser à l’action. J’ai enfin changé de fournisseur d’énergie. Au revoir EDF. »

    L’affaire No dash for gas est désormais mentionnée sur la page Wikipédia anglaise de la compagnie, signale Terence Zakka, spécialiste en communication digitale.

    « Sur le long terme ce sera assez dommageable. La séquence sera difficile à effacer pour EDF. »

    « Le syndrome David contre Goliath »

    Ce que EDF n’avait pas prévu (ou pas compris), c’est que dans ce genre d’action, les activistes fonctionnent de pair avec le public. Les compagnies en revanche sont les « méchants » de l’histoire, explique Graham Thompson :

    « Les grosses compagnies énergétiques ont mauvaise réputation : à cause de leurs tarifs, de leur manque de transparence, des affaires de piratage et de surveillance des activistes. Avec cette poursuite, ils ont prouvé qu’ils essayaient de supprimer le débat. »

    Terence Zakka confirme :

    « Lorsqu’une multinationale s’attaque à des activistes, et spécialement aux individus directement, c’est le syndrome David contre Goliath. Dans ce cas, la sympathie a plutôt tendance à aller vers le petit. »

    « EDF a fait d’une crise un désastre »

    EDF a donc abandonné sa folle requête au profit d’un compromis « juste et raisonnable » : une injonction qui interdit aux activistes de pénétrer sur les sites de EDF. Pour Kate Harrison, l’avocate qui a défendu les militants, la stratégie de EDF « a fait d’une crise un désastre ».

    « Au final, tout ce qu’ils ont gagné c’est la promesse de 21 militants qu’ils ne s’approcheront pas de leurs sites. »

    Pour les militants écologistes – qui devaient servir d’exemple « pour que ceux qui envisagent ce genre d’action comprennent qu’il peut y avoir des conséquences » –, c’est une victoire importante, estime Graham Thompson :

    « EDF a perdu publiquement : les activistes vont s’enhardir et les grosses compagnies vont savoir qu’elles ne peuvent pas faire n’importe quoi, qu’il peut y avoir des répercussions. »

    Les militants ont par ailleurs plaidé coupable à l’accusation d’intrusion sur une propriété privée et seront jugés prochainement.

    Si une telle poursuite semble sévère, elle serait tout à fait possible en France. En 2009, EDF, en association avec Bouygues et Solétanche, avait poursuivi Greenpeace pour avoir occupé le chantier de la centrale nucléaire de Flamanville (Manche). Les accusant de « violation de domicile », « entrave à la liberté du travail » et « opposition à des travaux publics et d’intérêt public », ils leur réclamaient 516 000 euros de dommages et intérêts.

    MERCI RIVERAINS ! Corrado DeLuca

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  •  Global Voices Online 18/03/2013

    L’assassinat de Parveen Rehman, l’« ange gardien » d’un bidonville de Karachi

    Global Voices"
    Qurratulain Zaman · Traduit par Suzanne Lehn
     

    Parveen Rehman (DR)

    Parveen Rehman, une travailleuse sociale de premier plan au Pakistan, a été abattue par des tireurs non identifiés au milieu d’une escalade de violence ethnique, religieuse et criminelle dans la métropole de Karachi.

    Parveen Rehman, 56 ans, a été tuée le 13 mars 2013 aux portes d’Orangi, où elle dirigeait le Orangi Pilot Project (OPP), une des ONG les plus efficaces du Pakistan, au service des déshérités.

    Orangi, considéré comme le plus grand bidonville d’Asie, abrite près d’un million d’habitants à Karachi. Architecte diplômée, Parveen travaillait aussi inlassablement à documenter chaque parcelle du bidonville tentaculaire et de la ville, pour préserver les terrains de la mafia du foncier bien connue de Karachi, dont elle recevait des menaces de mort depuis des années.

    Sur son blog Alexressed Journal d’un Pakistanais préoccupé, Ale Natiq écrit :

    « La plupart la connaissent comme la directrice du Orangi Pilot Project (OPP) mais elle était plus qu’une simple directrice d’ONG. Elle et son organisation ont laissé des empreintes sur une grande partie de Karachi et ont influé sur des milliers de vies.

    On peut dire sans exagérer qu’elle a influé d’une façon ou d’une autre sur les vies d’un demi-million de personnes ou la moitié de la population d’Orangi. Les taudis de Karachi et les katchi abadis ont perdu une figure maternelle. »

    Parmi d’autres événements marquants, l’OPP est renommé pour avoir initié un des programmes d’assainissement d’initiative locale les plus efficaces du monde.

    Depuis ses débuts en 1980, il a aidé 2 millions de personnes à améliorer leur assainissement en installant le tout-à-l’égout et des toilettes d’intérieur dans tout le Pakistan.

    Steve Inskeep, animateur de l’édition matinale de la NPR et auteur de Instant City Life and Death in Karachi (Vie et mort instantanée à Karachi), qui présente un entretien avec Parveen, se souvient sur Twitter :

    @NPRInskeep : « Les étrangers étaient un peu nerveux rien qu’à se rendre à Orangi, l’immense zone de Karachi infestée par les gangs où Rahman travaillait avec entrain tous les jours. »

    Violence de Karachi

    Le même jour que Parveen, sept autres personnes ont été tuées dans divers faits de violence dans la ville. Les utilisateurs de Twitter du Pakistan ont éprouvé un extrême sentiment de perte et de chagrin.

    Le Directeur pour le Pakistan de Human Rights Watch Ali Dayan Hasan a tweeté le 14 mars 2013 :

    @AliDayan (Ali Dayan Hasan) : « Lentement mais sûrement, les meilleurs et tout ce qu’il y a de bon dans notre pays se font cibler et tuer.

    Un sentiment auquel d’autres ont fait écho, tels les journalistes Beena Sarwar, Mohammad Hanif et l’éditorialiste Cyril Almeida :

    @beenasarwar (beena sarwar) : #ParveenRehman RT @mohammedhanif : ‘voilà le plus triste. Et nous qui pensions avoir vu trop de tristesse. Cela n’arrive même plus à soulever la colère.’

    @cyalm (cyril almeida) : ‘Une pensée égoïste ce soir : suis malade à l’dée du nombre croissant de gens dans mon répertoire téléphonique qui ont été fauchés. Trop de morts.’

    @BhopalHouse (Faiza S Khan) : ‘Je me rends compte, je sais depuis quelque temps qu’il n’y a pas de fond où le Pakistan ne s’enfoncera pas. Reconnaissant de me sentir encore le coeur brisé. Bientôt ça aussi sera fini.’

    @AmSayeed (Amima Sayeed) : ‘la propagande négative contre les ONG a conduit à ça : #ParveenRehman tuée par balles. La haine aveugle qui ne voit pas leur apport ! !’


    Hommage à Parveen Rehman (Ayuib. Copyright Demotix, 14/3/2013)

    Parveen luttait contre la mafia du foncier de Karachi

    Avant de rejoindre l’OPP en 1982, Parveen travaillait comme architecte. Elle continuait depuis à enseigner dans différentes écoles d’architecture pour former des architectes socialement responsables dans le pays.

    Parveen a passé des années à faire des relevés de terrains sur les franges de la métropole de Karachi en constante expansion. Selon ses étudiants et collègues elles recevait des menaces de mort de la mafia impliquée dans l’accaparement de terrains urbains précieux :

    ‘Mme Rehman compilait avec ardeur les archives de terrains de valeur, situés aux franges de la ville sous forme de villages mais en voie d’engloutissement rapide dans ses étendues à cause de la demande toujours croissante de milliers de familles migrant chaque année à Karachi depuis tout le pays.

    Elle disait publiquement que quelque 1.500 goths (villages) avaient été fusionnés à la ville depuis 15 ans. Les accapareurs de terrains les divisaient en parcelles et gagnaient des milliards avec leur vente.’

    Le journaliste Fahad Desmukh a tweeté son entretien audio avec Parveen Rehman, où elle évoque les menaces de la mafia du foncier à Karachi :

    @desmukh (Fahad Desmukh) : ‘Parveen Rehman : Nous avons dit : Tout ce que vous pouvez faire c’est nous tuer. Que pouvez-vous faire d’autre ? Nous n’avons pas peur de vous’.

    L’artiste pakistanaise SesapZai écrit sur son blog :

    ‘J’ai presque l’impression que les gens au Pakistan ne veulent pas se développer ; le développement est un monstre qui rôde et devient une énorme menace dès que quelqu’un essaie de le faire avancer.

    Et plutôt que de soutenir et encourager ces courageux humanitaires, comme Parveen Rehman, qui ont consacré et mis en jeu leur vie pour aider les plus pauvres de la région à vivre de meilleures vies, on les assassine. Et avec eux, tous les espoirs et rêves d’un avenir meilleur, plus auto-suffisant économiquement, s’évanouissent également.’


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  •   08/03/2013

    Libérer les femmes du pilon et du mortier au Niger

    “Battre, décortiquer et moudre le mil nous prenaient environ 16 heures par jour mais le nouveau moulin a réduit de moitié le temps nécessaire”, Zénabou Halilou, Niger

    journee internationale de la femme,niger,icrisat,banque mondiale,mil,fonio,femme,post recolte,temps de travail,resilience,codewaAujourd’hui, le 8 Mars, nous célébrons la Journée Internationale de la Femme. La majorité des femmes dans les pays en voie de développement dépendent de l’agriculture. La question de la femme est largement reconnue comme facteur clé pour l’amélioration des conditions de vie des populations rurales pauvres des pays du Sud. Diverses problématiques sont souvent adressées quand on veut améliorer la situation des femmes en agriculture: accès à la terre, formation, accès à de meilleurs intrants et l’accès au marché. Cependant, le temps et la pénibilité des activités post-récolte est pour beaucoup de femmes un des principaux freins à résoudre pour une vie meilleure. Mécaniser le battage, décorticage et la mouture des grains peut aussi améliorer la résilience de la communauté à des climats plus secs.

    Le pilon et le mortier sont toujours les principaux outils pour moudre les céréales de base telles que le mil et le sorgho dans la grande partie de l’Afrique sub-saharienne. Mais moudre manuellement le grain est pénible et demande beaucoup de temps, une charge de travail qui s’ajoute pour les femmes rurales, à des journées déjà bien remplies par d’autres taches comme la cuisine, la collecte de bois, s’occuper des jeunes enfants…

    ICRISAT, avec ses partenaires locaux, ont travaillé avec des femmes pour tester différentes technologies appropriées pour soulager leur charge de travail. Dans le cadre du projet HOPE financé par la Fondation Bill et Melinda Gates, des paysannes comme Zénabou Halilou au Niger, ont remplacé le pilon et mortier traditionnels avec des moulins motorisés. Cette initiative est menée par le centre d’innovation et d’incubation de technologies agricoles et agro-alimentaires créé par le projet au Niger.

    "Avant l’installation du Moulin dans notre village, nous préparions manuellement tout le grain de notre récolte,” dit Mrs Halilou. “Le battage, décorticage et moudre le grain nous prenait jusqu’à 16 heures par jour mais le moulin a permis de réduire de moitié le temps nécessaire”. Cela a changé radicalement ma vie. Je peux passer plus de temps à préparer la nourriture et j’ai commencé à élever de la volaille. J’ai aussi plus de temps pour m’occuper de mes enfants. Au lieu de repas servis très tard ou pas de diner du tout, ils mangent maintenant chaque soir avant d’aller au lit. »

    Renforcer la résilience à un climat plus aride

    Le temps nécessaire pour préparer et transformer le grain est un critère clé pour les petits agriculteurs pour choisir le type de cultures qu’ils vont cultiver. Pouvoir sauver quelques heures par jour pour préparer le mil encourage les paysans à cultiver cette culture tolérante à la sécheresse. Dans un sens, introduire ce moulin aide les paysans à être plus résilients face à un climat de plus en plus aride.

    Dans le cadre du projet CODEWA financé par la coopération Allemande, ICRISAT a testé avec des paysans du Sahel différentes stratégies pour s’adapter aux aléas climatiques grandissants, y compris la diversification de cultures. En particulier, les paysans ont été encouragés à cultiver des cultures traditionnelles très résistantes à la sécheresse comme le fonio, le plus petit des mils et une céréale de base majeure dans les régions arides d’Afrique de l’Ouest.

    Très nutritive et de culture très rapide (le fonio n’a besoin que de 6 a 8 semaines du semis à la récolte), le grain de fonio est utilise pour préparer du porridge, couscous, pain et des boissons. Mais la taille très petite du grain, 2000 grains par gramme de fonio, implique que les femmes passent des heures à décortiquer le grain en mélangeant le grain avec du sable.

    Ces dernières décennies, les paysans ont progressivement abandonné ce genre de cultures traditionnelles avec d’autres plus facile à préparer et cuisiner, comme le maïs. Mais dans le cas de sécheresse prolongée, les paysans s’exposent à perdre une grande partie ou toute leur récolte. La dissémination d’une machine à décortiquer le fonio – récompensé par les Rolex Awards en 1996- qui peut préparer 2 kg de grain en 6 minutes au lieu de 2 heures de pilonnage manuel, a été le facteur clé pour réintroduire la culture de cette céréale rustique. La Banque Mondiale, à travers son Programme de Productivité Agricole en Afrique de l’Ouest, a récemment financé la distribution de machines à décortiquer le fonio au Sénégal et l’évaluation de l’impact. C’est une bonne nouvelle car le fonio est souvent la seule culture capable de fournir aux paysans une récolte en climat très aride.

    Les technologies qui libèrent les femmes du pilonnage manuel sont aussi appréciées pour d’autres raisons. Mrs Halilou montre fièrement ses mains. “Le battage et décorticage abîmaient mes mains,” dit-elle. “Maintenant que j’utilise le moulin, elles sont beaucoup plus douces et je n’ai plus honte de saluer les gens avec mes mains,” ajoute-elle.

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  •  Romain De Oliveira  (Youphil)     02/01/2013

     

    Cette entreprise sociale a reçu le prix Ashoka 2012. Reportage dans une de ses usines, près de Lille.

    Les camions défilent sur le parking de l’usine. Portes grandes ouvertes, les quais se remplissent de machines à laver, de réfrigérateurs hors d’usage, de micro-ondes en piteux état ou de télévisions dont les écrans ont vécu.

    Bienvenue dans l'usine Envie2e nord, à Lesquin. “Ici on prononce Lékin”, me fait remarquer Antoine Bucher, directeur de la communication du groupe Vitamine T et mon guide au cœur des broyeurs et autres recycleurs.

    Envie2e nord est l’un des fleurons du groupe Vitamine T, situé lui aussi à Lesquin. Cette société par actions simplifiées (SAS), créée en 1987, regroupe aujourd’hui treize entreprises d’insertion (EI), ateliers chantier d’insertion (ACI) ou entreprises de travail temporaire d’insertion (ETTI). Son cœur de métier? Créer des passerelles entre le monde du privé et le secteur social pour développer la co-création d'entreprises d'insertion.

    En tant qu'entreprise qui réoriente les personnes éloignées de l'emploi sur le chemin du travail, Vitamine T bénéficie de financement publics orientés vers l'accompagnement social de ses salariés.

    "Nous ne sommes pas dans l'économie de réparation"

    Cela fait déjà sept ans qu'Envie2e nord, "joint-venture" créée avec la société Van Gansewinkel, spécialisée dans le retraitement des déchets au Benelux, s’est installée dans la zone industrielle de cette petite ville de 6000 habitants, dans la banlieue lilloise.

    Ici, nous ne sommes pas dans l’économie de la réparation. Nous voulons aider les gens à s’en sortir par le travail”, m’explique tout simplement André Dupon, président exécutif de Vitamine T depuis 2008 et membre du Mouvement des entrepreneurs sociaux (Mouves).

    Cet ancien éducateur spécialisé toujours pressé est un fervent défenseur de l'économie sociale et solidaire. "L'ESS est une réponse d’après crise. Nous créons des emplois non délocalisables et innovants […]. Mais je reste lucide, l’ESS n’a pas vocation à être le seul levier du retour de la croissance dans notre pays."

    Décharger, casser, recycler

    Deux expressos bien tassés plus tard, nous voilà en train de visiter l’usine. Décharger, désosser et envoyer le tout sur les tapis roulants. L’action est répétitive et rappelle l'univers des Temps modernes.

    Le bruit lancinant des machines oblige à porter des bouchons d'oreilles, et pour éviter tout accident avec les chariots élévateurs qui filent à toute berzingue, mieux vaut suivre les lignes jaunes au sol.

    Depuis sa création en 2005, près de 100.000 tonnes d’électroménager et de tubes cathodiques sont passées dans les machoires des monstres d’aciers qui mastiquent le métal à longueur de journée.

    Cette entreprise d’insertion spécialisée dans le recyclage a été créée pour répondre aux nouvelles exigences en matière de retraitement des déchets. Depuis 2011, elle fait également partie des quelques entreprises aptes à recycler les écrans plats, symboles de l'obsolescence programmée.

    En 2011, Envie2e nord a signé la Charte Co2 et s'engage à améliorer ses pratiques de recyclage pour le respect de l'environnement.

    D’après le bilan social de l’année 2011, 3062 personnes sont salariées du groupe Vitamine T, dont 2122 en parcours d’insertion. “Avec nos différentes filiales, nous sommes un tremplin vers l’embauche. Les personnes salariées en insertion peuvent rester pendant 24 mois maximum. Nous les dirigeons ensuite vers des formations qualifiantes ou un contrat”, explique Antoine Bucher.

    En 2011, 55% des personnes sortant des treize filiales ont ainsi obtenu un CDD, un CDI ou une formation. Un pourcentage pourtant inférieur à celui de 2010 (67% de taux de sortie positive sur l’emploi). “Cette baisse est due à la crise. Nous sommes impactés au même titre que n’importe quelle entreprise”, relativise Antoine Bucher. “Et même s’ils n’ont pas un emploi à la clé, ce n’est pas forcément un échec. Ils ont pu résoudre un problème d’endettement ou trouver un logement.

    Une histoire de reconversions

    Daniel a 59 ans. Cela fait déjà 8 ans qu’il dévisse et désosse les appareils ménagers qui tombent sous sa perceuse et son marteau. Daniel est surtout un ancien de “La Thomson” comme il dit.

    Jusqu’en 2001, les 14.000 mètres carrés d’Envie2e nord étaient occupés par l’ancienne usine Thomson-Brandt. Créée en 1893 et rebaptisée par la suite Selnor, “La Thomson” était un véritable pillier de l’industrie locale. Jusqu’à 6000 personnes travaillaient ici chaque jour.

    À la fin du mois d’avril 2001, un plan social est confirmé pour les 670 employés toujours en poste sur le site. Ça été vécu comme un choc pour toute la région”, explique Daniel

    Daniel a 59 ans et est ancien salarié de "La Thomson". Cela fait déjà 8 ans qu'il travaille à Envie2e nord.

    Sur les 220 employés que compte Envie2e nord (dont 110 en parcours d’insertion), 70 sont d’anciens salariés de "La Thomson". “Notre politique était d’embaucher en priorité les anciens salariés. Après un parcours d'insertion, certains sont finalement restés”, indique Antoine Bucher. C’est le cas de Daniel par exemple.

    “Ça n’a pas été évident de me reconvertir et je gagnais bien mieux ma vie avant. Que voulez-vous que je fasse avec le Smic aujourd’hui? Depuis 8 ans que je suis ici, je n’ai jamais été augmenté”, déplore Daniel, amère. “Mais je ne me plains pas trop, j’ai un travail à mon âge”, ajoute-t-il en continuant à désosser une machine à laver.

    Tous les employés gagnent en effet le Smic, “avec un écart de salaire de 1 à 7 en moyenne”, précise Antoine Bucher. La limitation de l'écart entre le salaire le plus élevé et le moins élevé dans une entreprise est une caractéristique du secteur de l'ESS.

    Au mois d'octobre 2012, André Dupon a obtenu le prix Ashoka 2012, qui récompense les entrepreneurs sociaux. "Une belle récompense et une nouvelle dynamique pour tout le groupe", sourit l'intéressé. Mais en temps de crise et de hausse inquiétante du chômage en France, c'est surtout la reconnaissance d'un modèle économique viable, mais "qu'il faut encore développer".

    Crédits photos: Romain De Oliveira

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  •   Les citoyens au cœur de la politique : un exemple guinéen

    Le projet Porteur d’eau soutenu par France Libertés en Guinée est un bon exemple du rôle que peuvent jouer les citoyens dans la politique locale, et notamment sur la manière dont ils peuvent influencer le débat public et faire changer les choses. Au moment où nous fêtons notre 25e anniversaire et où la déclaration à l’ONU du droit à l’eau pour tous fête, quant à elle, son premier anniversaire, nous avons voulu revenir sur ce projet.

    Notre partenaire, Guinée 44, cherche à soutenir la commune de Kindia dans la gestion d’un service de l’eau et de l’assainissement transparent, participatif et démocratique pour tous, en se focalisant sur plusieurs quartiers insalubres situés à la confluence de trois rivières : Tohku, Wawa et Fissa.

    La première étape du projet mis en place par Guinée 44 consistait à réaliser une cartographie et un diagnostic de la zone du projet. Avant de savoir comment gérer cette ressource, il faut encore la connaître. Au delà des informations, cette partie du projet a permis d’impliquer aussi bien la commune que les habitants et a fourni un outil d’analyse, de débat et d’aide à la prise de décision pour définir les politiques publiques en matière d’eau et d’assainissement.

    Au cours de l’année 2009 de nombreux foyers ont été touchés par les fortes inondations. La commune de Kindia a décidé de mettre en place un dispositif permettant de maîtriser les eaux fluviales et ce phénomène d’inondations récurrentes. Le diagnostic réalisé sur la zone du projet a donc permis d’identifier certaines causes des inondations, notamment, l’encombrement des caniveaux par les ordures ménagères.

    Suite a cela, avec l’aide de Guinée 44 et la motivation de jeunes sans emploi, ni diplôme, des « brigades de salubrité » ont été créées dans un esprit de participation citoyenne. Elles sont désormais chargées de désencombrer les caniveaux et les rivières de la ville et d’évacuer les déchets, afin que l’eau puisse s’écouler plus facilement.


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  •   Toni Morrison : « le racisme est ancré dans l’ADN des Américains »

    Samedi 24 Novembre 2012
    Propos recueillis par Clara Kane  (Marianne)

    A 81 ans, la romancière afro-américaine a conservé intacte sa fièvre militante. « Home », son roman paru à la rentrée, évoque le statut des noirs dans l’Amérique des années 50. Rencontre avec une Prix Nobel Littérature en dreadlocks.

    Thibault Camus/AP/SIPA
                                    Thibault Camus/AP/SIPA

    « Rester en vie » : tel est le but de Frank Money, héros de « Home », le dernier roman de la grande romancière américaine Toni Morrison. Un homme, blessé par la guerre, doit découvrir comment tenir debout. Des douleurs dorsales obligent Toni Morrison à rester assise, mais sa dignité force le respect. Elle a beau afficher 81 printemps, elle est éblouissante et on ne peut que la croire quand elle affirme « j’ai éternellement 23 ans » ! Sa voix soul passe du rire aux larmes. Des dreadlocks argentées accentuent son aura impériale, or à l’instar de Frank Money, elle n’a pas oublié la pauvreté de son enfance. « Alors que mon père cumulait trois boulots, on ne pouvait pas payer les 4 dollars mensuels de loyer ! Ce dénuement n’a pas suscité la honte, mais la créativité », assure-t-elle.

    Depuis le début des années 80, Toni Morrison s’est imposée comme « la » voix littéraire de communauté noire des Etats-Unis. Prix Nobel de littérature en 1993, elle fut la première femme et à ce jour la seule auteur afro-américaine, à avoir reçu cette distinction. Cette fois, elle emprunte celle d’un homme et conte l’apprentissage de la vie. Revenu de la guerre de Corée, Frank traverse les Etats-Unis pour retrouver sa sœur, Cee. Un périple périlleux pour un noir, fût-il « at home »…

    Marianne : Ce roman s’intitule « Home », l’écriture est-elle votre vraie maison ?

    Toni Morrison: On peut dire ça… Elle est en tous cas un espace vital. Celui où je peux être protégée et libre. L’existence est si chaotique, que j’aspire à pouvoir y créer la vie et maîtriser le monde. Chaque livre m’en apprend plus sur lui, puisqu’il part toujours d’une question. J’ai pris la plume en découvrant que certaines choses, que je voulais lire, n’existaient pas. Petit-à-petit, je suis devenue plus sage en écrivant. Bien sur, tous mes romans liés à la culture afro-américaine, mais ils s’intéressent avant tout à l’être humain. Le rôle de l’écrivain consiste à trouver le sens des événements. Loin d’être didactique ou moraliste, il doit révéler les choses cachées, rendre l’étranger familier.

    Votre héros, Franck, rentre de la guerre de Corée. Quels champs de bataille doit-il affronter ?

    Comme bon nombre de noirs, il s’est senti intégré dans l’armée, mais à son retour, il est à nouveau infériorisé et dévirilisé par les racistes. Une part de lui est détruite, d’autant qu’il doit se frotter à un autre champ de bataille : la traversée des Etats-Unis. Ce roman se situe dans les années 50, alors que les Afro-Américains n’ont pas le droit de circuler sans danger dans le pays. Mes parents l’ont expérimenté en quittant le sud. Ma mère en avait une vision romantique, mais mon père pensait que les blancs étaient dépourvus de relations humaines. Le racisme est ancré dans l’ADN des Américains. Le problème n’est pas lié à la différence physique ou morale, mais à la perception, supérieure ou inférieure, que les gens ont d’eux-mêmes et d’autrui. Comment rester un individu unique, en faisant partie d’une communauté ? La culture afro-américaine n’a jamais baissé les bras ! L’écriture me donne une chance d’être libre et de communiquer avec les autres. Cette histoire nous rappelle qu’on doit affronter nos sources de douleurs. C’est pourquoi tous mes personnages se livrent à des luttes intérieures.

    Plus qu’une bataille, ce livre vous a-t-il permis de « ne pas vous écartez de la lumière » après la mort de votre fils ?

    J’ai été incapable de finir ce roman dans les mois qui ont suivi le décès de Slade - à qui il est dédié. Or il aurait été fâché que sa mort interrompe mon écriture. Reprendre le travail était la meilleure chose à faire pour nous deux. Le mot « renaissance » ne s’y prête pas vraiment, mais il s’agit d’une régénération. Mes héros accomplissent un rêve, celui d’avoir une maison, un lieu sûr d’où on ne les chassera pas. Un lieu qui leur permette de grandir et de devenir quelqu’un.

    Peut-on vraiment décider qui l’on est ?

    Yes we can ! On peut surtout décider qui on refuse d’être. J’essaie encore de découvrir qui je suis. Il y a la personnalité publique, pas vraiment reliée à moi, et la femme privée, qui n’est pas certaine de qui elle est. Celle que ma famille et mon passeport nomment Chloé. Le Prix Nobel est très satisfaisant, parce qu’il reconnaît mon travail et rend mes proches fiers de moi, mais il ne m’aide pas à écrire (rires).

    Quand avez-vous compris que « vous êtes une femme, mais aussi une personne » ?

    J’ai appris très tôt qu’il me faudrait devenir un être humain. Dans ma famille, j’ai eu beaucoup d’exemples de gens libres. Cette notion engendre une responsabilité. Mon héroïne, Cee, doit grandir pour cesser de s’auto-apitoyer et parvenir à ne plus avoir besoin de la protection de son frère, Frank. Celles qui la soignent lui inculquent qu’il existe une femme libre en elle. Aussi ne doit-elle pas la laisser s’enfuir, sinon elle deviendra esclave d’elle-même. Ayant élevé mes fils seule, je me devais d’être celle qui pouvait les sauver.

    A une lettre près, le mot "Home" (maison) ressemble au mot "Hope". Quel est votre espoir ?

    Ce roman renferme du désespoir, de la violence, de la peur, mais aussi la possibilité d’une résurrection qui vient de l’intérieur. Mon espoir actuel ne porte qu’un nom : Président Obama. Même lui n’aurait jamais cru pouvoir accéder à la Maison Blanche. L’opposition cherche à le nuire, alors qu’il est bénéfique pour les Etats-Unis et le reste du monde. Il peut contribuer au changement des mentalités, mais on attend de lui qu’il soit le messie. Nous vivons une crise, or c’est précisément quand les temps sont durs que les artistes doivent se mettre au travail. Face à ma dévastation, interne et externe, je ne peux que prendre la plume.

    Home, par Toni Morrison, Bourgois, 153 p, 17 €.


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  • Aung San Suu Kyi, à New Delhi, mercredi 14 novembre 2012.

    Aung San Suu Kyi a qualifié jeudi d'"énorme tragédie internationale" les violences meurtrières entre bouddhistes et musulmans dans l'ouest de la Birmanie et a appelé à un contrôle accru de la frontière avec le Bangladesh.

     

    Interrogée sur la chaîne d'informations NDTV, l'ex-dissidente devenue chef de l'opposition, en visite en Inde, n'a pas souhaité s'exprimer au nom de la minorité musulmane des Rohingyas qui vivent des deux côtés de la frontière, dans une volonté de promouvoir la réconciliation après les violences.

     

    Des affrontements entre bouddhistes et musulmans ont fait au moins 180 morts depuis juin dans l'Etat Rakhine (ouest de la Birmanie) et plus de 110 000 déplacés, principalement des Rohingyas, considérés par l'ONU comme l'une des minorités les plus persécutées de la planète. Des milliers de maisons ont été brûlées.

     

    "TRAVAILLER À LA RÉCONCILIATION"

     

     

    Les 800 000 Rohingyas confinés dans l'Etat Rakhine, privés de nationalité par l'ancienne junte birmane, sont vus par la plupart des Birmans comme des immigrés illégaux du Bangladesh.

    "N'oubliez pas que les violences ont été commises par les deux camps, c'est pourquoi je préfère ne pas prendre position et je veux aussi travailler à la réconciliation", a déclaré la Prix Nobel de la paix. "Y a-t-il encore beaucoup d'immigration illégale via la frontière (avec le Bangladesh) ? Nous devons y mettre un terme sinon le problème n'aura jamais de fin", a-t-elle ajouté.

     

    Les 800 000 Rohingyas confinés dans l'Etat Rakhine, privés de nationalité par l'ancienne junte birmane, sont vus par la plupart des Birmans comme des immigrés illégaux du Bangladesh, un ostracisme qui alimente un racisme quasi unanime à leur encontre.


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