• La Chinafrique

     

    Les mauvaises pratiques de la Chinafrique

     


    Un rapport de l'ONG Human Rights Watch pointe du doigt les exactions commises pas les sociétés minières chinoises en Zambie. Des cas de mauvais traitements qui jettent le trouble sur les mauvaises pratiques de cette Chinafrique.

    Dans un rapport de 122 pages, Human Rights Watch dresse un tableau accablant des pratiques chinoises en Zambie. Dans ce pays où les mines de cuivre rapportent deux tiers des revenus de l’Etat et 38% de la production mondiale, les miniers chinois ont pignon sur rue. Parmi eux, NFC (China Non-ferrous Metal Industry's Foreign Engineering & Construction). Cette grande entreprise cotée à la Bourse de Shenzhen a profité de la vague de privatisations des mines zambiennes à la fin des années 90. Elle emploie plus de 2000 mineurs en Zambie et contrôle une grande partie des exploitations de la ceinture de cuivre, au Nord de Lusaka. « Notre rapport se base sur plus de 170 entretiens, dont 95 avec des mineurs travaillant pour quatre entreprises minières chinoises en Zambie, nous explique Matt Wells, l’auteur de ce document. Les violations des droits des travailleurs dont nous nous faisons l’écho ici viennent directement des ouvriers maltraités, des experts et des responsables syndicaux. La santé et la sécurité sont les deux problèmes principaux rencontrés dans les mines exploitées par les entreprises chinoises ».

    Pékin fait valoir ses investissements en Zambie

    Des mineurs ont ainsi expliqué qu'ils devaient travailler 365 jours par an et que « les patrons chinois soudoient ou menacent les mineurs pour les empêcher de signaler des accidents ou d'autres problèmes aux autorités (…) Ils ne pensent qu'à la production, pas à la sécurité. Si quelqu'un meurt, il peut être remplacé le lendemain. Et si vous signalez le problème, vous perdrez votre emploi », a témoigné l'un deux. Réponse de Hong Lei, le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères : « ce rapport de Human Rights Watch ne reflète en rien la réalité actuelle. Les entreprises chinoises mises en cause travaillent en parfaite coopération avec les pays africains sur une base de bénéfices mutuels. Nous avons créé des emplois et contribué grandement au développement économique et social de la Zambie ». Un argument martelé par Pékin qui rappelle avoir financé l’hôpital général de Lusaka, le stade national de Ndola, des routes et des écoles. La Chine a investi l’équivalent de 730 millions d’euros en Zambie en 2010. « Ceux qui boivent de l’eau n’oublieront jamais les gens qui ont creusé les puits », avait d’ailleurs déclaré le Président Hu Jintao lors de sa visite en Zambie en 2007.


    Et c’est bien là toute l’ambiguïté de cette Chinafrique. Sous prétexte de construire des infrastructures et de créer des emplois, la Chine exporte son modèle. Un « néo colonialisme » pour cette Afrique rongée par le chômage et la pauvreté. « Les investissements considérables de la Chine dans l'industrie de l'extraction du cuivre en Zambie peuvent bénéficier à la fois aux Chinois et aux Zambiens. Mais les mineurs travaillant dans les compagnies dirigées par des Chinois sont soumis depuis longtemps à des conditions violant leurs droits en matière de santé, de sécurité et de travail, dans l'indifférence du gouvernement, constate HRW. Bon nombre des mauvaises pratiques que nous avons constatées en matière d'hygiène et de sécurité dans les mines de Zambie dirigées par des Chinois rappellent de façon frappante les abus que l'on constate en Chine ».

    Plusieurs plaintes déposées au Zimbabwe et en République Démocratique du Congo

    « D’autres multinationales violent les droits des travailleurs zambiens, reprend Matt Wells. Mais le cas des quatre grands mineurs chinois sur place est beaucoup plus inquiétant et c’est là que les conditions de travail sont les plus mauvaises ». La Zambie n’est pas le seul pays d’Afrique concerné par ces mauvaises pratiques des entreprises chinoises. Cette année, plusieurs plaintes ont été déposées au Zimbabwe ou en République Démocratique du Congo. « Bien sûr, note Matt Wells, ces investissements chinois offrent de nombreuses opportunités de travail à ces pays très pauvres, comme la Zambie. Les gens que nous avons interrogés sont contents d’avoir du travail. Mais tous condamnent ces violations du droit et les pressions exercées sur les syndicats. Le nouveau Président du pays a déjà publiquement promis de nouvelles réglementations et il s’engage à suivre certaines de nos recommandations. Nous serons très vigilants sur ce dossier », conclut Matt Wells.

    On connaissait jusque-là de la Chinafrique son goût pour les dictatures. Soudan, Zimbabwe ou Libye de Kadhafi. La Chine ne s’embarrasse pas de bons sentiments quand il s’agit de faire des affaires et surtout d’assurer sa sécurité énergétique et alimentaire. Le pays manque en effet de tout et surtout de pétrole et de matières premières. Il est aujourd’hui le plus grand consommateur de métaux non-ferreux comme le zinc, l’aluminium ou le cuivre de Zambie. L’Afrique constitue donc son nouveau terrain de chasse et les entreprises chinoises y sont particulièrement actives : des mines de Zambie et du Congo, en passant par le pétrole du Nigeria, du Gabon, du Tchad et de l’Angola. Les investissements directs de la Chine en Afrique ont été multipliés par deux en cinq ans et dépassent aujourd’hui le milliard d’euros. Cette stratégie chinoise du « Zouchuqu », littéralement « Sortir des frontières », s’accompagne cependant de nombreuses exactions qui alimentent en Afrique un sentiment anti-Chinois grandissant. L’envers du décor ce sont en effet ces 100 000 Chinois qui travaillent en Zambie. Petits commerçants, contremaîtres, expatriés… On estime que 300 entreprises chinoises sont implantées en Zambie et la plupart ne sont là que depuis une petite dizaine d’années. Attirées par ce pays d’Afrique australe riche en « or rouge » et zone de non-droit.

       Stéphane  Pambrun à Pékin    © 2011 Novethic - Tous droits réservés


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