•   Le FMI découvre que l’austérité est bien plus nocive que prévu

    Pascal Riché | Redchef Rue89
     

    Mia Farrow dans « Rosemary’s baby », de Roman Polanski

    Aïe... Le FMI a fait une découverte : l’austérité a un impact plus sévère que prévu sur l’économie. Après avoir fait boire bien des potions amères, pendant des décennies, à des pays en crise, le Fonds monétaire international semble constater que ses prescriptions n’étaient pas forcément adaptées.

    François Hollande, qui s’est engagé dans une course folle à la réduction du défit, avec pour objectif un chiffre totémique, les « 3% du PIB », devrait lire cette étude (résumée page 41 de l’Economic Outlook, ici en PDF). Que dit-elle ?

    Gare au « multiplicateur »

    Avant d’entrer dans le vif de celle-ci, il faut faire un détour par le « multiplicateur keynésien ». Ne fuyez pas, vous allez voir, c’est assez simple à comprendre.

    Depuis John Maynard Keynes, la plupart des économistes l’admettent : sauf circonstances exceptionnelles, l’austérité budgétaire (baisse des dépenses publiques) ou fiscale (hausse des impôts) n’est pas bonne pour la croissance. Symétriquement, les mesures de relance prises par l’Etat – baisse d’impôts ou hausses des dépenses – dopent la croissance.

    Le lien entre l’intervention budgétaire et fiscale de l’Etat et la croissance est appelé le « multiplicateur ».

    Jusque-là, le FMI considérait que pour les économies avancées, ce multiplicateur était de 0,5. Autrement dit : 10 euros de hausse d’impôt (ou de baisse des dépenses) entraînait une perte pour la croissance de 5 euros.

    Le FMI estime aujourd’hui que cette évaluation était erronée. Selon leurs recherches, qui portent sur les huit dernières décennies, le multiplicateur serait situé entre 0,9 et 1,7.

    Autrement dit : si un Etat augmente ses impôts ou baisse ses dépenses de l’équivalent de 1% du PIB, l’impact pour la croissance se situera entre 0,9 et 1,7 point, selon la conjoncture.

    Sérieux ou stupidité budgétaire ?

    Si cette étude du FMI est exacte, conduire une politique d’austérité en période de crise est d’une stupidité sans nom (ce que beaucoup d’économistes savent déjà, mais l’orthodoxie économique ambiante les dissuade de le crier trop fort).

    Bercy ne dévoile pas le multiplicateur qu’il retient pour ses prévisions budgétaires – une opacité regrettable. Mais il y a de fortes chances que ce dernier soit proche de 0,5, car la prévision de croissance officielle pour 2013, de 0,8%, est plus élevée comparée aux projections d’autres organismes.

    Prenez par exemple l’Observatoire français des conjonctures économiques : le multiplicateur fiscal que ses chercheurs ont retenu est de 0,9 et leur prévision de croissance « sort » à 0%.

    Pour un homme politique, réduire le déficit budgétaire sur la base d’un multiplicateur de 0,5 peut être une option efficace. Mais si le multiplicateur est de 1,7, toute politique d’austérité ne peut qu’être inefficace.

    « C’est ce qui se passe en Espagne »

    Avec un multiplicateur de 1,7, l’effort budgétaire et fiscal qui nous est aujourd’hui demandé (environ 1,8% de PIB : 28 milliards de hausse des prélèvements obligatoires et 8 milliards d’euros de réduction des dépenses) nous fera tout droit plonger en récession, avec des conséquences dramatiques en terme de chômage.

    Et le résultat de cette politique de « sérieux budgétaire », en terme de réduction du déficit public, sera nul.

    Ce scénario n’est pas imaginaire. « C’est ce qui se passe actuellement en Espagne où malgré les efforts budgétaires, le déficit public reste à près de 8%. Cela a un coût social énorme : le chômage atteint 25% », commente Mathieu Plane, de l’OFCE.

    Et l’effet dévastateur est démultiplié par le fait que tous les pays européens sont partis dans cette course délirante aux 3% : dans cette sarabande funeste, chacun importe la rigueur de l’autre, et l’ensemble du continent glisse vers la dépression.

    MERCI RIVERAINS !Pierrestrato

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  •   Chine Mobide 07/10/2012

    Chine : à Canton, la résistance sans espoir des habitants expulsés

    Neirda, China Mobide

     

    Comme toutes les villes chinoises, Guangzhou (Canton), la grande métropole du sud de la Chine, a connu un boom immobilier phénoménal. Et comme dans les autres villes, les puissances financières des gigantesques sociétés immobilières nationales s’arrangent, avec la complicité d’élites locales corrompues, pour rendre les petits propriétaires impuissants devant la saisie des biens qui leur appartiennent pourtant de plein droit.

    Le petit village de Xiancun, à Canton, est l’un de ces territoires prisés par les géants du béton. Pressions, menaces, agressions sont devenues le quotidien des propriétaires qui tentent toujours néanmoins de lutter.

    Xiancun, un quartier de Canton voué à la démolition (China Mobide)

    Surplombant le village de Xiancun, des gratte-ciels, immeubles de bureaux ou d’appartements de trente étages. Nous sommes à Zhujiang New Town, le quartier le plus dynamique de Guangzhou. Tout y est neuf, tout y est propre, et surtout, les terrains y sont extrêmement chers.

    Xiancun, village figé dans le temps

    Xiancun, petit village bardé de vieux immeubles, abrite principalement des Cantonais d’origine, ou d’autres Chinois installés ici depuis des années. Le style de vie y est placide et reposé, comme figé dans le temps et renvoyant à la Chine de voilà quelques décennies.

    La presse chinoise en parlait en ces termes voilà quelques années :

    « Xiancun, un village traditionnel, caché et oublié au beau milieu du CBD [“central business district”, ndt] de Guangzhou. Sombre, moite, odorant et bruyant, on reconnaît bien là tout ce qui fait les particularités des villages dans la ville.

    Bien que nous soyons en plein dans le centre financier, impossible ici de ressentir l’atmosphère du quartier portant tout le potentiel économique futur de la ville. […] En pénétrant dans le village, on y trouve des habitants extrêmement placides. La vie locale y est imperturbablement animée. On ne devinerait pour rien au monde que l’endroit se prépare à être mis en pièces. C’est encore une affaire bien lointaine, pour les résidents. »

    Il n’est pas difficile de comprendre pourquoi le terrain a été très vite prisé. Comme il l’a été dit, les « villages dans la ville » sont très répandus en Chine, et sont en train de disparaître progressivement pour laisser la place aux gratte-ciel modernes.

    Des contrats fantoches

    Contrairement à une croyance répandue, il est possible pour des particuliers de posséder des terrains de manière définitive en Chine. Une grande partie des propriétaires de Xiancun possèdent ainsi légalement leur propre terrain.

    L’accord concernant les parties communes du village a été ainsi défini que tout projet de modification se devrait d’obtenir l’approbation de 90% des propriétaires du village. Cela rend toute récupération massive relativement complexe, car les villageois sont attachés à leur quartier, et c’est pourquoi le gouvernement a abandonné son propre plan décennal de démolition.

    Ce sont finalement de puissants promoteurs immobiliers qui ont su trouver le cadre du village, M. Lu, pour signer des contrats de cessation dont la légitimité est contestable et contestée. Signés unilatéralement contrairement à la règle définie, ils ne sont techniquement pas valables.

    Mais les promoteurs sont en réalité parfaitement conscients du caractère fantoche de ces contrats : ce qu’ils recherchent dans l’affaire, c’est obtenir l’accord et le soutien des autorités locales pour la suite des événements.

    Leur but est de récupérer des terrains constructibles le plus rapidement possible, et au coût le plus bas possible. Ceux qui en payent le prix seront, dans l’idéal, les petits propriétaires, soit la partie la plus désarmée de l’équilibre de force subtil qui se met en place.

    Les promoteurs usent d’abord de diplomatie...

    Les promoteurs ont un but simple : récupérer les terrains et détruire ce qui y existe le plus rapidement possible, pour reconstruire et revendre.

    Xiancun n’est pas le premier, et ne sera pas le dernier quartier à subir un tel traitement. Les démolitions forcées sont chose commune en Chine. Les méthodes employées sont diverses, variées, et dépendent principalement de l’imagination et des moyens à disposition.

    Pour le cas de Xiancun, il n’est pas exagéré de dire que ces moyens ne manquent pas, et que la stratégie d’expulsion à moyen-long terme s’appuie sur un très vaste, et très puissant réseau.

    Pour parvenir aux fins souhaitées, les promoteurs usent aux prémices de diplomatie pour tenter de convaincre les propriétaires de céder leur terrain, et de partir. Des compensations sont présentées, le plus souvent via diverses propositions de relogement, dont les conditions sont bien plus modestes que la valeur réelle des terrains (habitats de piètre qualité, construits dans des banlieues isolées, etc.).

    Si beaucoup n’entendent pas accepter ces compensations, une partie préfère néanmoins s’en tenir là, et signer. Soit par anticipation des problèmes futurs, soit par attrait de gains rapides, ou désintérêt pour la cause. Pour le cas de Xiancun, des relogements en banlieues, accompagnés de « primes » de 10 000 yuans (1 200 euros) ont été proposés dans une grande partie partie des cas.

    Un nombre significatif des ex-habitants de Xiancun faisaient partie du gouvernement, et/ou avaient des relations directes avec le cadre du village. Ces derniers ont été relogés dans de bien meilleures conditions que leurs voisins « sans guanxi ».

    Pour ceux qui ont refusé de signer à ce stade, la tempête commence.

    Pressions psychologiques et physiques

    Nous sommes en 2010, et c’est à ce moment-là un véritable siège qui se met en place. Les villageois passent de citoyens à « Dingzi hu », des « têtes de clous », comme désigne la presse ces propriétaires refusant de soumettre leur propriété à l’avidité des agents immobiliers.

    Les pressions qui vont être exercées seront à la fois psychologiques, et physiques. Les mafias vont remplacer les négociateurs.

    2012. Médiatiquement, Xiancun n’existe déjà plus. Le moteur de recherche Baidu (le Google chinois) a été nettoyé de toute référence à son histoire récente. Seuls subsistent des histoires ou quelques reportages datant d’avant les faits.

    En utilisant Google, on peut bien trouver quelques articles de médias hongkongais et taiwanais, mais Google est déjà largement muselé en Chine. Les habitants du village n’ont à ce stade plus aucune opportunité de se faire entendre.

    Une lettre ouverte d’un habitant de Xiancun aux autorités comme celle-ci n’a aucun écho médiatique :

    « Plus de 3 000 habitants de Xiancun ont signé la pétition demandant le renvoi de M. Lu Suigeng. Pendant plus de trente années passées à la tête du village, M. Lu a géré les affaires de manière clanique et corrompue, allant à l’encontre de l’intérêt des habitants, et de l’intérêt général.

    De nombreuses propriétés appartenant à la collectivité ont été ainsi cédées à des prix dérisoires.

    Dans le but de protéger leurs intérêts devant la loi, les habitants de Xiancun ont entrepris de se rassembler et demander audience devant diverses institutions locales, municipales, provinciales, sans qu’il ne soit jamais donné suite.

    Chaque jour, des manifestations ont eu lieu à Zhujiang New Town, sur l’avenue Huangpu, jusque devant les portes de la direction du village. Des sit-in pacifiques ont été organisés sur les chantiers.

    Une année durant, aucun bureau, aucune administration ne s’est occupée de nous. Aucun média sur aucun support n’a délivré le moindre exposé de la situation, tous ont été verrouillés et réduits au silence.

    Plus d’une quarantaine des habitants ont été détenus illégalement par la police du quartier de Tianhe pour avoir protesté. »

    Des gardes harcèlent les journalistes

    Le quartier est progressivement bouclé, entouré de murs en béton, et des gardiens font leur apparition aux entrées. Ils n’ont aucun statut légal, ce sont des hommes de main employés par la mafia. Leur rôle est jusqu’à aujourd’hui, de surveiller les entrées et sorties, et prévenir les « anomalies ».

    Chaque nouvelle tête entrant dans le quartier est une anomalie, surveillée et suivie. Chaque éventuel journaliste est une anomalie, suivi et harcelé, son matériel confisqué par la force. Les étrangers sont des anomalies, suivis de plus près encore, jusqu’à leur sortie.

    Si le séjour est trop long, c’est la police régulière qui est appelée pour procéder à un contrôle d’identité. Le message à faire passer : rester à Xiancun, c’est s’exposer à des problèmes.


               Xiancun de nuit (China Mobide)

    Pendant ce temps, les premières démolitions commencent. Les immeubles des propriétaires ayant déjà cédé leur terrain tombent les uns après les autres, dans un fracas de débris et de poussière, gênant opportunément les habitants dans leur vie quotidienne. Ces immeubles sont parfois habités.

    « Combattre la minorité maléfique »

    Sur les immeubles abandonnés sont déroulées de gigantesques banderoles de propagande, visibles depuis l’extérieur, dont les slogans scandent :

    « Les intérêts d’une minorité de personnes ne doivent pas porter atteinte au bien commun. »

    « On ne démolit qu’une fois, pour le bonheur de générations entières. »

    « J’insiste, vous pouvez démolir légalement ma maison, je vous en prie, rasez au plus vite. »

    « J’exige que l’on rase mon immeuble, pour que je revienne au plus vite. »

    « Pour la justice envers la majorité, combattre la minorité maléfique. »

    Banderoles de propagande à Xiangcun (China Mobide)

    Lorsque les mafias ont tenté d’instaurer des vérifications d’identité aux entrées du village, la protestation fut telle que l’idée fut vite abandonnée. Les escarmouches entre les hommes de main recrutés pour le compte des tenants du projet de démolition et les habitants légitimes du village sont devenues une affaire quotidienne.

    C’est la tentaculaire société immobilière chinoise Poly qui aujourd’hui finance la démolition et tous les frais s’y rapportant. Le puissant groupe [qui a fait sa fortune dans l’armement, ndlr] est profondément implanté dans la majeure partie du pays.

    Les relations entre mafias locales, sociétés immobilières, et gouvernement, sont comme souvent floues et difficiles à définir, mais il est manifeste que la perspective d’immenses gains derrière la récupération de ce terrain induit d’énormes dépenses, et implique un important réseau.

    Que leurs commanditaires préfèrent dépenser autant d’argent et d’énergie à tenter de décourager les habitants plutôt que de distribuer de légitimes compensations donne une idée des échelles de valeurs en jeu.

    Manifestations ignorées ou réprimées

    Pour défendre leurs intérêts, les choix d’action des habitants sont limités. Le système judiciaire local a été verrouillé de manière à ce qu’aucune plainte n’ait chance d’aboutir, voire simplement d’être écoutée.

    Des dossiers entiers envoyés à diverses organisations gouvernementales ont été refusés, ou ignorés, sous divers prétextes.

    Le 13 août 2010, 300 villageois venus protéger la destruction de l’ancien marché de Xiancun se sont vu opposer la force répressive de 5 000 policiers et agents de l’ordre citadin (les redoutés « chengguan »).

    A renforts de lacrymogènes et camions arroseurs, certains des villageois ont été blessés dans l’offensive (personnes âgées comprises), et d’autres emprisonnés.

    Bien que de nombreuses vidéos aient été filmées ce jour, et malgré l’important dispositif humain déployé par les autorités, jamais cette affaire ne fut reportée dans un quelconque média chinois. Toute vidéo postée sur des sites de partage chinois (Youku, Tudou) est effacée dans la minute (on peut les retrouver sur YouTube, bloqué en Chine).

     Manifestation des habitants de Xiancun

    Le 12 juillet 2012, une manifestation pacifique de quelque 400 personnes de Xiancun, organisée devant le gouvernement du district de Tianhe de la ville de Guangzhou, a recueilli l’indifférence des autorités. Comme à chaque fois que des sit-in sont organisés devant des instances officielles, des policiers bouclent rapidement le périmètre.


    Manifestation des délogés de Xiancun, juillet 2012 (China Mobide)

    Le quartier a été bardé de caméras de sécurité, épiant les moindres faits et gestes à l’intérieur comme dans ses environs immédiats.

    Ces derniers cas n’étant que des exemples, dont la réalité est devenue quotidienne depuis lors.

    Pendant que les engins de démolition font régulièrement tomber de nouveaux immeubles, les habitants de Xiancun passent de bureau gouvernemental en bureau gouvernemental, à la fois pour espérer se faire entendre, mais aussi pour faire savoir leur détermination.

    Les débris des immeubles démolis sont repavés pour redevenir franchissables, et des arbustes fraîchement plantés ornent les allées à nouveau… pour le moment.


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  • La 11e Conférence des parties de la Convention sur la diversité biologique (CDB) s'est ouverte le 8 octobre à Hyderabad, dans le sud de l'Inde, sur la nécessité d'agir vite pour lutter contre l'érosion inquiétante des espèces en dépit de la conjoncture économique difficile.

    La conférence, qui rassemble jusqu'au 19 octobre plus de 160 pays membres de cette convention de l'ONU née il y a 20 ans au Sommet de la Terre de Rio, s'est donné pour mission de concrétiser les engagements pris à Nagoya Japon) en 2010.

    Cette conférence avait notamment permis d'établir vingt objectifs pour 2020, tels que la suppression des subventions "néfastes" à l'environnement et la lutte contre la surpêche.

     

    Le directeur exécutif de la CDB, Braulio Ferreira de Souza Dias, a appelé lundi les participants à "mobiliser les ressources financières nécessaires pour permettre aux pays en développement d'atteindre les objectifs" adoptés en 2010, citant en particulier l'impératif d'inclure des critères de développement durable dans les politiques gouvernementales.

    "Oui, nous sommes confrontés à une crise financière, mais les périodes de crise sont les meilleures occasions pour opérer des changements significatifs dans la façon dont nous agissons", a-t-il argumenté.

    Comme en écho, la ministre indienne de l'Environnement, Jayanthi Natarajan, a plaidé pour que la crise mondiale ne perturbe pas les efforts des pays membres.

    "Qu'elle nous encourage au contraire à investir davantage en vue d'une amélioration du capital naturel pour préserver l'écosystème", a-t-elle déclaré.

    Selon l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), le temps presse pour que les gouvernements investissent "dans la nature afin de sauvegarder la diversité de la vie sur la terre".

    "Les pertes (en matière) de biodiversité se poursuivent et ont franchi les limites planétaires (...)", a mis en garde Julia Marton-Lefèvre, directrice générale de l'UICN.

    D'après la liste rouge des espèces menacées de l'UICN, sur les 63.837 espèces évaluées, 19.817 sont menacées d'extinction, dont 41% des amphibiens, 33% des récifs coralliens, 25% des mammifères, 13% des oiseaux et 30% des conifères.

    Loin de se limiter à la question de la disparition des espèces, cette érosion a des impacts sur les économies, nombre de secteurs dépendant d'une bonne santé des milieux.

    Certains comptent aussi sur l'Inde, pays organisateur et grand "émergent", pour permettre des progrès quelques mois après le décevant sommet Rio+20.

    Pour Greenpeace, New Delhi devrait revoir son vaste programme d'expansion du secteur minier dans les zones forestières en introduisant immédiatement un moratoire sur les nouvelles mines de charbon.

    "La politique actuelle du gouvernement, qui consiste à accroître l'exploitation minière, détruit l'environnement, y compris l'habitat du tigre menacé de disparition, et contraint des dizaines de milliers d'Indiens à quitter leurs foyers", a dénoncé l'organisation dans un communiqué.

    Les ministres des pays membres seront présents les trois derniers jours (17-19 octobre).


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  •   L’exil des grandes fortunes chinoises

     

    La vague d’émigration des riches hommes d’affaires fait du bruit en Chine. Le Nanfang Zhoumo dresse le portrait de ceux qu’on appelle les « businessmen nus ». De notre partenaire Chine Plus.

     

    l y a quelques mois, la presse chinoise avait abondamment commenté le cas des « cadres nus » 裸官– ces hauts fonctionnaires « restés seuls en Chine après avoir envoyé leur famille et leur argent à l’étranger » comme l’explique une revue de presse du site Question Chine –, un autre phénomène défraie aujourd’hui la chronique : celui des « businessmen nus » 裸商.

    Pour son enquête spéciale qui fait les gros titres de l’édition de cette semaine, le Nanfang Zhoumo est allé à la rencontre de ces « businessmen nus ». Ma Hao, 41 ans, correspond bien au portrait type du "businessman nu" : « 35-45 ans et dont la fortune s’élève à 10, jusqu’à 40 millions de yuans ». Il confie au journal du Sud que dans les soirées huppées les conversations finissent invariablement par dériver sur le sujet de l’expatriation. Une enquête du Hurun Rapport – organisation qui publie un classement annuel « de référence » des grandes fortunes chinoises, citée par The Economist , semble confirmer l’importance de cette tendance. D’après les données recueillies dans le rapport 2012, sur les 63 500 Chinois ou Chinoises possédant une fortune personnelle supérieure à 10 millions de yuans (1,22 million d’euros), plus de 16 % ont déjà émigré et 44 % « envisagent de le faire dans un avenir proche ».

    LA POLITIQUE CHINOISE N'EST « PAS ASSEZ STABLE »

    Le Nanfang Zhoumo affirme que cette « vague » - la troisième que connaît la Chine depuis le début des réformes instaurées par Deng Xiaoping - a commencé en 2010. Depuis, de nombreux chercheurs affirment que l’émergence des « businessmen nus » ne représente pas seulement une perte de capital, mais risque également de provoquer des problèmes sociaux et financiers. Ces hommes d’affaires se serviraient en effet de leurs entreprises pour obtenir des hypothèques et des prêts de la part des banques avant de transférer leur argent à l’étranger et se déclarer « en faillite » en Chine.

    Face à cette avalanche de critiques, Ma Hao qui possède un passeport néozélandais et gère deux sociétés et une dizaine d’appartements à Shanghai tente de se défendre : « Il ne faut pas croire que les riches qui émigrent sont coupables. C’est juste que notre aisance financière nous donne plus de possibilités. » Il affirme que la raison principale qui l’a poussé à s’expatrier est « d’offrir une meilleure enfance à son fils », c’est-à-dire un système scolaire moins strict et dans un meilleur environnement que celui de sa ville natale. Ce motif est largement invoqué parmi les riches expatriés chinois. Selon le Hurun Rapport, 58 % d’entre eux ont cité l’éducation de leurs enfants comme première cause d’expatriation, le désir de sécuriser leurs biens arrive en deuxième position avec 43 %.

    FUIR AVEC L’ARGENT QUAND L’ÉCONOMIE IRA MAL

    « La politique chinoise est instable », se plaignent Ma Hao et ses amis lors de leurs soirées. Ils trouvent que les entreprises privées sont bien moins avantagées que les entreprises publiques. Ma Hao rapporte que, récemment, il entend de plus en plus parler de « levées d’impôts soudaines » à travers le pays. « Les préoccupations au sujet de la sécurité de leurs biens voire de leur propre personne expliquent les départs des entrepreneurs {fortunés}», écrit le journaliste du Nanfang Zhoumo. Les mauvaises prévisions de la croissance chinoise (lire notre article : La Chine en chute (libre) ?) sont également un facteur d’inquiétude pour ces businessmen. « C’est un sujet tabou, mais dont on parle souvent dans certains milieux : comment fuir à l’étranger en emportant l’argent quand l’économie chinoise ira mal », poursuit le journaliste.

    L’investissement personnel direct à l’étranger étant toujours interdit en Chine, faire sortir l’argent du pays pour investir n’est pas chose aisée, explique le Nanfang Zhoumo. Plusieurs de ces businessmen utilisent des sociétés-écrans ou, plus fréquemment, le service de « banques souterraines » pour arriver à leurs fins.

    Cependant, nombreux sont ceux qui ne désirent pas forcément rejoindre leur famille à l’étranger. Li Yuan, un homme d’affaires de Wenzhou dont les parents sont installés au Canada depuis 2005 déclare : « Nous ne pouvons pas quitter la Chine. Où pourrait-on trouver au Canada un business qui rapporte un profit de 15 % par an ? En Chine, on peut. » D’après le journaliste du Nanfang Zhoumo, l’idée que les émigrants emporteraient toute la richesse de la Chine dans leur bagage serait à nuancer. D’après les chiffres fournis par l’association des agences d’immigration à Pékin, 94 % de la richesse des émigrants se trouverait encore en Chine.

    Avec notre partenaire:

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  •   Global Voices Online 29/09/2012

    Le « soft power » chinois s’étend en Afrique avec la CCTV

    Global Voices"

    Ronald Yick · Traduit par Nicolas Wong   

     

     

    La Télévision centrale de Chine (CCTV), média contrôlé par Pékin, a inauguré son bureau régional pour l’Afrique à Nairobi, au Kenya, le 11 janvier 2012.

    Sa présence a certes diversifié le paysage médiatique africain, mais des organisation de défense de la liberté de la presse et des médias étrangers occidentaux, comme CNN et le New York Times, se sont montrés plutôt sceptiques quant à son indépendance éditoriale étant donnés les liens étroits entre la chaîne et le gouvernement chinois.

    L’historique de CCTV Afrique

    Selon son site officiel, CCTV Afrique produit une émission d’actualité quotidienne d’une durée d’une heure, un talk-show hebdomadaire, et un magazine de documentaires diffusé toutes les semaines. La chaîne a ainsi récemment produit un documentaire spécial sur le Kenya. CCTV Afrique compte environ 100 salariés, dont une majorité de Kényans.

    Le nouvel arrivant est allé « piller des présentateurs vedettes et d’autres employés chez un certain nombre de chaînes locales », d’après eXpression Today, une revue publiée par « The Media Institute », une organisation de défense de la liberté de la presse au Kenya.

    Comme la décision d’établir un bureau de CCTV à Nairobi a été prise pendant le Forum sur la coopération sino-africaine (FOCAC) en 2006, l’ONG en conclut que :

    « Les détails sur la façon dont la chaîne chinoise (c’est-à-dire CCTV) est entré sur le marché restent “secret défense” en raison de l’opacité avec laquelle la Chine négocie ses accords avec ses partenaires. Mais des sources au ministère des Affaires étrangères et au ministère de l’Information indiquent que l’arrivée de CCTV au Kenya a été entérinée pendant le sommet Afrique-Chine (le FOCAC) en 2006.

    Le président Mwai Kibaki, accompagné d’une délégation kényane, s’était alors rendu à Pékin pour y rejoindre 40 autres chefs d’État africains dans le but d’établir une nouvelle plateforme de coopération entre la Chine et l’Afrique.

    Hormis les accords sur les développements d’infrastructures, d’autres domaines de coopération concernaient notamment les médias et des TIC (les technologies d’information et de communication). »

    CCTV et le « soft power » chinois en Afrique

    La présence des médias chinois en Afrique remonte au début des années 50, quand l’agence de presse Chine Nouvelle (Xinhua) et Radio Chine international (CRI) ont commencé à diffuser. À l’époque, l’objectif de ces médias était de répandre de la propagande et de soutenir les mouvements d’indépendance en Afrique.

    Aujourd’hui, de nombreux médias et observateurs étrangers pensent que la présence de CCTV en Afrique vise à étendre le « soft power » du gouvernement chinois et rivaliser avec des géants tels que CNN ou la BBC.

    Tom Rhodes, du Comité de protection des journalistes, souligne que :

    « Cette expansion intervient alors que d’autres, majoritairement des médias occidentaux, sont en train de réduire leur présence en Afrique de l’est. La BBC a, par exemple, été obligée de se séparer d’un certain nombre de correspondants, tandis que France 24 avait annoncé une fusion avec Radio France Internationale pour réduire les coûts. »

    Wu Yu-shan [pdf], dans une étude de juin 2012 intitulée « La naissance d’une dynastie des médias étatiques chinois en Afrique », affirme que :

    « Son “soft-power” ne sert pas seulement à promouvoir son statut international, il vise également à rendre les valeurs et la culture chinoises plus attractives à un public lassé par l’idéologie traditionnelle. C’est pourquoi la Chine doit d’abord séduire sa propre population avant de pouvoir proposer autre chose que du développement économique. »

    Wu  indique également que la Chine veut contrer le portrait négatif dressé par les grands médias occidentaux, ce que Song Jia-ning, le directeur du bureau CCTV Afrique, semble avoir confirmé en juillet 2012 :

    « Le traitement par les médias occidentaux de la Chine et de son influence grandissante en Afrique en est l’un des meilleurs exemples. Les angles abordés dans les médias occidentaux concernent habituellement l’impact négatif de la Chine en Afrique, et de ses complicités avec les gouvernements corrompus. Ils parlent régulièrement de la Chine comme d’une entité monolithique, ils critiquent les ambitions coloniales de la Chine, et se focalisent sur les circonstances actuelles sans donner d’explications socio-historiques sur la relation Chine-Afrique. »

    L’objectivité de la CCTV en question

    Dans son étude, Wu s’est également interrogé sur l’objectivité éditoriale de la CCTV [pdf] puisque contrôlé par le gouvernement :

    « Dans le même temps, les médias chinois doivent remplir des objectifs fixés par l’État. En ce qui concerne la couverture de l’Afrique, là où leurs concurrents ont tendance à titrer sur les côtés controversés des relations sino-africaines, les médias chinois se concentrent plutôt sur une narration plus facile des histoires positives, de l’amitié et de la sincérité, tout en évitant les zones d’ombre. »

    Dans eXpression Today, l’ONG de défense de la liberté de la presse souligne également que :

    « … La Chine commente rarement en public les affaires politiques des autres pays. En ce sens, l’arrivée de CCTV au Kenya n’aura sûrement pas d’impact sur la politique kényane car la politique “toxique” est un terrain interdit pour les médias chinois.

    En s’écartant des questions sérieuses de politique, CCTV ne sera pas différent de KBC et ne posera donc pas de concurrence sérieuse aux chaînes de télévision locales ou aux autres chaînes internationales car la politique reste le contenu médiatique le plus apprécié. »

    Le journaliste Sambuddha Mitra Mustafi pense que l’argent ne permet d’acheter la crédibilité :

    « Le succès de la stratégie médiatique mondiale de la Chine dépendra de si ses médias sauront sortir des scoops, et les traiter pour prouver au monde leur courage journalistique d’une manière que les déclarations de rédacteurs-en-chef ou d’officiels bien intentionnés ne sauront jamais égaler. Si CCTV arrive à devenir une chaîne incontournable, même si ce n’est que pendant quelques jours, cela pourrait changer définitivement les règles du jeu.

    Et quand ce moment viendra, les journalistes se devront de poser des questions dures et pertinentes, même à propos du leadership chinois. Mais les dirigeants auront-ils le courage d’y faire face ? »

    Les échanges entre les médias chinois et africains sont devenus plus fréquents depuis les années 2000 (voir l’étude de Wu [pdf]). Ils vont du support technique à la fourniture de contenus, en passant par des programmes d’échanges de cadres et de formation de journalistes. Les programmes de formation en journalisme, toutefois, ont été pointés du doigt.

    Une anecdote, originellement racontée par Gideon Nkala sur le site Mmegi Online, est relatée dans « Chine et Afrique : un siècle d’engagement“, le dernier livre de Shinn et d’Eisenman :

    ‘Après être rentré chez lui au terme d’une formation de journaliste en juin 2008, Gideon Nkala, du journal botswanais The Reporter, a publié un témoignage donnant un rare aperçu des programmes d’échanges de journalistes multilatéraux de la Chine, du point de vue d’un Africain.

    Il observe que tous les journalistes africains avaient hâte d’assister au cours sur le Tibet. Un cours pendant lequel l’instructeur du PCC leur a dit :

    Le Tibet a toujours fait partie de la Chine et le Grand Tibet est une création des médias qui n’a jamais existé.’ Le peuple chinois ‘a percé les mensonges et les fabrications de l’Occident, qui parlent des atrocités commises par les Chinois mais qui ne disent pas un mot sur les moines tibétains qui agressent et qui tuent des gens’.

    L’instructeur a également apporté des ‘photos montrant que même les photos ont été recadrées pour masquer les atrocités commises par les moines et leurs partisans.’

    Il a suscité le fou rire de la classe en disant, avec un air sérieux, que CNN est désormais devenu un terme utilisé la rue chinoise pour désigner quelque chose de faux ou d’inventé. ‘Si quelque ment en Chine, on lui dit désormais que Tu es CNN.’”


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    Une étude de long terme menée par Gilles-Eric Séralini sur 200 rats nourris au mais transgénique et parue dans la très sérieuse revue « Food and chemical toxicology » montre des effets sanitaires extrêmement inquiétants : les rats nourris au NK 603 commercialisé par Monsanto déclenchent 2 à 3 fois plus de tumeurs que les autres.

    « C’est l’étude la plus longue et la plus complète menée sur une plante OGM avec 200 rats, une centaine de paramètres, et un suivi biochimique de 34 organes », affirme d’emblée Gilles–Eric Séralini, professeur de biologie moléculaire à l’université de Caen et chercheur bien connu pour ses travaux sur les OGM. Une étude qui a pris plus de 4 ans et coûté 3,2 millions d’euros, financé par la Fondation Charles Léopold Mayer (1 millions €), le CERES (2 millions d’€) et le ministère de la Recherche (100 000 €), menée dans un secret absolu pour éviter toute fuite vers les industriels. Celle-ci n’a pas été effectuée à l’initiative d’une autorité nationale ou européenne mais d’une simple organisation : le CRIIGEN (Comité de Recherche et d'Information Indépendantes sur le génie génétique) avec les chercheurs de l’Université de Caen. Pour obtenir les semences OGM, ils se sont tournés vers un lycée agricole canadien qui souhaite rester anonyme ; toutes les démarches en Europe et aux Etats-Unis se sont avérées infructueuses…« L’absence d’études menées sur le long terme et la répétition de l’absence de données sur les effets sanitaires des OGM commence pour moi à confiner à la malhonnêteté voire au crime intellectuel. Cette étude était donc pour moi absolument essentielle. Car il faut le dire et le répéter, les OGM sont des éponges à pesticides : ils sont faits pour êtres tolérants à un herbicide ou à fabriquer leur propre insecticide », souligne ainsi Gilles Eric Séralini pour expliquer les raisons qui l’ont poussées à mener une étude de cette envergure.

    Une multiplication des tumeurs

    Pourtant, le professeur était loin de s’imaginer l’ampleur des dégâts. « Les rats ont développé tellement de tumeurs qu’il a fallu analyser que nous sommes désormais déficitaires de 150 000 € », précise Gilles-Eric Séralini. En effet, là où les études classiques réalisées par ou pour les industries de la biochimie s’arrêtent le plus souvent à trois mois, l’étude menée par l’équipe de Séralini montre, que même à très faible dose, les effets de l’OGM seule, de l’OGM associée au round-up (l’herbicide de Monsanto) ou du round-up seul sont dramatiques, et ce à partir du quatrième mois. « Cela m’a surpris car au départ, mon hypothèse était que le round up était l’agent le plus dangereux mais en fait le caractère transgénique de la plante la transforme en usine faite pour s’insensibiliser au pesticide, ce qui perturbe son métabolisme et empêche la production d’acides férulique et caféique, protecteurs du foie et des glandes mammaires », souligne le professeur.

    Pour les femelles, celles nourries au maïs transgénique et/ou au round up développent des tumeurs de façon très importantes, certaines tumeurs (à 93% mammaires) atteignant jusqu’à 25% de leur poids. Au final, la mortalité des rates nourries avec du maïs NK603 s’avère 6 fois supérieure à celles des rates nourries avec du maïs conventionnel. A la fin de leur vie (environ 2 ans pour un rat) 50 à 80% des femelles OGM sont touchées contre 30% chez les autres… Pour les mâles en revanche, ce sont le foie et les reins qui sont davantage touchés. Mais les tumeurs qu’ils développent sont plus précoces que chez les femelles : elles interviennent environ 20 mois plus tôt contre 3 mois chez les rates. « A titre de comparaison, un an pour un rongeur, c’est à peu près l’équivalent d’une quarantaine d’années pour un homme », souligne le Nouvel Obs, l’hebdomadaire qui a publié en avant première les résultats de l’étude.

    Vers une modification des procédures d’homologation ?

    A l’annonce des résultats de l’étude, le gouvernement n’a pas tardé à réagir : celui-ci a immédiatement saisie l’agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES), annoncé que les résultats feront l’objet d’une analyse par le Haut Conseil des Biotechnologies et que ceux-ci seront transmis en urgence à l’Autorité européenne de sécurité des aliments. « En fonction de l'avis de l'ANSES, le Gouvernement demandera aux autorités européennes de prendre toutes les mesures nécessaires en termes de protection de la santé humaine et animale, mesures qui pourront aller jusqu'à suspendre en urgence l'autorisation d'importation dans l'Union européenne du mais NK 603, dans l'attente d'un réexamen de ce produit sur la base de méthodes d'évaluation renforcées », annonce le gouvernement dans un communiqué.

    Un premier pas mais qui reste insuffisant selon Gilles Eric Séralini : « il faut que le gouvernement demande à ce que ce soient d’autres commissions et experts que ceux qui ont déjà autorisés les OGM car sinon on tourne en rond », estime-t-il. « Surtout, il faut maintenant saisir la Commission européenne, ce que j’ai demandé aux 27 ministres de l’Agriculture de l’Union par une lettre envoyée le 19 septembre, pour demander que les autorisations des OGM accordées à des fins alimentaires humaines (MON810 et Amflora, ndlr) soient réexaminées à l’aune d’un fait nouveau », complète Corinne Lepage, fondatrice du CRIIGEN et qui vient de sortir un nouveau livre « La vérité sur les OGM, c’est notre affaire ». L’équipe de chercheurs demande également à ce que soit levée la confidentialité des résultats des études menées par les industriels, la réalisation de tests de « vie entière » -soit 2 ans pour les rats- avec les formulations commercialisées des pesticides et non seulement leur principal élément actif (le glyphosate) et que les études règlementaires puissent être soumises à une contre-exeprtise, comme en justice.

    Pas de réaction sur le fond des industriels

    Chez Monsanto, le porte-parole de la filiale française Yann Fichet a expliqué à Reuters, qu’il prenait « très au sérieux » toute nouvelle étude concernant les semences. Mais la firme ne souhaite pas s’exprimer immédiatement sur le fond : « dans le cas présent, il est trop tôt pour faire un commentaire sérieux car nous sommes encore en train d’évaluer la publication scientifique », précise-t-elle. De son côté, l’AFBV, l’association française des biotechnologies végétales présidée par le professeur Marc Fellous, qui s’oppose régulièrement à Gilles-Eric Séralini (Voir sur Novethic: « Le professeur Séralini gagne son procès »), a rapidement réagi en précisant que si « le conseil scientifique attend d’avoir les résultats détaillés de cette étude (paru le 19 décembre à 15h dans la revue américaine « Food and chemical toxicology, ndlr) pour donner son avis sur le fond (...). Contrairement à ce qui est affirmé, la dernière étude du CRIIGEN n’est pas la première à avoir évaluer les effets à long terme des OGM sur la santé », en envoyant une longue liste à l’appui. Mais selon le professeur Séralini, celles-ci sont loin d’être aussi complètes que la sienne.

    Quant à la FNSEA, le principal syndicat agricole français, celui-ci a réclamé plus de transparence : « en tant qu'éleveur, nous devons avoir toutes les garanties, donc nous demandons la transparence aux fabricants de produits alimentaires destinés au bétail », a indiqué à l’AFP Christiane Lambert, l'une des vice-présidentes de la Fédération.

      Béatrice Héraud
    © 2012 Novethic - Tous droits réservés


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  •   20/09/2012 à 11h23

    Cancer de la thyroïde à Fukushima : des chiffres manipulés


    Wataru Iwata | Mesure et conception de système au CRMS
    Nadine Ribault | Ecrivain
    Thierry Ribault | Economiste au CNRS  

    Tribune

    En juin 2011, l’université médicale de Fukushima a lancé une enquête de santé publique destinée à surveiller les conséquences des radiations sur la santé. Un an et demi après la catastrophe qui a touché la centrale nucléaire, un cas de cancer de la thyroïde est officiellement déclaré, le 11 septembre 2012.
     
    Le CRMS, réseau autonome de stations de mesure de la radioactivité, était présent au compte rendu des résultats de l’enquête portant sur le contrôle de la thyroïde des enfants de moins de 18 ans.
     
    C’est le professeur Shunichi Yamashita qui conseillait, rappelons-le, l’an dernier, de sourire pour mieux faire face aux radiations, qui a présenté, dans un simulacre de compte rendu scientifique démocratique, les résultats de l’enquête.
     
    « Pas d’importante exposition interne ou externe »


    Présentation des résultats de l’enquête de santé publique le 11 septembre 2012 à Fukushima. (Ribault)
     
    Le contrôle a été réalisé dans un premier temps auprès de 38 114 enfants du département, résidant dans les treize villes et villages des zones fortement contaminées et des zones d’accès restreint au moment de l’accident nucléaire de la centrale de Fukushima Daiichi, puis élargi à 42 060 enfants supplémentaires.
     
    L’enquête de santé publique étant une enquête statistique, le professeur Shinichi Suzuki, qui pilote la division en charge des contrôles de la thyroïde à l’université de médecine, ne révèle ni l’âge, ni le sexe de l’enfant concerné.
     
    Mais il exprime d’emblée son avis :
    « [Il n’y a eu, à Fukushima] ni d’importante exposition externe comme à Hiroshima et Nagasaki, ni d’importante exposition interne comme à Tchernobyl. »
     
    Des cancers trop détectables
     
    Il n’y a, bien entendu, aucune relation de cause à effet à établir selon lui entre ce premier cas déclaré de cancer de la thyroïde et l’accident nucléaire de Fukushima.
     
    Voici les trois raisons qu’il avance :
    •premièrement, en « période normale », on ne pratique pas de telles échographies sur les enfants. Il n’y a donc pas d’enquête de « référence » disponible. Affirmation pourtant contredite par des travaux menés par le professeur Yamashita lui-même, en 2000 à Nagasaki ;
    •deuxièmement, une augmentation des cancers de la thyroïde à Tchernobyl a été observée seulement quatre ans après l’accident. Il suffit pourtant de lire le témoignage du docteur Yablokov pour comprendre de quoi il retournait à l’époque : jusqu’en 1990, le ministère de la Santé de l’Union soviétique demandait aux docteurs de ne pas mener d’enquête sur les effets sanitaires des radiations. De nombreuses données ont, en outre, été brûlées ;
    •enfin, selon M. Suzuki, l’outil technique dont disposent désormais les scientifiques est tellement développé que même les cancers de petite taille peuvent être détectés, argument qui avait été mobilisé pour expliquer l’augmentation importante du nombre de cas de cancers de la thyroïde à partir de 1990 à Tchernobyl.
     
    « 1 cas sur 80 000 » ?

    Les deux professeurs de l’université de Fukushima s’acharnent à freiner les consultations auprès d’autres structures.
     
    Le docteur Hoshi, président de l’association des médecins de Fukushima, qui participe à l’enquête, confirme cette crainte qu’ont les experts de perdre la main sur leur échantillon :


    « Le rythme auquel la seconde série d’examens est menée est trop lent […], les patients risquent de nous glisser entre les mains. »
     
    Les objectifs initiaux que s’étaient fixés les scientifiques, avant même d’avoir le moindre résultat, étaient clairs : « Calmer les inquiétudes de la population » et faire bien entrer dans les crânes récalcitrants et inquiets que « l’impact de l’accident nucléaire de Fukushima sur la santé publique peut être présumé très mineur ».
      
    L’effet d’un tel brouillage entre réalité et spéculation ne s’est pas fait attendre : quelques heures après la conférence, l’agence de presse Kyodo News annonçait : « Un cas de cancer de la thyroïde a été identifié parmi une population examinée de 80 000 enfants ». Grave erreur !

    Selon les résultats publiés le 26 avril 2012 :
    •35% de la première population de 38 114 enfants ayant subi une échographie étaient porteurs de nodules thyroïdiens d’une taille inférieure à 5 mm et de kystes de moins de 20 mm, symptômes qui avaient alors été qualifiés de « normaux » par les responsables de l’enquête ;

    •186 enfants, soit 0,5%, avaient des nodules de plus de 5 mm et des kystes de plus de 20 mm. Ils ont donc été orientés vers un second examen (échographie détaillée, examens sanguin et urinaire, et biopsie à l’aiguille fine) ;  

    •la moitié de ces enfants ont finalement été reconsidérés comme ne nécessitant pas un tel examen et, à ce jour, les 14 autres l’ont effectivement subi. C’est donc parmi ces 14 enfants qu’un cas de cancer de la thyroïde est officiellement diagnostiqué aujourd’hui.
     
    En réalité, un cas parmi quatorze enfants
     
    Parmi les 42 060 enfants constituant la seconde population sujette au contrôle de la thyroïde, 239, soit 0,6%, ont des nodules de plus de 5 mm et des kystes de plus de 20 mm. Ils devront eux aussi faire l’objet d’un second examen. Rien ne peut donc être avancé à leur sujet aujourd’hui.
     
    Si on rassemble les 239 enfants de cette seconde population en attente d’un second examen, les 148 enfants (correspondant à 186 - 38) de la première population devant être réexaminés mais ne l’ayant pas encore été (car non présentés ou en attente), on aboutit à un total de 387 enfants au sujet desquels on ne peut pas se prononcer.
     
    Le cas pour l’instant unique de cancer de la thyroïde ne peut donc être ramené ni aux 38 114 enfants constituant la première population de l’enquête, ni aux 42 060 enfants constituant la seconde, ni encore aux 80 174 enfants constituant la population totale auprès de laquelle l’enquête est menée.
     
    A ce jour, on ne peut rapporter ce cas de cancer qu’à la population ayant effectivement subi une seconde série d’examens, soit quatorze enfants.
     
    Un nombre record de cobayes
     
    Toute autre mise en proportion serait pure spéculation. Une fois que les 387 enfants devant faire l’objet d’un second examen auront été examinés, comme il est prévu de le faire, on pourra ramener le nombre total de cas de cancer diagnostiqués à l’ensemble des enfants ayant participé à l’enquête jusqu’à présent.
     
    Sachant, bien sûr, que la signification de ce ratio n’aura comme durée de validité que celle que les résultats des examens ultérieurs auprès des mêmes enfants, puis des 280 000 autres que l’université de médecine de Fukushima a prévu d’examiner voudront bien lui donner.
     
    Une telle mise au point est importante car il ne faut pas perdre de l’esprit que jamais, même à Tchernobyl, puisque la population du département de Fukushima a été incitée à rester sur place, la science ne disposa d’un tel bataillon de cobayes. L’objectif premier d’un homme comme Yamashita – il l’a dit lui-même en évoquant l’enquête de Fukushima en août 2011 – est d’établir un « record scientifique ».
     
    Il faut savoir en outre que l’université médicale de Fukushima prévoit d’engager l’an prochain un projet de collecte d’ADN auprès de la population « volontaire » du département, visant à « identifier les anormalités génétiques générées par les radiations ». Un autre « record scientifique » en perspective.


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  • Explicateur 07/09/2012

    « La BCE va intervenir sur le marché de la dette », ça veut dire quoi ?

    Pascal Riché | Redchef Rue89      

     

     
     
    Mario Draghi à Francfort, Allemagne, le 6 septembre 2012 (Johannes Eisele/AFP)

    Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne (BCE), a annoncé jeudi que celle-ci allait désormais « intervenir sur le marché secondaire de la dette publique ». Elle s’autorise à acheter « sans limite » des titres représentant des dettes d’Etat (bons, obligations...).

    La décision est présentée comme très importante : la BCE envoie ainsi au marché le message selon lequel il ne sert à rien de spéculer sur la sortie de l’euro de telle ou telle monnaie : l’euro est « irréversible ». Mais pourquoi ?

    Pourquoi ces achats de titres feront-ils baisser les taux ?

    Actuellement, les marchés (c’est-à-dire les hommes et les femmes qui gèrent des fonds, dans les banques, les compagnies d’assurances, etc.) spéculent sur le risque de voir la Grèce, l’Italie, l’Espagne le Portugal ou d’autres pays sortir de l’euro.

    Ces derniers ne parviennent pas à financer leurs déficits à des conditions normales : personne ne veut prêter des fonds à des pays qui risquent d’être en cessation de paiement et contraints de retrouver leur ancienne monnaie, qui sera dévaluée, et d’entrer dans un chaos financier.

    Lorsqu’ils émettent des titres de dettes (c’est-à-dire lorsqu’ils empruntent de l’argent), une « prime de risque » très élevée leur est donc demandée par les créanciers. C’est cette prime qui gonfle les taux d’intérêts.

    Pour casser cette spéculation, et permettre aux pays fragilisés de retrouver des financements auprès des marchés, il faut casser la crainte de voir les titres de dettes s’effondrer.

    Accrochez-vous un peu...

    Pour cela, on peut acheter des titres de dettes : obligation, bons. Ce sont des titres négociables, qui ont un prix. Or leur prix évolue de façon inverse des taux d’intérêts : quand les prix des obligations chutent, les taux grimpent, et vice versa. La raison est simple, mais accrochez-vous un peu, vous verrez, vous serez contents d’avoir compris :

    Prenez une obligation de 1 000 euros, émise par la Sydalvie, assortie d’un taux d’intérêt de 6% par an, soit 60 euros versés chaque année. Si un investisseur l’achète lors de l’émission, la garde jusqu’à l’échéance, son rendement sera de 6%.

    Mais s’il la revend, et que l’investisseur B l’achète a prix cassé (750 euros par exemple), le coupon versé sera le même (60 euros par an) et donc le rendement de cette obligation sera de 8,5% (60/750).

    Si maintenant la Sydalvie veut émettre un nouveau programme obligataire, elle devra s’aligner sur ces 8,5% pour rester compétitive.

    On comprend donc que si un investisseur achète en masse, sur le marché secondaire, des obligations d’un pays, les prix de ces obligations vont augmenter et les taux d’intérêt vont baisser : il facilite le financement du déficit de ce dernier.

    Pourquoi la BCE a-t-elle si longtemps hésité à agir ?

    Dans la crise actuelle, les dirigeants européens ont intérêt à soutenir les cours des titres grecs, italiens ou espagnols. Mais qui peut agir ?

    • Cela peut être les Etats du nord de la zone (et donc leurs contribuables), mais ils ont eux-mêmes des budgets dégradés ;
    • cela peut aussi être la Banque centrale européenne, qui a le privilège de contrôler la création monétaire.

    Un pas vers le gouffre de l’inflation, estime Weidmann

    La BCE, certes, n’a pas été fondée pour acheter des titres de dette publique. Et les plus orthodoxes banquiers centraux européens (ceux de la Bundesbank, notamment, qui se sont posés en vestales du dogme) n’aiment pas du tout l’idée que la BCE vole au secours des pays endettés.

    Il a fallu attendre le départ de Jean-Claude Trichet et de quelques autres banquiers du conseil de la BCE pour voir les esprits évoluer.

    Reste à ce conseil un « faucon » : le président de la Banque centrale allemande, Jens Weidmann. Pour lui, tout achat par une banque centrale de titre de dette publique est un pas vers le gouffre de l’inflation. Une analyse qui, compte tenu du contexte actuel (quasi-récession et crédit grippé), est contestée par la plupart des économistes.

    Weidmann freine des quatre fers. Au conseil de la BCE, une seule voix a manqué pour soutenir le programme annoncé par Mario Draghi jeudi. Tout le monde subodore qu’il s’agit de la sienne.

    En quoi l’annonce de Mario Draghi est-elle importante ?

    Peu à peu, au nom de la stabilité financière de l’Europe, la BCE a pris quelques initiatives « non conventionnelles » (traduisez = hétérodoxes), emboîtant le pas de ses consœurs les banques centrales américaine et britannique. En 2010 puis en 2011, elle a déjà acheté des titres grecs, irlandais, portugais, italiens et espagnols.

    L’annonce de jeudi va plus loin : c’est un dispositif plus perenne qui a été présenté, un filet de sécurité. Pour rassurer les orthodoxes, l’intervention de la BCE est assortie de conditions (par exemple, la BCE ne pourra aquérir des titres de maturité courte, un à trois ans ; les pays qui en bénéficieront devront avoir fait une demande d’aide au Fonds européen de stabilité financière, etc). Mais elle ne prévoit aucune « limite quantitative fixée préalablement » à ses achats : « No ex-ante quantitative limit. »

    C’est dans ces quatre mots que réside l’idée que Mario Draghi entend faire passer aux marchés. Il s’agit de les convaincre que ce n’est pas un simple bluff, et que la BCE sera là, sans limite, en cas de crise spéculative.

    Sera-t-elle suffisante pour calmer la situation ?

    L’annonce de la BCE est importante, mais ne suffira pas à résoudre la crise, loin de là.

    Les conditions posées (la limitation à des obligations à maturité courte, par exemple, qui n’a guère de sens) ne vont pas faciliter la tâche de la Banque centrale dans son action, et elles risquent même d’accroître la pression « austéritaire » sur les pays visés.

    Pour que l’Europe s’en sorte, il faudra trouver les moyens de restructurer les dettes des pays les plus affectés par la crise, c’est-à-dire d’en réduire le poids. Le prochain défi est donc de bousculer les créanciers de ces Etats sans mettre le système bancaire européen en péril.


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  •   Dans l'horreur d'un abattoir qui fournit Mc Donald's et les cantines scolaires américaines

    24 août 2012, 11 h 44   notre-planete.info

    Comment nourrir une population grandissante qui adopte aveuglement une alimentation déséquilibrée basée sur la viande, les graisses et le sucre ? C'est possible en industrialisant le vivant comme en témoigne ce nouveau scandale dans un abattoir américain qui alimente notamment le géant Mc Donald's et les cantines scolaires des Etats-Unis.

    En Californie, aux Etats-Unis, des inspecteurs fédéraux du département de l'agriculture (USDA) viennent de stopper l'activité d'un important abattoir suite à des preuves « flagrantes de manipulation et de traitement inhumain d'animaux d'élevages »[1]. Cette inspection a été décidée suite à la divulgation de vidéos de juin 2012 prises en caméra cachée pendant deux semaines dans les installations de l'abattoir. Ces images ont été prises par un défenseur des droits des animaux membre de l'association Compassion Over Killing.

    Central Valley Meat (CVM) est une chaîne d'abattoirs d'une vingtaine d'années qui emploie des centaines de personnes pour un chiffre d'affaires évalué à plusieurs centaines de millions de dollars[2]. L'abattoir californien produit près de 300 tonnes de viande par semaine et fournit notamment Mc Donald's et In-N-Out Burgers mais aussi les cantines scolaires de l'Etat, certaines réserves indiennes, des banques alimentaires communautaires et même l'USDA !

    Des vidéos écœurantes

    Après avoir passé des années à s'engraisser dans des fermes à taille inhumaine, dans une logique de production industrielle, les vaches arrivent titubant dans les abattoirs du CVM. Mais le calvaire ne fait que commencer...

    Pour les obliger à se lever alors qu'elles sont dans un état de santé déplorable, les employés de la CVM leur envoient de multiples décharges électriques, en violation évidente des lois des Etats-Unis sur le bien-être animal. Malheureusement, certaines bêtes sont incapables de se lever, même sous la douleur de l'aiguillon électrique, elles sont alors abattues sur place dans des conditions de souffrance intense. Dans ce cas, les vaches peuvent avoir le museau écrasé au sol par les bottes des opérateurs qui répètent plusieurs fois leurs tentatives de mise à mort...

    Celles qui ont eu la force de suivre sont acheminées dans un étroit couloir bétonné où les employés de la CVM abusent des aiguillons électriques (certaines sont électrocutées plus de 40 fois !) et peuvent même asperger d'eau bouillante les animaux récalcitrant, ceci pendant plusieurs dizaines de minutes...

    Les bêtes parviennent enfin au stade final de leur calvaire mais l'horreur n'en finit pas... Fermement maintenus par une étreinte mécanique, les animaux devraient tous être étourdis avant d'être abattus. Ce n'est malheureusement pas le cas et les cadences infernales, d'une logique industrielle, ne permettent pas de s'y reprendre. Certaines bêtes sont ainsi hissées, encore vivantes, par des chaînes en gémissant de douleur et de frayeur alors qu'elles se vident de leur sang...

    Les réactions aux images insoutenables  (sur le site notre-planete.info )

    Peu avant la diffusion de la vidéo, In-N-Out Burgers, une chaîne de burgers américaine, avait déjà annoncé qu'elle avait résilié son contrat avec l'abattoir. La chaîne de fast foods Mc Donald's a également réagi à la décision de fermeture du département américain de l'agriculture en interrompant leur approvisionnement « dans l'attente de futures investigations » a déclaré un porte-parole de Mc Donald's. Toutefois, le roi du burger continue d'écouler la viande déjà achetée dans cet abattoir.

    En effet, les inspecteurs de l'USDA poursuivent leur enquête et doivent notamment déterminer si les animaux incapables de marcher et de se lever ont tout de même été vendus pour la consommation humaine, ce qui est interdit par les lois fédérales.

    Dans tous les cas, "L'USDA ne cautionne pas qu'un animal soit forcé à se déplacer à l'aide de stimuli électriques ou à l'aide d'aiguillons" ; "les tentatives multiples pour étourdir un animal sont inhumaines" ; "les chocs électriques doivent être employés aussi peu que possible".

    Quant à Central Valley Meat, la société semble avoir pris ces faits très au sérieux et a promis de corriger ses dysfonctionnements aussi vite que possible.

    Ne soyons pas naïfs, l'objectif est de pouvoir reprendre l'activité de mort le plus rapidement possible avec quelques ajustements réglementaires qui seront plus ou moins suivis d'effets dans la réalité. D'ailleurs, le président même de Central Valley Meat, Brian Coelho, s'étonne de ces révélations "surprenantes et inquiétantes parce que ces abattoirs sont sous contrôle permanent des inspecteurs de l'USDA." Chacun se renvoie la responsabilité...

    Une situation qu'explique Erica Meier, directrice de l'association Compassion Over Killing à l'origine de cette vidéo : "Ces abus à l'intérieur des abattoirs à travers le pays [USA] sont souvent commis sous le nez des inspecteurs gouvernementaux". Le manquement des inspecteurs de l'USDA à identifier et réprimander cette maltraitance inacceptable trahit le laxisme de l'USDA sur la question du bien-être animal, souligne t-elle.

    Et en France ?

    Ne nous y trompons pas, la France n'est pas épargnée par cette cruauté inacceptable, méconnue ou acceptée avec résignation voire indifférence par trop de consommateurs. En témoignent de nombreuses vidéos filmées par des associations de protection des animaux de ferme. En France aussi, les animaux peuvent être traités à coup de pied ou de bâton pour avancer. En France aussi, les animaux sont suspendus encore vivants et conscients alors qu'ils se vident de leurs entrailles en poussant des hurlements de douleur... A ce titre, un jugement est toujours en attente dans l'affaire opposant L214 et Charal.

    Rappelons que les abattoirs français sont interdits d'accès au public, aux journalistes et aux associations. Cette omerta, inadmissible est cautionnée par nos gouvernements successifs.

    Alors qu'environ 900 millions de personnes souffrent de la faim dans le monde et que plus d'un milliard et demi de personnes souffrent de surpoids ou d'obésité, il serait temps que notre consommation de viande diminue drastiquement pour le plus grand bien de notre santé, du vivant et de notre environnement.

    Notes

    1. USDA Suspends Central Valley Meat for Humane Handling Violations - USDA
    2. Central Valley Meat CO Inc - Manta

    Sources

    Auteur

    avatar Christophe Magdelaine / notre-planete.info - Tous droits réservés


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  • GRAIN publie un tableau de données sur plus de 400 cas d’accaparement des terres dans le monde

    GRAIN | 22 March 2012

    Victime de l’accaparement des terres en Ouganda (avec la permission de <a href="http://www.oxfamamerica.org/articles/land-grabs-take-a-sneak-peek">Oxfam America</a>)

    Victime de l’accaparement des terres en Ouganda (avec la permission de Oxfam America)

    GRAIN propose aujourd’hui un nouvel ensemble de données concernant 416 exemples récents d’accaparement à grande échelle, qui sont le fait d’investisseurs étrangers. Les terres dont s’emparent les investisseurs sont destinées à la production de cultures alimentaires et couvrent une superficie de près de 35 millions d’hectares dans 66 pays.

    Les données sont disponibles en format HTML ci-dessous et en format XLS, en PDF, et dans cette carte interactive créée par Varun Mangla / Circle of Blue.

    Nous n’avons pas la prétention d’avoir établi la liste complète de tous les accords fonciers existants. Nous nous sommes limités aux accords qui:

    • ont été lancés après 2006
    • n’ont pas été annulés
    • impliquent de vastes superficies
    • sont le fait d’investisseurs étrangers et
    • sont destinés à la production de cultures alimentaires

    Les accords ayant trait à la production de canne à sucre ou d’huile de palme ont été inclus, mais pas ceux qui ne concernent que la culture du jatropha ou du coton.

    Cet ensemble d’accords fournit une illustration saisissante de la rapidité avec laquelle l’agrobusiness s’est installée dans le monde entier depuis les crises financière et alimentaire de 2008, arrachant la production alimentaire des mains des paysans et des communautés locales.

    Ce tableau confirme que l’Afrique est bien la cible première de l’accaparement des terres, mais souligne également la place occupée dans ce drame par l’Amérique latine, l’Asie et l’Europe de l’Est. L’accaparement des terres agricoles est indéniablement un phénomène mondial.

    Autres jeux de données sur l’accaparement des terres publiés récemment par GRAIN :

    Ampleur du processus d’accaparement des terres agricoles par des intérêts étrangers pour la production alimentaire : Surface des terres agricoles vendues ou louées (décembre 2011). Un tableau montrant le pourcentage des surfaces accaparées par des étrangers – pour la production de cultures alimentaires et pour l’élevage – en termes de terres arables, terres agricoles et superficie totale par pays concerné.

    Les fonds de pension investissant dans les terres agricoles pour la production alimentaire (mise à jour : décembre 2011). Un tableau qui montre quels fonds de pension achètent des terres agricoles, où ils achètent et combien cela leur coûte.

    
L’accaparement des terres et la crise alimentaire mondiale – présentation (novembre 2011). Une présentation PowerPoint fournissant une vue d’ensemble de l’évolution de l’accaparement des terres. Comprend des cartes et des résumés de cas d’accaparement.


    Toutes ces données brossent un portrait très clair de l’identité des accapareurs. Si la majorité des 298 accapareurs dont nous parlons ici appartiennent au secteur agroalimentaire, les sociétés financières et les fonds souverains sont responsables de près d’un tiers des accords. Et très souvent, les intérêts des sociétés se chevauchent. Nous voyons ainsi que Cargill, l’une des plus grandes entreprises mondiales d’agrobusiness, a acquis des centaines de milliers d’hectares de terres agricoles par le biais de son fonds de couverture, Black River Asset Management.

    Les investisseurs basés en Europe et en Asie sont responsables d’environ les deux tiers des cas d’accaparement des terres inclus dans le tableau. C’est de la Chine et de l’Inde que viennent la plupart des accapareurs, ainsi que du Royaume-Uni et de l’Allemagne. Mais le Royaume-Uni, comme Singapour et Maurice, sert de paradis fiscal aux accapareurs et souvent, la véritable base active des sociétés est installée dans un autre pays. Dans le palmarès des accapareurs, il faut évidemment signaler les États-Unis, tout en haut de la liste avec 41 cas d’accaparement, et les Émirats Arabes Unis et l’Arabie Saoudite qui représentent, à eux deux, 39 cas.

    GRAIN tient à souligner que ce tableau a été compilé à partir de données dont nous avons connaissance, et que nous avons principalement recueillies sur le site Internet farmlandgrab.org. Les informations n’ont pas été vérifiées sur le terrain. De plus, il ne s’agit que d’un résumé qui ne peut, par définition, tenir compte de toutes les nuances et tous les détails de la réalité. Toutes les sources sont disponibles sur demande.

    Les données sont disponibles en format HTML ci-dessous et en format XLS et en PDF.

    Pour toute information complémentaire, veuillez contacter :

    Devlin Kuyek à Montréal, au Canada
    devlin@grain.org       +1 514 571 7702

    Renée Vellvé à Paris, en France
    renee@grain.org       +33 6 75073468

    Carlos Vicente à Marcos Paz, en Argentine
    carlos@grain.org      +549 11 63088809

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