• Le petit pois d'angole

      Le petit pois d’Angole, poids lourd face à la crise alimentaire

     

    De récentes découvertes sur l'ADN du pois d'Angole pourrait faire de cette plante un véritable remède face à la crise alimentaire qui frappe les pays du Sud.

    L'Institut de Recherche International sur les Cultures des Tropiques Semi-Arides (ICRISAT) et ses partenaires viennent de compléter la cartographie du génome du pois d'Angole, une légumineuse multi usage résistante à la sécheresse, et dont la valeur nutritive pourrait résoudre une partie de l'insécurité alimentaire dans les régions arides d'Afrique et d'Asie. Cette "première" scientifique -le pois d’Angole est la première culture vivrière à voir son ADN décodé- révèle l’intérêt de la biologie moléculaire dans la recherche agronomique, et pourrait changer la vie de millions de paysans au Sud.

    Jérôme Bossuet, spécialiste en développement rural et chargé de communication pour l’ICRISAT, revient sur l’intérêt d’une telle avancée scientifique.

    La "viande du pauvre"

    Le pois d’Angole, encore nommé pois cajan, est une légumineuse (comme le soja ou le haricot) importante pour plusieurs millions de petits cultivateurs en Asie, Afrique et Amérique Latine. Il contient plus de 20% de protéines -d’où son surnom de "viande du pauvre"- et peut ainsi jouer un rôle crucial dans les pays frappés par la faim et la malnutrition. Ce pois a l’avantage de pousser même quand l’eau est rare, n’a besoin que d’un minimum d’intrants, et peut survivre dans des sols pauvres tout en produisant du grain riche en protéines. Il reste principalement cultivé pour l’autoconsommation, sur un peu plus de cinq millions d’hectares, soit le quart des surfaces utilisées pour le maïs. Les paysans Indiens sont à l’origine de 75% de la production mondiale, dans des fermes de moins de deux hectares.

    Ce qui rend le pois cajan vraiment unique est sa capacité à bien pousser dans des environnements très hostiles. Sa haute tolérance à la sécheresse en fait une plante précieuse. Dans les régions affectées par des précipitations très variables, c’est souvent la seule culture qui arrive à produire pendant les épisodes de sécheresse, quand d’autres cultures, comme le maïs, ne résistent pas. Nous en voyons la démonstration en ce moment dans la Corne de l’Afrique.

    Une plante pleine de ressources

    C’est aussi une plante légumineuse multi usage. En plus de sa valeur nutritive pour la population, ses feuilles et ses branches en gousses riches en protéines et vitamines A et B constituent un excellent fourrage pour les animaux. Les tiges ligneuses de cette plante sont utilisées comme bois de chauffe pour les foyers de cuisson traditionnels, pour tisser des paniers, construire des barrières ou comme matériel de construction.

    Des paysans en Chine cultivent le pois cajan sur des terres occultes en pente pour soutenir des efforts de reforestation et lutter contre l’érosion du sol, produisant jusqu’à six tonnes de bois de chauffe par hectare. Le pois cajan est aussi utilisé comme support de culture des insectes produisant la laque naturelle, qui est vendue comme teinture naturelle, en cosmétique ou comme médicament. Les feuilles de pois cajan sont par exemple utilisées en médecine traditionnelle.

    Le pois sous-exploité

    En dépit de la valeur immense que peut représenter le pois d’Angole pour la sécurité alimentaire de vastes régions du monde, cette plante a été jusqu’ici négligée par la recherche agronomique, et bien moins développée que le maïs ou le soja. Les rendements sont actuellement très faibles, avec une moyenne de 866 kg par hectare en Inde et de 736 kg par hectare en Afrique, alors qu’on pourrait produire jusqu’à 2.500 kg par hectare dans des conditions optimales. Pour s’assurer de meilleures récoltes, les paysans n’ont pas à disposition beaucoup de variétés améliorées, c’est-à-dire à haut rendement et résistantes aux principales maladies. La perte de plus de la moitié de la récolte de pois d’Angole à cause du flétrissement fusarien, par exemple, est chose commune en Afrique de l’Est.

    Le génome décrypté

    L'Institut de Recherche International sur les Cultures des Tropiques Semi-Arides et ses partenaires viennent cependant de compléter la cartographie du génome du pois d'Angole (article paru dans Nature). Cette découverte scientifique va permettre d’augmenter de manière importante les rendements de cette plante vivrière dans les prochaines années

    Chaque être vivant a un génome, un "manuel d’instruction" chimique qui décrit comment tous ses gènes sont assemblés, de manière à former un long code d’ADN. Chaque gène contrôle différentes caractéristiques de la façon dont l’organisme grandit et se développe. Des différences infimes dans ces instructions font émerger des individus avec de nouvelles qualités (ou défauts).

    Grâce au génome du pois d’Angole, on pourra par exemple rechercher les variétés qui produisent beaucoup tout en étant résistantes au flétrissement fusarien ou aux autres maladies dévastatrices.

    La perspective d’améliorer la sécurité alimentaire mondiale
    C’est la première fois qu’une plante non industrielle, et importante pour l’agriculture vivrière d’Asie et d’Afrique sub-saharienne bénéficie des progrès de la biologie moléculaire. Cette découverte scientifique va permettre de produire des variétés plus résistantes et aux meilleurs rendements dans les années à venir, ce qui permettra d’améliorer la sécurité alimentaire de nombreux petits cultivateurs des pays du Sud, notamment dans les zones arides et semi-arides.

    Mais pour que cette carte du génome du pois d’Angole bénéficie pleinement aux paysans du Sud, il faudra que les variétés améliorées produites soient abordables et accessibles. Un enjeu de développement qui nécessite un partenariat public – privé pour disséminer les innovations auprès de ces petits paysans.

    Crédit photo : Paysan africain avec pois d'angole (ICRISAT)   Youphil.com


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