•  Un risque émergent pour les entreprises

    Plusieurs grandes entreprises, dont Shell, seront présentes au Forum mondial de l'eau, qui se déroule à Marseille du 12 au 17 mars. Une présence qui pourrait déclencher quelques controverses concernant les impacts des entreprises sur la ressource en eau. Certaines d'entre elles tentent cependant d'appréhender ce nouveau risque. 

    "Le management du risque-eau par les entreprises est largement insuffisant. » La conclusion de l'étude « Comment les multinationales perçoivent-elles la rareté de l'eau ? » publiée en juin dernier par Eiris est sans appel. D'après le cabinet d'analyse environnementale, si 54% des multinationales sont exposées à divers risques liés à l'eau, seules 0,22% d'entre elles ont mis en place un système de management dédié. Les entreprises seraient-elles indifférentes aux risques de pollution et de pénuries d'eau ? Pas si sûr. D'après Souad El Ouazzani, senior manager chez Deloitte, « elles agissent en réalité bien plus qu'elles ne le communiquent. Mais l'eau est un sujet difficile à aborder, les enjeux diffèrent grandement selon les activités. Ils portent tantôt sur la qualité des eaux, la réduction des rejets, le stress hydrique des régions d'implantation, les conflits d'usages... » Certes, industries extractives, usines chimiques, grandes enseignes du textile et producteurs de boissons n'ont pas à faire face aux mêmes risques. Mais tous doivent aujourd'hui répondre à des exigences réglementaires de plus en plus contraignantes et à une pression grandissante exercée par les parties prenantes.

    Nombre d'accusations de pollution et d'usages abusifs de la ressource ont ponctué cette dernière décennie. Shell en 2002, dans le delta du Niger, Coca-Cola en 2003, en Inde. Et récemment encore, Nike, Adidas, H&M et autres géants du textile étaient épinglés par un rapport de Greenpeace (Dirty Laundry, juillet 2011) pour avoir négligé les rejets de polluants de leur chaîne de sous-traitance chinoise. L'émergence de ces nouveaux risques, en termes de disponibilité ou de qualité de la ressource, mais aussi en termes d'image, contraint les entreprises à définir une stratégie.

    Repérer les zones en stress hydrique

    Première étape incontournable, la cartographie de l'empreinte eau progresse. Directeur Environnement chez Rhodia, Laurent Sapet explique que « le groupe a identifié 19 sites situés en zone de stress hydrique. » Et élaboré un programme de réduction des prélèvements. « Nous avons optimisé les circuits d'eaux de refroidissement, pour n'utiliser que la quantité d'eau nécessaire. Les besoins en chauffage ont été revus à la baisse, pour limiter le recours au refroidissement et donc, le prélèvement d'eau. » Pour identifier ces zones à risques, beaucoup s'inspirent de la méthode Water Footprint, ou du Global Water Tool conçu par le World Business Council for Sustainable Development. Lafarge, Saint-Gobain, Bayer, Veolia, EDF, Suez-Environnement, Danone, Nestlé... La liste des convertis progresse.

    Outre l'évaluation de l'empreinte eau, la réduction constante des consommations est désormais de mise pour ces gros consommateurs (dans les pays à fort développement industriel, les entreprises peuvent peser jusqu'à 59% de la consommation globale). Coca-Cola s'est ainsi lancé un défi de taille, atteindre d'ici 2020 un ratio mondial égal à 1. Autrement dit, ne consommer qu'un seul litre d'eau pour produire un litre de boisson. En 2009, le ratio du groupe s'élevait à 2,36, et à 1,41 en France, pays le plus performant en la matière. « Le ratio français ne dépasse pas 1,3 fin 2011 », garantit Eric Desbonnets, directeur industriel France du groupe. « L'usine de Toulouse affiche même un ratio de 1,12 », ajoute-t-il. Pour obtenir de tels résultats, Coca-Cola Entreprise a investi dans de nouveaux équipements, pour lesquels l'usage de l'eau est fortement restreint, quand il n'est pas banni. « A Toulouse, nous avons par exemple remplacé l'eau savonneuse par un système à sec pour la lubrification des convoyeurs », explique Eric Desbonnets. Mais le ratio « magique » ne pourra être atteint sans compter sur les 120 programmes de compensation du groupe. Même en France. Dans le cadre de son partenariat avec le WWF, Coca-Cola Entreprise a replanté 2000 arbres dans la forêt du massif de la Nerthe, en région Marseillaise, arbres qui permettront de retenir les eaux de pluie et de lutter contre les phénomènes de ruissellement.

    De plus en plus encadrée réglementairement et surveillée par nombre d'acteurs, la qualité de l'eau rejetée en milieu naturel présente également un risque de taille. Particulièrement en Europe, où les directives cadre sur l'eau et le milieu marin imposent un suivi et une réduction des concentrations en polluants chimiques. Cette évolution, l'Union des Industries Chimiques tente de l'anticiper au sein de son groupe de travail « Eau » en échangeant les bonnes pratiques, les méthodes de dépollution et en préparant les futures exigences réglementaires. A titre d'exemple, Rhodia a développé sur 90% de ses sites français un programme de suivi des écosystèmes des rivières. « Nous observons l'évolution des invertébrés dans les cours d'eau potentiellement impactés par nos activités. Ce type de mesures, basées sur des indices biotiques, va progressivement s'imposer dans la législation européenne », estime Laurent Sapet.

    Tous s'accordent sur un point, l'eau peu chère et de bonne qualité devient de plus en plus rare. La ressource constitue désormais un enjeu majeur de la RSE, et suscite un intérêt grandissant de la part des agences de notation extra-financière. Responsable du programme Eau du groupe Lafarge, Thierry Pichon en atteste. « Les agences de notation intègrent de plus en plus la dimension eau dans les questionnaires qu'elles nous envoient. La question principale étant ''avez-vous identifié le risque-eau ? ''» Si jusqu'ici les questions se limitaient aux seuls relevés de consommation, désormais, les agences affinent leurs analyses. « Nous avons développé en 2011 une grille de critères spécifiques à l'eau », rapporte Marion de Marcillac, responsable clientèle pour le bureau français d'Eiris. « Aujourd'hui, nous analysons les entreprises sur leur exposition au risque, y compris dans leur chaîne d'approvisionnement, et sur les stratégies mises en place pour y répondre. Nous regardons par exemple à quel niveau ces stratégies sont-elles pilotées, les actions préventives concernant ces risques, et comment l'entreprise communique sur le sujet. » Des interrogations qui devraient s'intensifier dans les années à venir.


    Cet article a été initialement publié dans Repères RSE, numéro de janvier 2012.

      Anne Farhouat   © 2012 Novethic - Tous droits réservés


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  •  Cameroun : plus de 200 éléphants massacrés depuis mi-janvier et le carnage continue

    s17 février 2012     notre-planete.info

    elephanteau_ivoire_012012Les braconniers massacrent aussi des éléphanteaux dont les défenses sont naissantes
    © Boubandjida Safari Lodge

    Le bain de sang qui a débuté au milieu du mois de janvier se poursuit au nord-est du Cameroun et on dénombre désormais plus de 200 éléphants massacrés par les braconniers pour leur ivoire.

    D'après le Fonds international pour la protection des animaux (IFAW), c'est l'œuvre d'une bande de braconniers armés venus du Soudan qui tuent les éléphants vivant en liberté dans le Parc National de Boubandjida, à proximité de la frontière avec le Tchad.

    Pas moins de 100 carcasses d'éléphants ont déjà été retrouvées dans le parc depuis janvier, mais les tirs actuels empêchant d'évaluer avec précision la situation, on s'attend à retrouver davantage d'éléphants morts dans les zones du parc qui n'ont pas encore pu être inspectées.

    De nombreux éléphanteaux orphelins ont été observés à la suite de ces massacres et pourraient rapidement mourir de faim ou de soif. Leur mort viendra s'ajouter au bilan déjà lourd de la vague de braconnage qui s'abat en ce moment-même sur les populations fragiles d'éléphants au Cameroun.

    Céline Sissler-Bienvenu, Directrice d'IFAW France et Afrique francophone, explique qu'il est habituel de voir ces groupes armés traverser le continent depuis le Soudan durant la saison sèche. Ils viennent abattre les éléphants afin de récupérer leurs défenses en ivoire.

    « L'ivoire est exporté illégalement hors d'Afrique centrale et d'Afrique de l'Ouest pour alimenter les marchés en Asie et en Europe. L'argent récolté finance ensuite l'achat d'armes qui serviront dans des conflits régionaux, tels que ceux qui ont cours au Darfour, au Soudan et en Centrafrique », détaille-t-elle.

    Le Parc National camerounais de Boubandjida se trouve à la frontière avec le Tchad, qui lui-même partage ses frontières est et sud avec le Soudan et la Centrafrique. Des insurgés armés traversent fréquemment ces frontières poreuses lors de raids destinés à braconner les éléphants au Cameroun et au Tchad.

    Le nombre exact d'éléphants vivant au Cameroun est inconnu, mais le Rapport d'État de l'Éléphant d'Afrique de 2007 publié par l'UICN (l'Union internationale pour la conservation de la nature), l'estime à 200. Cependant, le nombre réel d'éléphants oscillerait plus probablement entre 1 000 et 5 000 individus.

    Selon Céline Sissler-Bienvenu, le seul moyen de mettre fin aux sanglants massacres perpétrés au Cameroun et sur le continent africain dans son ensemble consiste à annihiler la demande en ivoire, notamment en Asie. Il faut par ailleurs s'assurer que les responsables de la protection de la faune sauvage dans les États de l'aire de répartition des éléphants disposent des compétences et de l'équipement nécessaires pour mettre au pas les bandes de braconniers professionnels.

    IFAW est sur le point de lancer un programme de soutien à destination des rangers et des forces de l'ordre du Parc National tchadien de Sena Oura. Ce dernier est frontalier avec celui de Boubandjida, et le but de ce programme est de mettre en place une stratégie coordonnée de sauvegarde des éléphants dans la région.

    « Depuis 2009, IFAW finance des projets d'appui à la lutte anti-braconnage pour les rangers et les autorités en charge de la conservation dans les pays d'Afrique centrale qui sont confrontés au grave défi de ce trafic sanglant et cruel », poursuit Céline Sissler-Bienvenu. « Ce dont ces pays ont désormais besoin, c'est de l'engagement de la communauté internationale pour soutenir financièrement des personnels entrainés, hautement qualifiés et motivés pour qu'ils puissent remplir leur mission de protection des éléphants. »

    La Chine et le Japon ont acheté 108 tonnes d'ivoire lors d'une vente unique en novembre 2008 au Botswana, à l'Afrique du Sud, à la Namibie et au Zimbabwe. Ces ventes légales fournissent toute la couverture nécessaire à l'expansion du commerce illégal de l'ivoire. IFAW dirige des projets d'appui à la lutte anti-braconnage pour protéger les éléphants là où ils vivent. C'est pourquoi, outre le travail réalisé pour améliorer les politiques et en sus du soutien apporté aux rangers et aux patrouilles de lutte contre le braconnage dans les parcs nationaux de Tsavo (Kenya) et de Liwonde (Malawi) entre autres, IFAW a mis sur pied une équipe anti-braconnage mobile d'évaluation et de formation.

    Nous nous concentrons sur les pays d'Afrique centrale et d'Afrique de l'Ouest soumis à une forte pression de braconnage contre laquelle ces Etats souhaitent lutter. Notre équipe d'experts en évaluation du braconnage entreprend d'abord une évaluation des besoins en matière de lutte contre le braconnage dans un lieu spécifique pour identifier les contraintes locales et les besoins en équipement. Avant d'envoyer son équipe sur le terrain, IFAW négocie un accord avec le gouvernement qui définit les termes de l'intervention d'IFAW et lui délivre son autorisation.

    Liens   Nous avons besoin de votre aide pour sauver les éléphants ! - IFAW

    Auteur   Fonds International pour la Protection des Animaux



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  •   Augmentation inquiétante des allergies en Inde   28 février 2012

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    Selon une étude de la World Allergy Organisation (WAO), l'association internationale des sociétés d'allergologie, l'accroissement des allergies en Inde est préoccupant.

    Actuellement, entre 20% et 30% de la population en Inde est sujette à des allergies et cette proportion ne cesse d'augmenter.

    Les allergies les plus répandues sont l'asthme, l'eczéma, l'urticaire et l'angioedème ou encore les allergies liées à l'alimentation, aux médicaments et aux insectes.

    Ainsi, les personnes sujettes à l'asthme et aux rhinites allergiques représentaient respectivement 1% et 10% de la population indienne en 1964 contre 14 et 20% aujourd'hui. Cette augmentation affecte plus particulièrement les enfants et selon des prévisions réalisées par la WAO, d'ici 2050 environ 50% des enfants indiens pourraient être victimes d'allergies.

    La pollution atmosphérique est une des raisons qui explique ce phénomène. Selon une étude annuelle réalisée par les universités de Yale et de Colombia, l'Inde présente la plus mauvaise qualité de l'air au monde, suivie par le Bangladesh, le Népal, le Pakistan et la Chine. Le niveau de particules fines dans le pays est presque cinq fois supérieur à la limite sanitaire. Les matières particulaires sont une des principales causes des graves infections respiratoires et de cancers.

    World Allergy Organisation: http://www.worldallergy.org

    Sources

    •  "Surge in allergic diseases in India: WAO", PTI Science Service, Nov 01-15, 2011
    •  "India's air the worst, says study", AFP, Feb 2, 2012

    Rédacteur     Florence Dovillez

    Origine   BE Inde numéro 48 (27/02/2012) - Ambassade de France en Inde / ADIT - http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/69239.htm

    Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de notre-planete.info


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    Deepwater : comment BP veut éviter le procès du siècle

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    (L'explosion de la plate-forme Deepwater Horizon. Crédit photo : ideum - flickr)
    Le pétrolier et certains plaignants cherchent à éviter de s'embarquer dans un procès complexe, tentaculaire, et qui pourrait durer longtemps.         

    Il y a deux ans, le 20 avril 2010, une explosion sur la plate-forme offshore Deepwater Horizon avait tué 11 personnes et provoqué la plus grande marée noire de l’histoire des Etats-Unis. Pourtant, rien n’assure que se tiendra un procès visant à déterminer les responsabilités du britannique BP et de ses partenaires – entre autres Transocean et Halliburton – dans cette affaire.

    Rien n’est moins sûr en effet depuis dimanche dernier et l’annonce du report des premières audiences au 5 mars, alors qu’elles devaient débuter ce lundi 27 février devant le tribunal fédéral de la Nouvelle-Orléans. La raison de ce sursis : laisser plus de temps pour « permettre aux parties de faire davantage de progrès dans leurs discussions en vue d’un accord », a expliqué le juge Carl J. Barbier, qui supervise le procès. « Il n’y a pas d’assurance que ces discussions vont mener à une conciliation », tempère cependant BP et le comité des plaignants dans un communiqué de presse conjoint.

    340 avocats, 116 000 plaignants et 7,2 millions de pages au procès

    Quelques chiffres, rappelés par The Telegraph, suffisent à comprendre pourquoi beaucoup, et surtout le pétrolier, cherchent une alternative à un procès d’ores et déjà qualifié de « procès du siècle ». Les 340 avocats représentant les 116 000 plaignants civils – des hôteliers, des pêcheurs de crevettes ou encore des ostréiculteurs – ont compilé pas moins de... 7,2 millions de pages pour plaider cette affaire. Plus de 300 témoins ont aussi enregistré des vidéos faisant office de dépositions. Bob Dudley, le directeur exécutif de BP, a lui-même estimé dans le quotidien britannique que le procès pourrait durer jusqu’en 2014, voire beaucoup plus, s’il se prolongeait dans les complexes méandres d’un appel.

    Pour la compagnie pétrolière, la facture, avant même le début du procès, est déjà salée : ses frais juridiques et autres coûts associés s’élèvent déjà à 1,73 milliard de dollars (soit 1,28 milliard d’euros). D’autres avocats, représentant les Etats bordant le golfe, s’attelleront quant à eux à récupérer des dommages et intérêts dans le cadre du Oil pollution act (loi régissant la responsabilité et l’indemnisation des dommages dus à une pollution marine par des hydrocarbures). Les avocats du gouvernement allongeront encore la note, au titre du Clean water act (loi sur la pollution des eaux).

    Mais si BP était reconnu coupable de grave négligence ou de faute intentionnelle, ce que réfute le groupe britannique, l’amende à payer pourrait en effet passer de 1100 à 4300 dollars (817 à 3200 euros) par barils de pétrole déversés en mer à la suite de l’accident sur Deepwater Horizon. Or, en quatre-vingt-sept jours de fuite, l’équivalent de 4 à 5 millions de barils se seraient échappés du puits béant dans les profondeurs du golfe... Au total, les experts estiment que la facture pour BP au terme du procès pourrait s’élever entre 4,5 milliards et 17,6 milliards de dollars (3,3 à 13 milliards d’euros).

    Un fond de 15 milliards d’euros pour « apaiser » les victimes

    En créant un fond de compensation, le Gulf coast claims facility, destiné à indemniser les victimes de la catastrophe, BP avait déjà tenté de réduire la probabilité de tenue d’un procès, ou tout du moins son envergure. Sur les 20 milliards de dollars versés à ce fond, 6,7 ont déjà été distribués à environ 193 760 particuliers et professionnels lésés par l’accident (respectivement 14,8 et 4,7 milliards d’euros). La liste des futurs indemnisés, elle, est encore longue de 368 705 autres personnes... Le New York Times rapporte cette semaine pourquoi ceux-ci ont préféré cette option à un procès. « Quoiqu’il se passe au procès, nous en avons déjà terminé », témoigne un restaurateur, qui pâtit encore d’avoir eu à retirer les crevettes de sa carte aux pires moments de la crise. 116 000 autres personnes, plaignantes dans le procès, n’ont quand elles pas été satisfaites par les offres faites dans le cadre du fond de compensation. Leurs arguments ? Cette perfusion financière ne permet pas de compenser les pertes de revenus que restaurateurs, pêcheurs et autres propriétaires de docks continuent de subir.

    La stratégie de BP, cherchant un accord à l’amiable plutôt que de s’engluer pendant deux décennies de procès comme son concurrent Exxon à la suite du naufrage de l’Exxon Valdez en Alaska en 1989, paiera-t-elle ? Entre intérêts collectifs, respect des demandes individuelles des plaignants et budget à tenir pour BP, l’équation est complexe. Affaire à suivre sous sept jours...

     Le rédacteur :  Alice Bomboy

    Une enfance en pleine nature jurassienne, des études de biologie et de géologie, l’envie de transmettre cette passion pour le monde vivant, et le monde tout court, et un goût sans limite pour les nouvelles contrées. Alice, journaliste scientifique, écrit pour Terra eco depuis New York.

    Vingt mille lieux sur la terre

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  • Au Laos, les oubliés de la rivière Nam Theun

    Port-folio- (D'autres photos sur le site de Terraéco.net )
     Fierté du gouvernement et d’EDF, qui en est le maître d’œuvre, le barrage de Nam Theun 2 a coûté 40% du PIB de ce pays très pauvre. Plusieurs dizaines de milliers de personnes ont dû quitter leurs habitations. Pour quel avenir ?
    Nakai, au lever du jour. Sarong coloré, tongs aux pieds, Tumoni s’avance sur la grève du lac artificiel. Les premiers rayons du soleil irisent l’eau bleutée. Au loin, les silhouettes fantomatiques d’arbres immergés se découpent dans la brume. Paisiblement, la jeune femme arrose son modeste potager. Pour elle, le barrissement des éléphants n’est plus qu’un lointain souvenir : ici, dans le centre du Laos, les villages engloutis par la retenue d’eau se sont assoupis à tout jamais.

    Un mode de vie à réinventer

    Inauguré en décembre 2010, le barrage Nam Theun 2 a été l’objet de vives polémiques. Il faut dire que l’ouvrage est d’envergure : le complexe hydroélectrique a une capacité installée de 1 070 mégawatts, soit trois fois celle de la centrale du barrage de Serre-Ponçon (Hautes-Alpes), l’un des géants de l’Hexagone. Son coût représente, lui, 40% du produit intérieur brut du Laos ! Pendant dix ans, le projet a été fermement défendu par la Banque mondiale. Aujourd’hui, 90% de l’électricité produite est exportée vers la Thaïlande, 10% restant affectés au marché local. EDF est maître d’œuvre et partenaire à 35%, tandis que la compagnie publique électrique thaïlandaise – ECAT – et le gouvernement laotien se partagent le reste de l’investissement. Les conséquences de la construction de ce type de barrages sont bien connues : elles sont humaines d’abord. Ici, 30 000 personnes ont été déplacées à la suite de la mise en service du barrage sur la Nam Theun, 3 000 pour ceux construits sur la Xeset, plus au sud. Pour les populations, tout un mode de vie est à réinventer. Pêche, chasse, cueillette et élevage participaient aux revenus des villageois ; l’équilibre de cette société traditionnelle est bouleversé.

    Immersion des terres en amont, diminution des sédiments, augmentation de l’érosion en aval du barrage : les effets sur l’environnement sont tout aussi évidents. A long terme, le débit du Mékong, essentiel dans le cycle de reproduction du poisson, s’en trouvera également modifié. Or, rien qu’en Asie du Sud-Est, 60 millions de personnes vivent sur ses rives… Les associations et la Mekong River Commission – une structure internationale qui administre le bassin du fleuve – tentent de promouvoir des solutions durables : création de zones naturelles protégées, dédommagement des populations et aide au développement. Pour ce faire, ils mobilisent experts et acteurs locaux.

    Economie de marché

    Ainsi à Nakai, le petit dispensaire récemment bâti accueille fièrement ses patients. Sur la digue de Thalang, large sourire et visage avenant, Tum Tum confie, lui, sa satisfaction : « Je capture jusqu’à 60 kg de poissons en une matinée, les pêches sont fructueuses. » En effet, des espèces ont été implantées dans la Nam Theun. Leur négoce approvisionne les étals de Vientiane, la capitale, distante de 300 km. Avec le barrage, au Laos communiste, l’économie de marché fait son nid.

    Le rédacteur :  Wilfried Guyot (terraéco.net )
     Photographe indépendant depuis 1996, il a été publié dans La Vie, L’Express, Le Figaro magazine... Son travail s’articule autour du rapport au réel : documenter, rapporter, rendre compte. Depuis trois ans, il enquête sur les mutations au cours dans le bassin du bas-Mékong, en Asie du Sud-Est.

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  • Le bois des forêts locales est une matière première naturelle et renouvelable, ce qui en fait un matériau moderne et écologique. Mais est-ce aussi valable pour le bois tropical?

    Les produits en bois tropicaux ont été pendant longtemps synonymes de pillage et d’exploitation abusive grâce au travail d’information de la part des écologistes. Suite aux années de boycott, les ventes avaient en conséquence radicalement chuté. Mais entre-temps le secteur a su redorer son image grâce à des opérations marketing vantant le bois tropical issu d’ «exploitations forestières durables ». Des soi-disant certificats et labels écologiques sont collés sur les meubles de jardin, manches à balais ou planches à découper. Les consommateurs sont désorientés, beaucoup d’entreprises et de communes restent perplexes. Le bois tropical peut-il à nouveau être acheté en toute bonne conscience ? Sauvons la Forêt répond sans détour: NON ! Vous trouverez ci-dessous douze réponses à des questions importantes sur le thème du bois exotique.

    1- Qu’entend-on par bois tropical ?

    Ce terme désigne les bois issus des forêts tropicales et subtropicales d'Asie, Afrique et Amérique Latine. Le bois tropical se cache souvent derrière des dénominations comme « bois précieux », « bois dur », « bois véritable », et « bois massif ». L’acajou, le teck et le palissandre, ou les bois meilleur marché comme le meranti, le ramin et l’okoumé, proviennent tous des forêts tropicales. Au quotidien ils sont en général utilisés pour le contreplaqué, les manches à balais, les encadrements de fenêtres, les lunettes de toilettes, ou encore les murs antibruit. Pourtant, tout ceci pourrait aussi bien être fabriqué à partir de bois domestique.

    2- La destruction des forêts tropicales est-elle vraiment une conséquence de la coupe de bois ?

    La coupe de bois « durable » et « sélective » dans les forêts tropicales n’existe malheureusement pas. C’est néanmoins avec un tel vocabulaire que l’industrie du bois essaie de duper le public. Dans les forêts tropicales, les industriels usent outrageusement des bulldozers et tronçonneuses sans se soucier des conséquences. En vue d’un profit rapide, tout le bois commercialisable est extrait et la végétation restante est ravagée. Les perturbations écologiques croissantes et la perte de biodiversité sont les conséquences directes sur les milieux de vie extrêmement complexes et sensibles que sont les forêts humides.

    3- En quoi la destruction des forêts tropicales me concerne-t-elle ?

    La destruction des forêts tropicales nous menace tous, car celles-ci sont indispensables à la stabilité du climat mondial. A elle seule, la forêt amazonienne stocke par exemple 120 milliards de tonnes de carbone. 20% des émissions nocives à échelle mondiale sont dues à la déforestation, ce qui représente plus que l’ensemble des émissions imputables au secteur des transports. C’est ainsi que plusieurs pays tropicaux se sont hissés au rang des plus grands émetteurs de carbone au monde à cause de la déforestation : l’Indonésie occupe la troisième place, le Brésil la quatrième. Chez ce dernier la déforestation est la première cause d’émission de gaz à effet de serre. La France quant à elle est le premier importateur européen de bois provenant d’Amazonie brésilienne. La France et ses consommateurs devraient donc se sentir particulièrement concernés.
Les forêts humides jouent également un rôle primordial dans le cycle de l’eau, qu’elles stockent par quantités immenses, ainsi que dans la diversité biologique mondiale : on estime à 30 millions le nombre d’espèces de plantes et d’animaux vivant dans les « poumons verts de la Terre », ce qui en fait un immense réservoir génétique.

    4- Pourquoi utiliser du bois tropical quand il y a suffisamment de bois local ?

    Le bois exotique est la plupart du temps meilleur marché que les espèces locales et qualitativement comparable, car les arbres des forêts tropicales n’ont pas à être plantés au préalable. La nature est pour ainsi dire pillée «gratuitement». En outre, de plus en plus de produits en bois sont importés des pays tropicaux. Les salaires y sont bas, et les hommes n’y ont pas les mêmes droits que chez nous. Cela fait baisser les prix, mais aux dépends de l’homme et de la nature. C’est pour ces raisons qu’il est très préférable d’utiliser des bois locaux plutôt que des bois tropicaux aux origines douteuses.

    5- Est-ce vrai que l’industrie du bois ouvre la voie aux brûlis et à la colonisation des forêts ?

    Les arbres géants convoités par l’industrie du bois ne poussent plus que dans des territoires inaccessibles. Pour avoir accès au bois, les multinationales envahissent les dernières régions vierges des forêts primaires. Les bulldozers font des percées pour la construction de routes, ponts et lieux de stockage de bois dans la forêt. D’immenses remorqueurs traversent la forêt de part en part en traînant derrière eux les lourds troncs d’arbres. Ainsi le sol sensible des forêts primaires est détruit, et les racines et écorces des arbres encore debout sont abîmées. Colons et braconniers profitent des routes tracées par les industriels pour s’introduire dans la forêt, s'y établir et la piller.

    6- L’industrie du bois est-elle créatrice d’emploi pour les habitants des régions tropicales ?

    C’est tout le contraire, car à long terme le commerce du bois tropical prive la plupart des habitants locaux de leurs moyens de subsistance. Ce n’est qu’à court terme que le secteur du bois offre quelques emplois à un petit nombre de travailleurs. Le bois constitue seulement une petite partie des richesses et de la « valeur » des forêts tropicales: celles-ci fournissent aussi à leurs habitants nourriture, remèdes médicaux, matériaux de construction et d’artisanat. 
Dans de nombreux pays qui étaient autrefois d’importants exportateurs, l’industrie du bois est aujourd’hui à terre: après des années d’exploitation effrénée, les forêts ont été dépouillées ou ont tout simplement disparu. La Côte d’Ivoire, le Ghana et le Cameroun sont d’alarmants exemples de ce phénomène.

    7- Les forêts primaires sont elles si vieilles qu’elles nécessitent une intervention humaine?

    Les forêts tropicales se sont développées pendant des millions d’années sans aucune participation humaine. Elles n’ont pas besoin des hommes, alors que nous, humains, avons besoin des forêts, tout comme les animaux. Et ce sont précisément les arbres géants exploités par l’industrie du bois qui fournissent abris et nourriture au monde animal. La coupe de ces espèces prive donc la faune tropicale de ses moyens de subsistances. Beaucoup d’arbres sont à leur tour dépendant des animaux, qui dispersent leurs graines dans la forêt. Si les animaux disparaissent, la forêt n’est plus capable de se régénérer suffisamment et continue à s’appauvrir. A cause des nombreux trous dans la canopée, la forêt s’assèche sous le brûlant soleil tropical et devient sujette à d’immenses feux, qui font des ravages tous les ans à Bornéo ou en Amazonie. La coupe du bois génère ainsi une foule de conséquences directes et indirectes qui détruisent irréversiblement les forêts primaires.

    8- Est-il seulement possible d’exploiter les forêts tropicales de manière durable ?

    En tout cas pas avec les bulldozers et les tronçonneuses de l’industrie du bois exotique. Un milliard et demi de personnes vivent dans des territoires forestiers, et ces peuples des forêts nous ont prouvé que l’on peut utiliser la nature de manière respectueuse et durable. Dans cette forme de gestion traditionnelle, la coupe du bois n’occupe qu’une place secondaire. Bien plus importantes sont la chasse, la pêche, la récolte de miel, noix, fruits, huile et latex pour les besoins locaux. A l’inverse, l’industrie du bois est uniquement intéressée par les matières premières bon marché et les profits rapides. Le pillage de nouvelles surfaces de forêts tropicales lui promet malheureusement une augmentation de ses bénéfices.

    9- Le plus important n’est-il pas de s’assurer de l’origine légale du bois exotique ?

    Dans les pays tropicaux, la coupe illégale de bois est très courante, ce qui en fait un problème majeur. Le préjudice économique atteint des milliards, les dégâts écologiques et sociaux sont plus élevés encore. Selon les données de la Commission Européenne, un cinquième des importations de bois provient de la déforestation sauvage. Ainsi 39% du bois importé en France est de source illégale. Dans les pays qui sont de gros exportateurs, la part de bois provenant d’exploitations forestières illégales est particulièrement élevée : elle est par exemple de 70% au Brésil et en Indonésie, et de plus de 90% au Cambodge. Le Parlement Européen a approuvé le 7 juillet 2010 un projet de loi visant à interdire le commerce de bois illégal au sein de l’Union Européenne. Mais on est encore loin d’une législation efficace, notamment en matière de sanctions. La mafia du bois continue à écouler quotidiennement sa marchandise dans les magasins de meubles et de bricolage des pays européen. Le bois illégal afflue dans nos ports par navires entiers chargés de conteneurs. En tant que consommateur, nous n'avons pas les moyens de contrôler ce trafic.

    10- Le bois de plantation est-il recommandable?

    Les plantations ne sont pas des forêts. Il s’agit la plupart du temps d’immenses monocultures industrielles d’essences exotiques comme l’eucalyptus, le pin et le teck. Les plantations occupent d’énormes surfaces de terre sur lesquelles poussaient autrefois forêts et leurs écosystèmes naturels, et dans lesquelles vivaient différentes populations locales. Bien qu’elles fournissent de grandes quantités de bois formaté et bon marché pour l’industrie, ces plantations ne satisfont donc aucun critère social ni écologique. La qualité du bois n’est pas comparable à celle du bois de provenance naturelle. Dans les monocultures, les arbres ont tous le même âge, sont souvent génétiquement identiques car clonés. Ils poussent alignés les uns aux autres en immenses rangées et sont aspergés de pesticides. Les plantations n’offrent quasiment aucun espace vital à d'autres espèces végétales et animales. Elles sont biologiquement mortes, ce qui leur vaut d’ailleurs le surnom de «désert vert». Les arbres sont abattus mécaniquement avec des moissonneuses, débarrassés de leurs branches et empilés pour le transport. Ce système n’offre que très peu d’opportunités d’emploi.

    11- Les «labels bois» et «forêts» sont-ils recommandables ?

    Il existe plus d’une centaine de labels concernant le bois et les forêts. Ils sont si nombreux que même les professionnels du secteur ne peuvent pas les connaître tous, et encore moins les contrôler. La plupart des labels sont librement inventés par les industriels et sont donc des publicités mensongères. Toutefois, même les quelques certificats internationalement valables comme le FSC et le PEFC ne sont pas à même de garantir une exploitation forestière écologiquement et socialement responsable. Les standards de ces labels résultent de gros compromis avec les industriels, et les critères à respecter pour obtenir les certifications sont bien trop adaptés aux intérêts des multinationales. En outre, dans la pratique, les certificateurs sont employés et payés par les entreprises du bois elles-mêmes. Ils délivrent et contrôlent des certificats étant évidemment tout sauf satisfaisant. Une inspection réellement indépendante est impossible dans ces conditions, et les cas d’escroqueries sont monnaie courante (voir : http://www.fsc-watch.org). Les forêts tropicales naturelles sont très peu certifiées, de même que les forêts communales des indigènes. Les règlements très techniques et compliqués n’ont pas grand-chose à voir avec la réalité de la vie des populations locales, et les certifications sont en outre des processus longs et coûteux.

    12- Que puis-je faire ?

    Les consommateurs de bois tropical doivent avoir conscience des conséquences de leur achat. Les forêts primaires contiennent le plus grand trésor de l’humanité. Seuls les peuples indigènes connaissent à ce jour les réelles propriétés de cette biodiversité unique, tandis que notre science n’en est qu’au début de ses recherches sur les forêts tropicales. Nous sommes sur le point de mettre le feu et détruire de façon irréversible une bibliothèque vivante dont nous n'avons quasiment encore rien lu. Plus de la moitié des forêts humides a déjà été anéantie. Si nous n’agissons pas maintenant, elles auront disparu dans une génération.Il est donc primordial de renoncer aux bois exotiques et de préférer acheter ses meubles et autres articles en bois locaux et de fabrication elle aussi locale. Voici quelques conseils pour le choix et l’entretien de vos produits en bois local:

      Faites attention à vous procurer des produits résistants, que vous pourrez poncer, repeindre ou vernir après des années d’utilisation. Ne laissez pas vos meubles de jardin dehors sous la pluie. N’oubliez pas de traiter le bois utilisé comme matériau de construction ou pour tout usage extérieur afin de le protéger efficacement.

    Sauvons la Forêt (Rettet den Regenwald e.V.) / Klaus Schenck, Ingénieur forestier


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  •    Le Brésil veut mécaniser l’agriculture mozambicaine

    Publié: 30 jan 2012
    Publié dans: Brésil | Mozambique 

    Le Brésil veut mécaniser l’agriculture mozambicaine

    (Agence Ecofin) - Le Mozambique vient de bénéficier d’une assistance technique et d’une ligne de crédit de 97,59 millions $ du Brésil pour l’acquisition d’équipements et de machines dédiés au secteur agricole.

    Les fonds proviendront du Foreign Trade Board (CAMEX), et prendra la forme de prêts concessionnels à un taux de 2%. La maturité du prêt est de 17 ans avec une période de grâce de 5 ans.

    Le Brésil vise des concessions de terres agricoles au Mozambique. De nombreuses ONG alertent l’opinion sur les risques que ces cessions de terres peuvent faire peser sur les populations locales et dénoncent un « néocolonialisme brésilien » au Mozambique.

     

     
    Source: Ecofin

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  • Grèce : la débâcle de l’austérité, le naufrage de l'Europe

    Le Parlement grec a adopté hier un énième plan d’austérité négocié avec la Troïka. En échange, la BCE, le FMI et l’Union européenne accepteront de débloquer une nouvelle tranche de financement d’un plan que plus personne n’ose encore qualifier de «sauvetage».

    Malgré les défections de ministres et de députés, les manifestations d'hier, d'une ampleur sans précédent, n'ont pas suffi à bloquer l'adoption du plan au Parlement, avec une majorité incluant le Parti socialiste, la droite classique et l'extrême-droite. La colère et le désespoir populaires vont encore s'amplifier.

    L’économie grecque est littéralement laminée par les politiques d’austérité, dont le nouveau plan est une étape supplémentaire : baisse de 22 % du salaire minimum, ramené à 586 euros brut sur 14 mois, suppression dans l’année de 15 000 emplois publics, nouvelles coupes dans les pensions de retraite. Loin de jeter les bases d’une sortie de crise, les prétendues « cures » imposées par la Troïka entretiennent un cercle vicieux de récession et de chômage.

    Le but de ces politiques:  imposer une "dévaluation interne" par une baisse massive des salaires et des budgets sociaux, en préservant les intérêts des classes dominantes et du secteur financier. Les banques grecques seront recapitalisées par l'État mais resteront dans les mains de leurs actionnaires privés.

    Selon le FMI lui-même, la saignée actuelle et la restructuration en cours de la dette grecque ne permettront dans la meilleure des hypothèses que de ramener la dette de 160 % à 120 % du PIB d'ici 2020.Les nouveaux prêts ne serviront qu'à rembourser les anciens, la restructuration de la dette ne servira qu'à maintenir à long terme le flux des intérêts qui saignent l'économie grecque en alimentant les banques européennes. La Grèce sera ramenée à une économie de subsistance et de tourisme à bas prix.

    La crise est économique et sociale, mais aussi démocratique et politique. La classe politique grecque reste sourde aux exigences des citoyens, tandis que l'Union européenne exerce une violence sans précédent contre l'un de ses pays membres, prélude à d'autres violences contre d'autres pays. Il faut croire que la Grèce est pour les classes dominantes un laboratoire pour tester jusqu'où elles peuvent aller dans la pression exercée sur les peuples.

    Parmi les mesures indispensables pour sortir la Grèce, mais aussi le Portugal, l'Espagne, l'Italie et l'ensemble de l'Europe de cette impasse, il faut d'urgence une reprise en main de la Banque centrale européenne par le politique, une réforme fiscale taxant les revenus financiers et les gros patrimoines, une annulation des dettes illégitimes, une politique européenne de convergence sociale vers le haut, des plans massifs d'investissement public pour la transition écologique...

    Les luttes sociales sont appelées à s'amplifier dans les mois à venir dans toute l'Europe pour stopper la spirale infernale de l'austérité et de la désagrégation, et imposer une réorientation solidaire de la construction européenne, à commencer par le rejet du « Pacte budgétaire ». Dans cette perspective, Attac France appelle à multiplier les initiatives de solidarité avec le peuple grec.

    Attac France,  le 13 février

    Pour rejoindre Attac : http://www.france.attac.org/adherer


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  • Afghanistan: les Américains en plein déni de défaite

    Régis Soubrouillard - Marianne | Mercredi 8 Février 2012 

    Lieutenant Colonel dans l'armée américaine, l'officier Daniel Davis a passé un an en Afghanistan où il a pu rencontrer de nombreux soldats américains, chefs de l'armée afghane ou de villages. Dans un rapport gênant pour l'état major américain, il décrit la situation tactique catastrophique sur le terrain et les mensonges des chefs militaires.

    cc flickr by US Army
    cc flickr by US Army
    « J’ai passé l‘année dernière en Afghanistan, visitant et parlant avec les troupes américaines et leurs partenaires afghans. Mon engagement au sein de l’unité d’équipement rapide (Rapid equipment Force) m’a permis de me rendre sur tous les terrains où nos soldats étaient engagés de manière significative. Ce que j'ai vu sur le terrain ne ressemblait en rien à la situation favorable décrite dans les rapports officiels des chefs militaires américains » la déclaration fait l’effet d’une bombe. Surtout qu’elle émane du Lieutenant Colonel Daniel L. Davis dans l’Armed Forces Journal. Dans un long texte intitulé « Vérités, mensonges et Afghanistan. Comment les chefs militaires nous ont laissé tomber », le Lieutenant Colonel Davis décrit avec précision l’imposture afghane.

    Un verdict édifiant et un démontage en pièces du story-telling militaire par un militaire de l’US Army: « Avant mon arrivée, j’avais l’espoir d’apprendre que les constats formulés étaient vrais : améliorations des conditions de vie en Afghanistan. Sans m’attendre à des résultats spectaculaires, j’espérais au moins assister à des évolutions positives. Au lieu de cela, j’ai été témoin d’un échec total à tous les niveaux ».

    Au long de ses 10.000 kilomètres de patrouilles, le Lieutenant Colonel Davis a pu interviewer plus de 250 soldats et s’entretenir avec des responsables de l’insurrection afghane, des chefs de villages ou des « anciens ». Selon lui, les responsables locaux du gouvernement afghan ne remplissent pas leur mission auprès de la population et les forces afghanes rechignent à combattre l'insurrection. Il arrive même que les forces afghanes soient de connivence avec les talibans.

    Une situation tactique catastrophique

    Et le Lieutenant-Colonel Danis de multiplier les exemples de la perte de contrôle du terrain par les troupes alliées. Le 11 septembre 2011, rencontrant un responsable local afghan conseiller auprès des forces US, il lui demande son sentiment sur la capacité des forces afghanes à tenir tête aux Talibans après le départ des américains : « Ils en seront incapables. Dans cette région, de nombreux éléments des forces de sécurité ont conclu un pacte de non-agression avec les talibans : ils ne leur tirent pas dessus et les talibans font de même ».

    C’est la description d’une défaite et d'un immense gâchis : « Dans tous les endroits que j’ai visité, la situation tactique était soit mauvaise, soit catastrophique. Les événements que je décris pourraient éventuellement s’inscrire dans un contexte de guerre difficile pour un pays engagé dans un conflit depuis un an, deux ans, voire quatre ans. Mais c’est inconcevable pour des forces engagées depuis 10 ans ».

    Fabrication d'ennemis virtuels: une arme à double tranchant

    Engagé personnellement dans une campagne de sensibilisation de l’opinion publique et des institutions, il a fourni une version détaillée et classifiée de son rapport à des membres du Congrès et du Ministère de la Défense : « Si les américains étaient en mesure de comparer les déclarations publiques de la plupart de nos dirigeants avec les rapports classés de nos services, la crédibilité de notre politique dans la région s’en trouverait gravement atteinte ». Daniel Davis attend désormais l’autorisation du service de communication des armées pour mettre en ligne, sur son blog, une version publique de son rapport.

    Vingt ans après Jean Baudrillard qui dans La guerre du Golfe n’aura pas lieu décrivait « l’enlisement de la guerre dans un suspense interminable » par l’intoxication médiatique, pointant la fabrication d’une guerre imaginaire alors que « sur l’Echelle de Richter, la guerre du Golfe n’atteindrait même pas le degré deux ou trois ». Les communicants du Pentagone ont revu leurs classiques, toujours dans la logique de fabrication d'ennemis virtuels, l’heure n'est plus à la sublimation de la victoire mais au déni de défaite. Avec Baudrillard, il serait temps de se rendre compte que cette guerre d’Afghanistan a trop eu lieu...

    Engagement massif ou engagement en profondeur ?

    Le Lieutenant Colonel Davis aime mettre les pieds dans le plat. Déjà en octobre 2009, il publiait un article sur l’impasse stratégique afghane « Go Big or Go Deep ». En Afghanistan, les américains ont manifestement choisi la première option : « s’engager massivement sans que le niveau des effectifs soit suffisant pour être efficace. Le déploiement de forces fait passer les américains pour des envahisseurs » écrivait-il. L’option Go Deep priviligiée par Daniel Davis se voulait « une stratégie globale incluant les composantes essentielles de la communauté du renseignement, des forces d'opérations spéciales, des forces militaires conventionnelles, des militaires des unités conseils et assistance, d'aide gouvernementale et de développement, des conseillers économiques, le développement des fonctions éducatives, et d'autres éléments de la puissance nationale qui seraient synthétisés pour procéder à un effort de lutte antiterroriste agressive associée à un appui ciblé des habitants par les forces gouvernementales et militaires ». 

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  • Le cancer de la dette menace l'économie européenne et mondiale

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    Les programmes d'austérité fiscale en vigueur à travers l'Europe et la crise de la dette souveraine qui a éclaté en Grèce en mai dernier et s'est ensuite étendue, d'abord à l'Irlande et au Portugal, puis à l'Espagne et à l'Italie, ont ébranlé l'économie européenne et accroissent désormais la probabilité d'une nouvelle récession mondiale, affirment les Nations Unies dans un rapport publié hier.

    Dans ce rapport intitulé « Situation et perspectives de l'économie mondiale » (World Economic Situation and Prospects 2012 – WESP), les experts de l'ONU prédisent pour l'Union européenne une croissance économique de 0,7 % seulement en 2012, un rythme sensiblement inférieur à celui de 1,6 % enregistré en 2011.

    Selon le rapport de l'ONU, l'austérité fiscale et de la crise de la dette ont ébranlé la confiance à la fois des producteurs et des consommateurs, et ont affaibli le système bancaire qui était déjà dans une situation délicate. Compte tenu de son dynamisme très faible au commencement de l'année 2012, la croissance du PNB ne devrait atteindre que 1,7% d'ici à 2013.

    Les économistes de l'ONU prévoient que 2012 sera une année décisive, en ce qu'elle déterminera si le monde continuera sur la voie d'une reprise économique lente ou retombera dans la récession – un risque qui s'est accru sensiblement depuis le début de la crise de la dette. Si un tel scénario négatif venait à se réaliser, l'ONU estime que l'économie de l'Union européenne pourrait se contracter de 1,6 % en 2012 et la plupart de ses pays membres pourraient connaître de nouveau la récession, y compris la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni.

    « Le plus grand risque pour l'économie mondiale en 2012-2013 réside dans la possibilité que les responsables, en particulier en Europe et aux Etats-Unis, ne parviennent pas à faire face à la crise de l'emploi et à empêcher une aggravation de la dégradation des dettes souveraines et de la fragilité du secteur financier, » affirment les experts dans le rapport.

    « Les économies des pays développés sont sur le point de tomber dans une spirale dépressionnaire résultant de quatre faiblesses qui se nourrissent les unes des autres : la dégradation des dettes souveraines, la vulnérabilité des secteurs bancaires, une demande agrégée faible (liée à un chômage élevé et à des mesures d'austérité fiscale) et une paralysie des prises de décision causée par des situations d'impasse politique et des déficiences institutionnelles. Toutes ces faiblesses sont d'ores et déjà présentes, mais l'aggravation d'une seule d'entre elles pourrait créer un cercle vicieux qui conduirait à une grave tourmente financière et à une dépression économique », ajoutent-ils.

    En revanche, la reprise économique se poursuit de manière vigoureuse en Afrique, à contre-courant de la tendance mondiale, selon le rapport. Le continent africain devrait connaître une hausse de son taux de croissance général, qui devrait passer de 2,7% en 2011 à 5,0% en 2012 et 5,1% en 2013.

    Les experts de l'ONU estiment que cette tendance sera principalement soutenue par le niveau élevé des cours des matières premières, un afflux significatif de capitaux étrangers ainsi qu'une hausse continue de la demande et des investissements en provenance d'Asie. Toutefois, les taux de croissance des pays du continent continueront de diverger fortement, en raison des conflits armés, du manque d'infrastructures, de la corruption et des sécheresses. Dans certains pays, ces facteurs handicaperont gravement la croissance et auront un coût humain élevé.

    L'Afrique du sud devrait connaître une croissance économique plus vigoureuse en 2012, soutenue par une demande croissante en provenance d'Asie, la poursuite de mesures de relance fiscale et une augmentation de la consommation stimulée par des salaires en hausse.

    De très sérieux problèmes politiques et les changements tumultueux survenus ces derniers mois continuent de peser sur la croissance économique en Afrique du nord. Dans le contexte du récent changement de régime en Libye, on estime que cette économie s'est contractée de 25 % en 2011, mais les efforts de reconstruction devraient générer une reprise en 2012.

    L'Egypte, le Maroc et la Tunisie devraient tous connaître une hausse sensible de leur croissance économique en 2012, causée en large partie par la fin des troubles politiques et leurs conséquences négatives pour l'activité économique. Les taux de croissance dans la sous-région resteront bridés par les incertitudes politiques, qui pourraient continuer d'exercer un effet néfaste sur le secteur du tourisme, mais la reprise devrait être au rendez-vous suite à la fin des troubles politiques et des conflits militaires.

    En Afrique de l'est, le Kenya continuera de connaître une forte croissance de son PNB, soutenue par les investissements dans les infrastructures, l'expansion du secteur des télécommunications et de l'activité bancaire. La croissance devrait également être vigoureuse en Ouganda, où d'importants investissements ont été faits dans le secteur énergétique, par exemple dans une nouvelle usine de raffinage, et ceci malgré les risques d'agitation politique. En Ethiopie, une forte croissance viendra récompenser la poursuite de l'amélioration des infrastructures, notamment dans le secteur de l'énergie.

    Malgré une croissance relativement solide en Afrique, les experts soulignent que le chômage et la pauvreté demeurent de sérieux problèmes. Les principales causes sont le manque de diversification, notamment dans les activités générant une forte valeur ajoutée, la pénurie de travailleurs qualifiés et une productivité faible.

    Auteur   Nations Unies     (notre-planete.info)


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