• Les Philippines redécouvrent la monnaie électronique

    16/01/2014    Youphil.com

       Money (SIMM), financé par USAID. Ouvrir une agence ou implanter un distributeur impliquent d’importants coûts fixes, mais la monnaie électronique peut, elle, proposer un modèle économique viable. Le taux de pénétration du mobile sur le marché philippin est de 100,7%. La monnaie électronique constitue donc une vraie option. » Le mandat du projet SIMM, sur deux ans, est de développer un écosystème favorable à la m-money en mettant en contact les différentes parties prenantes dans quatre villes pilotes : Quezon City, Valenzuela City et Pulilan dans la grande couronne de Manille, ainsi que Batangas, à deux heures de route au sud de la capitale. Là, SIMM s’est plus spécifiquement focalisé sur des partenariats avec de petites coopératives au champ d’action très local et déjà actives en matière de services financiers (épargne voire crédit). C’est le cas de la coopérative de Ilijan*, un petit village côtier de 7000 âmes à une Les Philippines redécouvrent la monnaie électronique Avec deux solutions de paiement mobile lancées dès le début des années 2000, les Philippines semblaient avoir un train d’avance en matière de m-banking.

         Mais la technologie n’a jamais été utilisée à grande échelle dans l’archipel. Aujourd’hui, les acteurs de l’inclusion financière essaient de relancer la machine, entraînés par le projet SIMM, financé par l’aide au développement américaine. En matière de services financiers sur mobile et de portefeuille de monnaie électronique (e-wallet), le Kenya fait office de précurseur. Au point d’en oublier que le m-wallet de Safaricom, M-Pesa, n’était pas le premier service de ce genre dans le monde. De l’autre côté de l’Océan indien, deux opérateurs téléphoniques philippins, Smart en 2001 puis son concurrent Globe en 2004, avaient déjà accouché de solutions similaires : Smart Money et G-Cash.

        La suite de l’histoire, en revanche, est clairement écrite par M-Pesa : avec 17 millions d’utilisateurs actifs et 40.000 agents, le Kenya domine de loin la scène internationale de la m-money. Il suffit de se promener dans les deux pays pour noter la différence : quand le moindre village kenyan a son agent M-Pesa (ou Airtel Money, son principal concurrent), trouver un point de contact G-Cash ou Smart Money aux Philippines se révèle particulièrement hasardeux. Et sans agent, pas de visibilité, pas d’ouverture de compte ni de transactions cash-in (transformation du cash en monnaie électronique).

       Les Philippines compteraient ainsi 10 millions de comptes de m-money mais moins de 10% seraient véritablement actifs. Le mobile pourrait pourtant être d’une grande utilité pour le développement des services financiers dans l’archipel. « Seuls 26% des Philippins ont accès aux services financiers du secteur formel et 37% des municipalités n’ont aucune banque, rappelle Mamerto Tangonan, en charge du projet Scaling Innovations in Mobile heure de route du centre de Batangas dont l’essentiel de la vie économique est porté par une centrale électrique coréenne. Grâce à l’intermédiaire de SIMM, la coopérative propose désormais l’offre de BanKO**, joint-venture entre Globe et la banque BPI permettant d’accéder à un compte épargne via son mobile en utilisant la plateforme de paiement GCash. La coopérative fait office d’agent pour BanKO. En un mois, 500 personnes ont ouvert un compte. Certaines sont déjà membres de la coopérative, d’autres non. « La plupart viennent nous trouver pour déposer de l’argent, explique Maricris, en charge des transactions BanKO pour la coopérative. Nous avons à la fois des étudiants qui déposent quelques dizaines de pesos et des personnes âgées qui nous confient les quelques pièces récoltées en vendant de la glace à travers le village. »

        Pour l’instant, les opérations cash-out ont été très rares : les clients sont essentiellement focalisés sur la dimension épargne. Le compte est rémunéré à 3% par an mais, comme c’est souvent le cas en matière d’inclusion financière, le taux d’intérêt importe bien peu pour ces clients qui valorisent essentiellement le caractère pratique du service. SIMM veut toutefois aller au-delà de la simple épargne. « Actuellement, les salariés d’Ilijan touchent leur paie sur un compte bancaire deux fois par mois et doivent se rendre en ville, au distributeur le plus proche, pour retirer leur argent. Le coût de transport est de 100 pesos aller-retour par personne et le mari y va généralement avec l’ensemble de sa famille, ce qui engendre des dépenses supplémentaires, explique Donato Pua, en charge de la zone de Batangas pour le projet SIMM. L’idée est qu’à terme, la coopérative puisse faire un prêt au salarié qui sera crédité sur son compte BanKO et auquel il pourra accéder sans avoir à quitter le village. »

        Une manière de réduire le recours aux « loan sharks », ces usuriers qui avancent le montant de la paie aux salariés en échange de leur carte bancaire. Quand le salaire tombe, ces usuriers retirent eux-mêmes l’argent et se remboursent directement, moyennant un très fort taux d’intérêt. Dans d’autres municipalités du projet, comme Pulilan au nord de Manille, la question du paiement des salariés est également au centre de l’action de SIMM. Les employés de l’administration locale sont ainsi payés non plus en liquide mais à travers un compte BanKO. Une fois sur leur compte, ils peuvent utiliser l’argent de leur paie pour payer leur facture d’électricité ou de téléphone, faire des virements à leurs enfants partis étudier à la ville, épargner ou retirer du cash chez l’un des agents cash-in/cash-out. En matière de mobile money, la question du réseau d’agents est essentielle. Or les opérateurs de téléphonie philippins, en lançant leur solution technique il y a une dizaine d’années, n’ont pas suffisamment développé ce réseau. « Il existe des agents mais ils sont inactifs car les clients ne connaissent pas ces solutions de paiement mobile », note une banquière. « Les clients ne sont pas au courant de l’existence de ces solutions car les agents préfèrent investir leur fonds de roulement dans des recharges téléphoniques dont les marges sont supérieures à celles de la mobile money », contrebalance un autre expert. Il n’en reste pas moins que sans offre et sans demande, le service est au point mort.

       Pour sortir de cette impasse, ce sont aujourd’hui les institutions financières qui prennent le relais pour constituer un réseau d’agents actifs. C’est le cas des petites coopératives comme celle d’Ilijan ou de sa voisine à Balete***. « Il est plus simple de travailler avec les coopératives : elles savent déjà gérer l’argent et sont déjà actives dans le domaine de l’éducation financière », souligne Donato Pua. De leur côté, les coopératives peuvent compter sur des retombées positives. « Nous avons beaucoup de lycéens parmi nos clients BanKo, fait remarquer Tita Hernandez, manager de la coopérative de Balete. Le bouche-à-oreille fonctionne : ils viennent ouvrir un compte les uns après les autres. Régulièrement, ils déposent quelques dizaines de pesos d’épargne et en profitent pour acheter quelques produits au magasin de la coopérative. Et surtout, ils en parlent à leurs parents qui font parfois les démarches pour devenir membres de la coopérative. »

        Le projet SIMM a aussi tissé des partenariats avec des institutions financières de plus grande envergure. Comme GM Bank, une banque rurale opérant dans le nord de l’île de Luzon (lire aussi sur ce blog « Encash équipe les banques rurales de distributeurs de billets »). La banque vient de s’allier à SIMM avec pour objectif de mettre sur pied un réseau d’agents dans sa zone d’intervention. Ces points serviront de relais de proximité à la banque pour ses opérations de décaissement de prêts, les remboursements de ses clients ainsi que leurs versements d’épargne. « Cela dégagera du temps pour nos équipes terrains », anticipe Ramon de Ocampo, vice-président exécutif de GM Bank. Les flux électroniques transiteront, eux, par la plateforme Smart Money. Une expérience similaire est menée par CARD Bank en partenariat avec Grameen Foundation dans la région de San Pablo (lire aussi sur ce blog « Microfinance et mobile : beaucoup d’opportunités, autant d’embuches »). Cela suffira-t-il pour faire des Philippines un nouveau Kenya en matière de mobile money ? Les obstacles sont nombreux : les parties prenantes doivent encore trouver le bon business model ; l’ouverture des comptes est rendue difficile par l’absence de pièce d’identité nationale ; quant à la confiance dans la technologie, elle est encore toute relative.

        Treize ans après le lancement de l’offre Smart Money, le chemin semble encore long avant une adoption généralisée du mobile pour les services financiers dans l’archipel. * Ilijan Multi-purpose Cooperative ** BanKO a le statut de "savings bank" aux Philippines. Elle propose un compte d'épargne rémunéré, une micro-assurance contre les accidents et teste une offre de crédit. Elle va donc bien au-delà du simple transfert d'argent électronique, opéré à travers la plateforme GCash. En cela, BanKO se rapproche davantage de M-Shwari, partenariat entre Safaricom et la banque CBA, que de M-Pesa lui-même. *** Pinagbuklod Multi-purpose coopérative


    Tags Tags : , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :