•    Greenpeace Publié le 5 novembre 2013

    Mode toxique : Greenpeace dresse le bilan de sa campagne Détox en classant les marques sur un podium

    Deux ans que Greenpeace épingle les marques de mode, fast fashion et haute couture, dans sa campagne Détox. Deux ans qu'une mobilisation sans précédent demande une mode sans produits toxiques pour ceux qui les produisent et nous qui les portons. L'heure du bilan est venu. Découvrez le podium Greenpeace : qui a tenu ses engagements ? Qui n'a pas joint l'action aux déclarations ? Qui n'a pas jugé bon de s'engager ?

      
    1En matière de Detox, Benetton affiche la bonne couleur

    Propriétaire des marques : United Colours of Benneton, Undercolours of Benneton, Sisley, Playlife 

     Pour en savoir plus, rendez-vous sur Greenpeace - Podium Detox : Groupe Benetton

     

    Si vous avez manqué le début, reprenez le train en route en découvrant la campagne Détox Greenpeace, et le Fashion Duel qui visait les marques de haute couture.

     

    Aujourd'hui, la célèbre ONG ne compte pas s'arrêter en si bon chemin et dresse le bilan des engagements (ou non-engagements) des marques visées par la campagne. Le Podium Détox met en avant les engagements réussis des "LEADERS" (Benetton, C&A, H&M etc...), pointe du doigt les "GREENWASHERS" (Adidas, Nike...) et se montre sans pitié pour les "LOSERS" (Gap, Diesel, Armani...) représentés par des squelettes peu avenants.

    > Tout savoir sur le Podium Détox

    Pour établir son Podium, Greenpeace a étudié le respect des engagements pris par les marques à désintoxiquer leurs chaines de production. Trois critères ont été pris en compte : le respect des principes clés (principe de précaution, RSE etc), la transparence sur l'utilisation de produits toxiques, l'élimination de 11 substances prioritaires à horizon 2020.

    > En savoir plus sur les critères étudiés

    Découvrez le Podium Détox Greenpeace

    Pour connaitre le détail des actions de chaque marque / groupe cité, cliquez sur les liens ci-dessous.

    • LES LEADERS : ils se sont engagés à relever le défi Détox, se sont fixés des échéances crédibles et ont pris des mesures sur le terrain. Cette catégorie comporte 14 marques dont H&M, Groupe Inditex (Zara), Levi's, Mango...

    Groupe Benetton : en matière de Detox, Benetton affiche la bonne couleur
    Propriétaire des marques : United Colours of Benneton, Undercolours of Benneton, Sisley, Playlife
    Pour en savoir plus, rendez-vous sur Greenpeace - Podium Detox : Groupe Benetton

    C&A : joint le geste à la parole
    Propriétaire des marques : C&A, Angelo Litorico, Yessica, Your Sixth Sense, Westbury, Canda, Clockhouse, Baby Club, Palomino, Here & There, Rodeo Sport
    Pour en savoir plus, rendez-vous sur Greenpeace - Podium Detox : c&a

    Coop : respecte ses engagements et passe en mode Detox
    Propriétaire des marques : Coop, Naturaline, nulu, feelyou, Sergio
    Pour en savoir plus, rendez-vous sur Greenpeace - Podium Detox : coop

    Esprit : a tout d’un leader de la Detox
    Propriétaire des marques : Esprit, Falke
    Pour en savoir plus, rendez-vous sur Greenpeace - Podium Detox : esprit

    G STAR RAW : la célèbre marque de jean en bien engagée dans le chemin de la Detox
    Propriétaire de la marque : G STAR RAW
    Pour en savoir plus, rendez-vous sur Greenpeace - Podium Detox : G-Star Raw

    H&M : poursuit son programme Detox
    Propriétaire des marques : H&M, COS, Monki, Weekday, Cheap Monday, Other Stories
    Pour en savoir plus, rendez-vous sur Greenpeace - Podium Detox : h&m

    Inditex : défile dans le groupe de tête des leaders de la Detox
    Propriétaire des marques : Zara, Pull & Bear, Massimo Dutti, Bershka, Stradivarious, Oysho, Tempe, Uterique
    Pour en savoir plus, rendez-vous sur Greenpeace - Podium Detox : inditex

    Levi’s : tient ses promesse
    Propriétaire des marques : Levis, Dockers, Signature, Denizen
    Pour en savoir plus, rendez-vous sur Greenpeace - Podium Detox : Levi Strauss & Co.

    Limited Brands : suit les tendances de la mode Detox
    Propriétaire des marques : Victoria's Secret, La Senza, Henri Bendel
    Pour en savoir plus, rendez-vous sur Greenpeace - Podium Detox : Limited Brands

    Mango : montre la voie vers une mode sans toxiques
    Propriétaire des marques : Mango, H.E., MNG by Mango
    Pour en savoir plus, rendez-vous sur Greenpeace - Podium Detox : mango

    Marks & Spencer : fait ses premiers pas vers une mode sans toxiques
    Propriétaire des marques : Marks & Spencer, Per Una, North Coast, Portfolio, Indiglo, Autograph, Blue Harbour, Ceriso, Ultimate, Brazil’s, Occasions, Collezione, Insola
    Pour en savoir plus, rendez-vous sur Greenpeace - Podium Detox : Marks & Spencer

    Puma : sort ses griffes et se désintoxique
    Propriétaire des marques : Puma, Cobra Gold, Tretorm, Volcom
    Pour en savoir plus, rendez-vous sur Greenpeace - Podium Detox : puma

    Fast Retailing : prend sa cure de Detox au sérieux
    Propriétaire des marques : Uniqlo, Compti des Cotonniers, GU, Helmut Lang, J Brand, PLST, Princess Tam Tam, Theory
    Pour en savoir plus, rendez-vous sur Greenpeace - Podium Detox : Fast Retailing

    Valentino : pour Valentino, la mode sans toxiques n’est pas un luxe
    Propriétaire des marques : Valentino, M Missoni
    Pour en savoir plus, rendez-vous sur Greenpeace - Podium Detox : Valentino Fashion Group

    • LES GREENWASHERS : ils ont rejoint le défi Détox, mais n'ont rien concrétisé. Ils sont 3 dans cette catégorie.

    Adidas : est loin d’être “all in” en matière de Detox
    Propriétaire des marques : adidas, Reebok, Taylor Made
    Pour en savoir plus, rendez-vous sur Greenpeace - Podium Detox : Adidas Group

    LiNing : ne remplit pas son contrat Detox
    Propriétaire des marques : LiNing, Z-Do, Aigle, Double Happiness, Lotto, Kason
    Pour en savoir plus, rendez-vous sur Greenpeace - Podium Detox : LiNing

    Nike : dissimule sa vérité toxique derrière de beaux discours
    Propriétaire des marques : Nike, Converse, Hurley International, Jordan, Nike Golf
    Pour en savoir plus, rendez-vous sur Greenpeace - Podium Detox : Nike, Inc

    • LES LOSERS : ces marques ne se sont pas engagés à réduire les produits toxiques. Ils sont 7 grands groupes épinglés dans cette catégorie. On y retrouve les marques bien connues Armani, Diesel, Gap...

    Giorgio Armani : Paroles, paroles… Toujours des paroles...
    Propriétaire des marques : Giorgio Armani, Emporio Armani, Armani Exchange, Armani Jeans, Armani Collezioni
    Pour en savoir plus, rendez-vous sur Greenpeace - Podium Detox : Giorgio Armani

    Bestseller : traîne les pieds pour se débarrasser de son addiction toxique
    Propriétaire des marques : Jack & Jones, Junarose, Mamalicious, Name It, Object Collectors Item, Only, Outfitters Nation, Pieces, Vero Moda, Vila Clothes
    Pour en savoir plus, rendez-vous sur Greenpeace - Podium Detox : bestseller

    Only the Brave (Diesel) : manque de courage pour entrer en Detox
    Propriétaire des marques : Diesel, Maison Martin Margiela, Viktor & Rolf, Marni
    Pour en savoir plus, rendez-vous sur Greenpeace - Podium Detox : Only the Brave (diesel)

    Gap : brille par son inaction
    Propriétaire des marques : Gap, Banana Republic, Old Navy, Piperlime, Athleta, INTERMIX
    Pour en savoir plus, rendez-vous sur Greenpeace - Podium Detox : Gap Inc.

    Metersbonwe : doit relever le défi Detox
    Propriétaire des marques : Metersbonwe
    Pour en savoir plus, rendez-vous sur Greenpeace - Podium Detox : metersbonwe

    Phillips-Van Heusen (PvH) : confond Detox et Intox
    Propriétaire des marques : Calvin Klein, Tommy Hilfiger, Van Heusen, IZOD, ARROW, Speedo, Olga, Warner's, GH Bass & Co
    Pour en savoir plus, rendez-vous sur Greenpeace - Podium Detox : Phillips-Van Heusen (PvH)

    Vancl : ne veut pas ouvrir les yeux sur sa responsabilité toxique
    Propriétaire des marques : Vancl
    Pour en savoir plus, rendez-vous sur Greenpeace - Podium Detox : vancl

    Tout savoir sur la campagne Détox de Greenpeace


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  •   Lois sur les semences en Amérique latine : une offensive qui se poursuit et une résistance qui s'intensifie et se multiplie 

    GRAIN | 30 October 2013 | Against the grain

    Introduction

     

    Les tentatives des grandes sociétés d'agrobusiness d'imposer la privatisation des semences continuent d'être déployées partout sur la planète. Derrière leurs tentatives, elles poursuivent un objectif clair : s'approprier un monopole sur les semences et rendre illégale la pratique historique et millénaire de conserver et de reproduire les semences. L'Amérique latine n'est pas à l'abri de ces attaques.

    Bien que les lois UPOV soient actuellement le fer de lance de cette agression, on assiste en réalité à une avalanche de lois, de décrets et de règlements, notamment le brevetage d'événements biotechnologiques, les normes sanitaires, les normes de commercialisation, les lois sur la certification, divers registres, des règlements tributaires, les soi-disant « bonnes pratiques agricoles, » les programmes de recherche, les politiques de mise sur pied de marchés de semences et plus encore.

    Déjà en 2005, nous disions : « Si nous les examinons aujourd’hui, nous constatons que les lois sur les semences ne sont que répressives. Elles traitent de ce que les agriculteurs ne peuvent pas faire. Elles imposent quelles sortes de semences ne peuvent pas être vendues, ne peuvent pas être échangées et dans certains cas ne peuvent même pas être utilisées. Tout cela au nom de la régulation du marché et de la protection des producteurs de denrées alimentaires! Dans ce sens, les lois sur les semences vont de pair avec les régimes de droits de propriété intellectuelle (DPI) comme les droits des sélectionneurs de plantes et les brevets. Ces deux sortes de législations — les règlements de commercialisation et les droits de propriété – se renforcent l’une l’autre. »1.

    Si quelque chose a changé depuis, c'est que les stratégies de privatisation se sont multipliées et sont devenues plus radicales et ambitieuses. Mais les entreprises et les gouvernements ne s'attendaient pas à ce que les résistances nationales et régionales se multiplient en même temps.

    Qu'est-ce que l'UPOV?

    L'Union internationale pour la protection des obtentions végétales (UPOV) est une organisation intergouvernementale dont le siège social est à Genève (Suisse). L'UPOV a été établie par la Convention internationale pour la protection des obtentions végétales. La Convention a été adoptée à Paris en 1961 et a été révisée en 1972, 1978 et 1991. Selon sa propre définition, « la mission de l'UPOV est de mettre en place et promouvoir un système efficace de protection des variétés végétales afin d'encourager l'obtention de variétés dans l'intérêt de tous2. » Dans le langage de l'UPOV, « protection » signifie privatisation.

    L'histoire de l'UPOV montre une expansion permanente et apparemment sans limites des droits des entreprises semencières accompagnée d'une réduction également permanente et sans limites des droits et libertés des agriculteurs et paysans. La Convention originale accordait des droits de propriété uniquement sur les variétés qui auraient été développées par l'auteur de la demande de privatisation, concédait à peu de choses près un droit exclusif de commercialisation des variétés privatisées et n'établissait aucune sanction spécifique. Après les transformations successives de 1972, 1978 et 1991, l'UPOV donne maintenant un droit de propriété sur des variétés « découvertes » et accorde des droits monopolistes sur la production, la commercialisation, l'exportation et l'importation, en plus de permettre aux entreprises de demander la confiscation des cultures, des plantations, des récoltes et des produits dérivés de la récolte. De même, elle établit que les entreprises peuvent exiger des sanctions pénales, y compris des peines de prison.

    Aujourd'hui, on tente d'imposer la Convention UPOV 91 partout sur la planète sous le prétexte de « protéger » les variétés. Cependant, la démonstration a été abondamment faite que l'UPOV 91 nie les droits des agriculteurs aux plans tant spécifique que général en empiétant sur leur droit de conserver les semences pour la culture et en permettant aux sociétés privées de s'approprier la biodiversité de manière à exercer un contrôle commercial total sur les semences et les connaissances des communautés. De plus, les critères de protection des obtentions de l'UPOV encouragent l'uniformité des semences, aggravant du même coup l'érosion de la biodiversité. L'uniformisation est extrêmement dangereuse, car elle mène à la perte des récoltes et à une plus grande insécurité alimentaire. Finalement, la privatisation des semences nuit à la recherche et à l'échange de connaissances.

    En Amérique latine et les Caraïbes, l'Argentine, la Bolivie (État plurinational de), le Brésil, le Chili, la Colombie, le Costa Rica, l'Équateur, le Mexique, le Nicaragua, le Panama, le Paraguay, le Pérou, la République dominicaine, Trinidad et Tobago et l'Uruguay sont membres de l'UPOV. Parmi ces pays, le Costa Rica, le Panama, la République dominicaine et le Pérou sont les seuls qui appliquent à l'heure actuelle l'UPOV 91 3.

    Le puits sans fond de l'ambition des entreprises semencières

    Les lois sur les semences que l'on cherche maintenant à imposer sont une application intégrale et souvent élargie de l'UPOV 91. Par conséquent,

    a) Ces lois permettent la privatisation de variétés « découvertes, » ce qui en plus d'être absurde du point de vue des prétendus principes de la propriété intellectuelle (qui disent privatiser seulement ce qui est inventé), l'est également dans le domaine des semences, car toute variété végétale est une œuvre humaine. En d'autres mots, les nouvelles lois permettent aux entreprises ou centres de recherche de s'approprier le fruit du travail d'autrui, plus spécifiquement les semences paysannes. Ce vol est facilité par le fait qu'une variété circule dans des circuits paysans locaux n'empêche pas celui qui se l'approprie de la définir comme « nouvelle. »

    b) Le vol atteint ensuite des limites inimaginables lorsque les nouvelles lois étendent ce droit de propriété accordé à toute variété « similaire, » peu importe depuis combien de temps la variété en question existe. C'est-à-dire que les lois UPOV cherchent à imposer un vol avec rétroactivité. Une clause de ce type a été incluse en Colombie dans la résolution 970 de l'ICA (Institut colombien d'agriculture et d'élevage), une inclusion qui a été un des détonateurs de la grève agraire récente qui a forcé le gouvernement colombien à retirer cette résolution.

    c) Les sanctions contre ceux qui n'obéissent pas à l'absurde sont augmentées considérablement : permission de confisquer non seulement les semences considérées « illégales, », mais aussi les cultures, les plantations, les récoltes et les produits élaborés provenant de ces semences. Les procédures judiciaires liées à ces confiscations sont sommaires, ce qui veut dire qu'elles sont rapides et qu'elles comportent peu d'exigences relatives en matière de preuves. L'expérience pratique permet de craindre avec raison que les entreprises déploient des stratégies d'accusations multiples sans preuve pour intimider les paysans et les agriculteurs « récalcitrants. » La situation s'aggrave encore plus parce que l'on donne explicitement aux entreprises la possibilité de poursuivre les agriculteurs au criminel, avec des peines de prison.

    Voilà le cœur des lois UPOV. D'autres éléments très dommageables ont aussi été introduits dans quelques projets de loi. Le projet chilien initial donnait aux entreprises semencières le contrôle de l'application de la loi, créant par le fait même une police privée. Le projet argentin crée un registre obligatoire des utilisateurs des semences, ce qui signifie que toute personne désirant semer doit s'enregistrer.

    Mais les tentatives de privatisation vont encore plus loin que l'UPOV. La certification et les lois de commercialisation ont été centrales dans la privatisation des semences au Mexique et en Colombie. Le Brésil utilise des normes de commercialisation. En Argentine, la privatisation des événements biotechnologiques avance et dans l'ensemble du Cône sud, les entreprises construisent leur univers juridique parallèle en imposant des contrats privés de paiement de redevances. À cela s'ajoutent presque toujours des politiques de crédit et d'assistance technique qui exigent que le producteur utilise des semences provenant des entreprises ou des centres de recherche.

    Tous ces mécanismes agissent conjointement et se complémentent dans une tentative dont le but ultime est d'exercer par divers moyens un contrôle absolu sur les semences.

    La résistance croît et se multiplie

    Mais c'est aussi en Amérique latine où la résistance est la plus ferme et que les peuples sont parvenus à freiner dans de nombreux pays ces tentatives de réduire leur autonomie. Nous présentons ci-dessous un portrait de la situation dans les différents pays où le mouvement populaire et paysan a joué un rôle essentiel pour arrêter cette offensive des sociétés privées et où les luttes se poursuivent encore tous les jours.

    Chili

    L'offensive de l'UPOV au Chili est à peu de choses près la même que dans beaucoup d'autres pays. Divers articles de loi facilitent l'appropriation des semences locales par les entreprises, criminalisent l'utilisation des semences propres par le paysannat et imposent des conditions absurdes comme la possibilité pour les entreprises qui inscrivent une variété comme la leur d'empêcher l'utilisation de n'importe quelle semence qui lui ressemble. Et la menace de confiscation des semences, des cultures et des plantations fait partie des nouvelles menaces imposées aux familles paysannes qui osent continuer de faire ce qu'ils ont toujours fait.

    Mais les entreprises et le gouvernement ne prévoyaient pas la riposte sociale qui petit à petit s'est organisée au Chili. La loi sur les semences basée sur l'UPOV 91 a été approuvée en première lecture en 2010, malgré la forte opposition de diverses organisations paysannes — notamment l'ANAMURI et la CLOC-VC —, ainsi que de groupes sociaux de la société civile.

    Malgré ce premier échec, les organisations ont continué d'informer et de dénoncer la teneur de la loi et c'est pourquoi lorsque le Chili a adhéré à la Convention UPOV 91, l'opposition a été beaucoup plus large et active, poussant un groupe de sénateurs à demander au Tribunal constitutionnel qu'il déclare que cette adhésion était inconstitutionnelle. L'opposition a subi une nouvelle défaite, mais le travail d'information s'est poursuivi et amplifié de diverses façons, notamment des mobilisations sociales organisées dans le pays à partir de 2011.

    À l'heure actuelle, le rejet de la privatisation des semences et de la loi UPOV 91 est une préoccupation nationale et transversale qui jusqu'à récemment avait bloqué l'approbation en seconde lecture de ce projet de loi. Cependant, le gouvernement de droite — sous la pression du gouvernement des États-Unis — considère qu'il y a urgence et a tenté de faire adopter le projet de loi en seconde lecture avant que les organisations ne puissent réagir. Mais cette fois, la mobilisation a été nationale et a utilisé une multitude de moyens, que ce soit des manifestations partout au pays qui ont eu un impact important, des campagnes d'information par Internet, des émissions de radio, des entrevues à la télévision, des ateliers d'information dans les communautés rurales et les universités, des réunions avec des dirigeants religieux, des conversations et des échanges d'information avec des sénateurs, etc.

    L'impact de milliers de personnes mobilisées, faisant pression sur les sénateurs et protestant, a été suffisamment fort pour rompre, au moins partiellement, le silence complet des médias sur cette question au Chili et convaincre une majorité de sénateurs (21 sur 38) de s'engager à voter contre le projet de loi.

    Devant cette nouvelle situation, le gouvernement a décidé de ne pas soumettre le projet de loi au vote et d'attendre jusqu'après les élections de novembre 2013, lorsque plusieurs sénateurs qui se sont prononcés contre la loi auront quitté le Parlement.

    Au moment d'écrire ces lignes, au début d'octobre 2013, les organisations paysannes et de la société civile continuent de se mobiliser pour exiger que le vote de rejet ait lieu rapidement.

    Argentine

    Le projet de modification de la Loi sur les semences en Argentine est le fruit d'un lobby actif de Monsanto qui a débuté en 2003 lorsque l'entreprise a demandé des changements à la Loi sur les semences pour garantir la « sécurité juridique » de ses investissements dans les transgéniques. À l'époque, comme son message n'avait pas eu d'échos au gouvernement, Monsanto a annoncé qu'il se retirait du pays et n'introduirait pas de nouveaux événements transgéniques. Dans sa lutte pour obtenir le paiement de redevances, Monsanto a bloqué le débarquement de chargements complets de soja transgénique argentin dans des ports d'Europe en présentant des demandes judiciaires alléguant le soja contenait des gènes qui lui appartenaient et que l'Argentine refusait de payer les redevances. Finalement, l'Argentine a eu gain de cause lorsque les tribunaux européens ont rejeté les demandes de Monsanto.

    Bien qu'à la fin de la dernière décennie, le gouvernement a annoncé à plusieurs reprises qu'il allait présenter une nouvelle Loi sur les semences au Congrès, ce n'est qu'en 2012 qu'il a procédé à le faire, et ce, avec un changement de position radical. En juin 2012, la présidente Cristina Fernández a annoncé au Conseil des Amériques qu'à la suite de ses conversations avec Monsanto, cette société reprendrait ses investissements dans le pays en les axant autour d'une usine de transformation de maïs transgénique dans le quartier Malvinas Argentinas de la ville de Cordoba.

    Quelques mois plus tard, à une conférence de presse conjointe, le ministre de l'Agriculture Norberto Yahuar et le président de Monsanto Argentine Pablo Vaqueros ont annoncé l'approbation et le lancement du nouveau soja transgénique RR2 « Intacta » (résistant au glyphosate et doté de propriétés insecticides) et la modification de la Loi sur les semences pour protéger les investisseurs en raison des « frais énormes qu'ils supportent. » L'engagement qu'ils ont explicité était de présenter le projet de Loi au Congrès avant la fin de 2012 pour son étude et adoption.

    La réaction des organisations sociales ne s'est pas fait attendre et s'est amplifiée considérablement lorsque l'on a révélé que la version préliminaire soumise à la discussion était négociée en secret au sein du ministère de l'Agriculture par les grandes chambres semencières et les grands propriétaires terriens du pays. Le rejet de la modification à la Loi sur les semences s'est largement répandu dans la société et plusieurs collectifs ont inclus la revendication dans diverses activités, mobilisations, échanges et documents.

    Après avoir analysé une copie coulée de la version du projet soumise à la discussion, les organisations sociales ont conclu que le projet reprenait presque intégralement l'UPOV 91 et les restrictions que cette convention impose, en modifiant les articles de la loi en vigueur (datant de 1973).

    Le Movimiento Nacional Campesino Indígena (Mouvement national paysan indigène), conjointement avec les Amis de la Terre et GRAIN, a lancé une campagne de signatures qui en novembre comptait déjà plus de 500 adhésions d'organisations sociales et plus de 3 500 signataires individuels.

    Le document « 10 motivos para luchar contra el proyecto de ley que pretende privatizar las semillas en la Argentina » (10 raisons pour lutter contre le projet de loi qui vise à privatiser les semences en Argentine)4 déclare que « la loi proposée ne protège pas les connaissances ni la biodiversité; il ne fait qu'encourager la privatisation et protéger la propriété sur ce qui est un patrimoine collectif des peuples, notamment des communautés paysannes et des peuples autochtones. De cette façon, il étend un principe inacceptable, celui voulant qu'il soit possible et acceptable de privatiser les connaissances et les diverses formes de vie » et « il ouvre la porte à l'approfondissement de l'expropriation et de la privatisation de la biodiversité agricole et forestière de l'Argentine. Le projet de loi permet une plus grande privatisation des ressources génétiques et de la biodiversité indigène de l'Argentine en étendant les soi-disant droits de l'obtenteur sur les espèces végétales. » De plus, « il rend illégales ou restreint sévèrement les pratiques qui ont été en vigueur depuis la naissance de l'agriculture, par exemple la sélection, l'amélioration, l'obtention, la conservation, la multiplication et l'échange libres de semences obtenues dans une récolte antérieure. »

    Le document conclut avec un appel à « rejeter un projet de loi qui s'attaque sérieusement à l'ensemble des habitants de notre pays. L'agriculture est un domaine éminemment social, étant donné qu'il a pour rôle de maintenir et d'alimenter toute la population. Le fait de mettre en danger la sécurité et la souveraineté alimentaire de l'Argentine en concédant de nouveaux privilèges aux entreprises transnationales du secteur agricole revient à s'avancer vers la perte de la souveraineté de notre peuple. »

    Ce rejet catégorique a rapidement été repris par divers secteurs du parti au pouvoir et c'est pourquoi le projet de loi n'a jamais été introduit au Parlement, ce que les organisations sociales ont interprété comme une victoire partielle. Au cours des premiers mois de 2013, le ministre de l'Agriculture a déclaré que, comme il s'agissait d'une année électorale, le projet de loi ne serait pas soumis au Congrès, mais devant de nouvelles pressions évidentes de Monsanto, quelques semaines plus tard, le secrétaire de l'Agriculture a annoncé que le projet de loi serait introduit au Congrès immédiatement après les élections.

    Entre-temps, Monsanto ne reste pas les bras croisés et poursuit son offensive en obligeant les acheteurs de la nouvelle semence de soja transgénique RR2 « Intacta » à signer un « contrat de redevances étendues. » Monsanto annonce dans sa page Web sur cet événement de soja 5 que « Les producteurs qui désirent choisir, conformément à leurs critères et décisions, d'utiliser les semences de soja dotées de la technologie intacta rr2 devront signer avec Monsanto une licence limitée d'utilisation de la technologie. » C'est une manière particulière d'interpréter « les critères et la décision » des producteurs qui frise l'illégalité.

    Mobilisée et alerte, la société civile suit de près chaque pas effectué pour tenter de faire adopter le projet de loi et aujourd'hui, elle est présente dans la lutte que les membres des associations Asamblea Malvinas Lucha por la Vida et Madres de Barrio Ituzaingó Anexo mènent en bloquant depuis maintenant trois semaines le site de l'usine que Monsanto tente de construire.

    Colombie

    En avril 2012, le Congrès de la République de Colombie a adopté le projet de Loi 1518 par lequel la « Convention internationale pour la protection des obtentions végétales » a été approuvée, un des « devoirs » que le Traité de libre-échange avec les États-Unis lui imposait pour protéger les intérêts des grandes sociétés de l'agrobusiness.

    Les organisations sociales ont rapidement dénoncé que ce projet de loi avait été adopté en ignorant des dispositions de rang supérieur et des développements législatifs et jurisprudentiels qui consacrent l'obligation de l'État de garantir et de respecter les droits de ceux et celles qui relèvent de sa compétence et spécifiquement l'obligation de veiller sur la souveraineté et la sécurité alimentaire de la population.

    Selon le groupe Semillas et la campagne Semillas de Identidad, la Convention internationale a été ratifiée « sans garantir le droit fondamental de consultation préalable des minorités ethniques » et son objectif principal est de chercher à obtenir « la concession et la protection qui en découle des droits des obtenteurs de genres et d'espèces végétales en établissant, d'une part, des conditions spécifiques que ne peuvent remplir les variétés indigènes et créoles parce que l'amélioration génétique effectuée par les agriculteurs est basée sur une approche et des principes totalement différents de ceux qu'utilisent les sélectionneurs modernes, et d'autre part, la portée de sa reconnaissance qui protège les intérêts économiques de certains et impose l'utilisation de semences légalement protégées à la demande des entreprises transnationales. » 6

    En se basant sur cette analyse, plusieurs organisations ont présenté une requête devant la Cour constitutionnelle et ont obtenu, en décembre 2012, que la Cour constitutionnelle déclare que la Loi 1518 était INAPPLICABLE. 7 Ainsi, la progression de l'UPOV 91 a pu être freinée parce que les peuples indigènes et tribaux n'avaient pas été consultés au préalable à propos des mesures législatives ou administratives qui les touchent directement, en vertu de la Convention 169 de l'OIT, dont l'article 6 établit le caractère obligatoire de la consultation en question. Bien que la menace de l'approbation de l'UPOV est maintenue, le processus de consultation exigé par la Cour n'a à ce jour toujours pas commencé. Cela a suscité la préoccupation des États-Unis qui ont fait savoir dans les médias qu'ils avaient « tous les droits de demander que la Colombie compense les dommages causés par la décision de la Cour constitutionnelle de déclarer les lois 1518 et 1520 inapplicables, lesquelles ont établi une série de normes exigées par la signature du Traité de libre-échange avec ce pays. »8.

    Mais en 2013, les événements liés aux luttes paysannes ont remis les semences à l'avant-scène. Après la diffusion du documentaire « 9.70 la historia de la semilla privatizada » (9.70 histoire des semences privatisées)9 de la jeune réalisatrice Victoria Solano, l'impact des lois qui privatisent les semences a commencé à avoir un écho important au sein de la société.

    La disposition 9.70 de l'ICA (Institut colombien de l'agriculture et de l'élevage) date de l'année 2010 et prétend contrôler la production, l'utilisation et la commercialisation des semences au pays. Cette résolution qui applique les concepts de la propriété intellectuelle aux semences a été décrétée en tant que condition préalable à l'approbation du Traité de libre-échange entre la Colombie et les États-Unis. Selon les auteurs, » le documentaire analyse les effets de la résolution en prenant comme exemple le cas de Campoalegre, un village au sud de la Colombie où cette résolution a été appliquée. En 2011, l'ICA est intervenu dans la municipalité pour saisir 70 tonnes de riz, est revenu ensuite avec les forces de l'ordre et a finalement détruit les semences dans un dépotoir en alléguant qu'elles étaient illégales. «

    Le grand succès public du documentaire a coïncidé avec le début des mobilisations paysannes du 19 août qui ont secoué le pays et le retrait de la disposition 9.70 a rapidement été ajouté aux multiples revendications paysannes. Ces luttes ont permis de « geler pendant deux ans » le règlement 9.70, ce qui représente un immense triomphe pour les organisations paysannes et sociales de la Colombie. Cependant, à l'heure actuelle, il est clair que le peuple de la Colombie exige que cette résolution soit tout simplement abrogée tout comme toute autre tentative d'imposer l'UPOV 91 par d'autres moyens.10.

    Venezuela

    Au Venezuela, un projet de modification de la Loi sur les semences à l'ordre du jour de l'Assemblée nationale suscite une vive préoccupation au sein des organisations sociales. D'une part, ce projet de loi crée une situation très complexe, car il vise à réglementer l'interdiction des transgéniques au Venezuela et en même temps réglementer plusieurs questions liées à la propriété intellectuelle.

    La campagne Venezuela Libre de Transgénicos (Venezuela sans transgéniques)11 a assuré un suivi de ce projet de loi et produit des observations dans lesquelles elle propose « l'interdiction des semences transgéniques dans le pays ainsi que de tout type de droit de propriété intellectuelle ou de brevets sur les semences et demande que le débat sur le projet de loi soit élargi au moyen d'une démarche collective avec les collectifs et les mouvements populaires révolutionnaires. »

    Les promoteurs du projet de loi affirment publiquement que la loi interdirait les transgéniques au Venezuela, mais la campagne a exprimé sa préoccupation en ce qui concerne : « notamment, l'articulation du projet de loi qui continue de reconnaître des droits d'obtenteur (détenteur de propriété intellectuelle sur les semences), ne définit pas clairement les mécanismes de contrôle et de sanction des semences transgéniques, établit des contrôles rigoureux sur les semences paysannes, établit des sanctions qui peuvent criminaliser les pratiques d'échange traditionnelles et n'établit toujours pas de mécanismes de participation du pouvoir populaire; ce sont tous des points que nous considérons des éléments de lutte du mouvement populaire dans le débat sur ce projet de loi. »

    L'engagement d'un large débat public et la forte mobilisation des mouvements sociaux ouvre la voie à des modifications au projet de loi qui répondent aux demandes exprimées.

    Mexique

    Après l'entrée en vigueur de l'ALÉNA, une série de lois ont été adoptées12 dont la « Ley de Variedades Vegetales » (Loi sur les variétés végétales, 1996)13, l'entrée en vigueur de la loi sur la biosécurité de 200514 et la nouvelle loi sur les semences de 200715 au moyen desquelles le système juridique mexicain a fait un très grand pas vers l'enregistrement, la certification, le brevetage et la privatisation des semences, en cherchant à imposer les semences conçues en laboratoire et en criminalisant la conservation et l'échange de semences indigènes à travers les réseaux de confiance qui, des siècles durant, ont été à la base des systèmes alimentaires indigènes et paysans partout au pays.

    Bien que le Mexique n'a pas ratifié la version de 1991 de la Convention, sa loi sur les semences de 2007 fait déjà explicitement la promotion de la criminalisation des semences indigènes, des conditions incompatibles avec le comportement des semences dans la vie quotidienne des communautés et établissant des critères abstraits de qualité et une « stabilité » qui entraînerait un gel de leurs caractéristiques, c'est-à-dire, à toutes fins pratiques, « on empêche les semences locales de continuer à évoluer16. »

    Cette loi, avec la Loi sur les variétés végétales de 1996 (laquelle constitue une partie des obligations des membres de l'UPOV) et son règlement de 1998, a permis l'exploitation et l'utilisation privées des variétés végétales et des matériels de propagation et leur concession payée et vente au moyen de règlements très favorables aux entreprises semencières.

    En 2012, une multitude d'organisations paysannes et de la société civile sont parvenues à bloquer la tentative d'amender la Loi fédérale sur les variétés végétales pour la rendre conforme à l'UPOV 91. La réforme aurait eu des effets très sérieux parce qu'elle accordait aux obtenteurs privés « l'avantage exclusif [monopoliste] provenant de la vente de semences ou d'autres matériels végétaux pendant jusqu'à 15 ans, ou 18 dans le cas des plantes vivaces, ornementales et forestières — même lorsque les plantes qui sont utilisées pour le développement de nouvelles variétés sont du domaine public17. » Les organismes génétiquement modifiés étaient inclus pour être cohérent avec la loi sur la biosécurité, « ce qui est absurde étant donné que les OGM sont créés en introduisant du matériel génétique qui n'est pas végétal18. »

    La loi renforcée sur les variétés végétales aurait été cruciale pour donner du poids à la loi sur les semences de 2007, car elle aurait encouragé la création d'une police sur les semences, un système de contrôle et de confiscation des semences non certifiées, absurdement qualifiées de semences « pirates, » parce qu'elles n'auraient pas été accompagnées d'une facture, d'un enregistrement ou d'une certification, même si elles avaient été conservées et échangées depuis au moins six mille ans. La réforme de la Loi sur les variétés a été remise à plus tard, mais ce serait une erreur de penser que le processus de son approbation a été interrompu19.

    Ailleurs en Amérique latine et dans les Caraïbes, la situation varie selon qu'il y existe ou non un traité de libre-échange signé avec les États-Unis. Parce qu'ils ont signé le CAFTA (Accord de libre-échange de l'Amérique centrale, de la République dominicaine et des États-Unis), le Costa Rica et la République dominicaine ont dû changer leurs législations pour les adapter aux exigences de ce traité; il en va de même pour le Pérou qui a également signé un accord de libre-échange avec les États-Unis. Dans le reste du continent, il n'y a pas d'offensive en ce moment, mais les pressions exercées pour que les pays adhèrent à l'UPOV 91 sont permanentes et il est fort probable que certains pays, le Paraguay par exemple, fassent l'objet d'une offensive dans ce sens au cours des prochains mois.

    La résistance produit ses fruits

    Ce qui surprend dans un contexte de progression de l'agrobusiness dans toute la région, c'est que la résistance au contrôle corporatif des semences a donné des fruits dans presque tous les pays qui ont subi l'offensive de l'agrobusiness.

    En Argentine, le projet de loi sur les semences n'est pas allé plus loin que les discussions secrètes au ministère de l'Agriculture et n'a jamais été présenté au pouvoir législatif.

    Au Chili, les organisations ont convaincu une majorité des sénateurs de s'engager à voter contre le projet de loi Monsanto.

    En Colombie, la mobilisation paysanne est parvenue à bloquer la résolution 9.70.

    Au Venezuela, il existe des engagements fermes pour que les principes mis de l'avant par Hugo Chávez ne soient pas trahis.

    Au Mexique également, les luttes sociales ont empêché que la Loi fédérale sur les variétés végétales soit modifiée pour mieux se conformer à l'UPOV 91.

    Tous ces événements ont eu lieu au mois d'octobre 2013. Nous ne savons pas ce que nous réservent les prochains mois. Mais il est clair que ces victoires ne signifient pas que les batailles contre l'appropriation soient gagnées. Les mouvements sociaux sont très conscients que la situation actuelle présente le défi de poursuivre la construction d'arguments, le développement de la conscience et la recherche de nouveaux alliés pour affronter les offensives qui seront lancées à partir de maintenant et continuer de défendre les semences en tant que patrimoine des peuples au service de l'humanité; de donner corps à ce beau slogan de la campagne des semences de la Via Campesina.


    4 « 10 motivos para luchar contra el proyecto de ley que pretende privatizar las semillas en la Argentina, » MNCI, CLOC-VC Argentine, GRAIN, AT, ACBIO, 2 octobre 2012.

    5 Monsanto, « Licencia de uso, Intacta rr2 ».

    6 « Propiedad intelectual y patentes, » Grupo Semillas, 18 mai 2012.

    7 « Colombia: Declarada inexequible la 'Ley de Semillas', » Biodiversidad, 12 décembre 2012.

    8 « Caída de leyes de obtentor y de Internet afectaría TLC, » Portafolio, 27 janvier 2013.

    9 « 9.70, la historia de la semilla privatizada, » Clementina Producciones - Victoria Solano, 2013.

    15 « Ley Federal De Producción, Certificación Y Comercio De Semillas » (pdf), Gouvernement du Mexique, 15 juin 2007.

    19 Ibid


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  •   Et voici où finissent les invendus de Hermès, Vuitton, Chanel et autres grandes marques de luxe ?

     Mis à jour le 09-09-2013       Thiébault Dromard   Par Thiébault Dromard (Challenges)

    Officiellement Vuitton ou Hermès ne soldent jamais... dans leurs magasins. Mais certains privilégiés profitent de très discrètes opérations de déstockage.

    Vente privée de produits de luxe organisée par Luxe for all. DR

    Vente privée de produits de luxe organisée par Luxe for all. DR
     

    Cette opération est réalisée dans le plus grand secret. Seulement une dizaine de salariés de la maison Hermès, tirés au sort parmi les 10.000 collaborateurs, en seront témoins. Au petit matin, ils se sont retrouvés devant l’incinérateur de Saint-Ouen, en Seine-Saint-Denis. Un rendez-vous bien inhabituel pour ces artisans du cuir plus habitués à se retrouver dans leurs ateliers de Pantin que devant les grandes cheminées de cette usine traitant des déchets, où vont finir en cendres quelques-uns des plus beaux produits du groupe de luxe. Un représentant d’un cabinet d’huissier les rejoint. "Les produits Hermès sont arrivés par camions entiers, encore dans leurs boîtes orange pour certains, raconte un salarié témoin de la scène. Notre rôle consiste à vérifier que tout est effectivement détruit et que personne ne se sert au passage."

    C'est une question d'image de marque

    Jetés dans une gigantesque fosse, les vêtements ou chaussures du sellier, vite recouverts d’immondices venus d’ailleurs, sont brûlés. Aucune photo n’atteste de cette scène : les collaborateurs d’Hermès sont tenus au secret. Le sujet est un tabou de l’industrie du luxe. Qui comprendrait qu’à l’heure du développement durable, et alors que la France traverse une crise économique, la maison procède ainsi pour se débarrasser de ses stocks ? Pourtant, elle n’a pas le choix. "C’est la solution ultime quand toutes les autres ont été épuisées, confirme un ancien dirigeant. Hermès a conscience qu’en termes d’image, c’est délicat, mais c’est la seule façon de conserver l’exclusivité de la marque."

    Hermès n’est d’ailleurs pas le seul grand nom du luxe à détruire ses stocks. Chanel, Vuitton, Dior ou encore Prada font de même. Car "aussi attractive que soit une marque de luxe, elle ne peut pas tout vendre", rappelle Serge Carreira, expert du luxe à Sciences-Po. Mais jamais un sac Kelly ou Vuitton ne sera brûlé. "C’est le prêt-à-porter, du fait de sa saisonnalité et des effets de mode, qui donne lieu à des stocks importants et à des destructions éventuelles", nuance-t-il.

    Ristournes accordées en toute discrétion

    Avant d’en arriver à cette étape spectaculaire, les marques de l’ultraluxe ont d’autres options, moins extrêmes, pour évacuer leurs marchandises. Ainsi, au fin fond de Malakoff dans les Hauts-de-Seine, entre deux barres HLM, c’est dans une distillerie désaffectée, l’Espace Clacquesin, que Vuitton a organisé ses ventes très privées le 21 juin. Le personnel est passé la veille, raflant déjà une partie des produits. Les prix sont attractifs : les réductions sont de l’ordre de 50%, comme ce maillot de bain au prix public de 550 euros proposé à 275 euros. Un client tente de prendre une photo, avant d’en être empêché par un vigile. Personne ne doit savoir que Vuitton accorde à quelques privilégiés la possibilité d’avoir accès à des produits à prix cassés. Car pour le commun des mortels, il n’y a qu’une règle que répétait en boucle Yves Carcelle, l’ancien patron de la marque : "Vuitton ne fait jamais de soldes."

    Deux ans de purgatoire pour les invendus de Chanel

    Les ventes privées restent pour les grandes marques le meilleur moyen de déstocker massivement. Même si "notre nouveau système informatique nous permet de connaître chaque semaine nos niveaux d’invendus en boutiques et de limiter les stocks", indique la marque. Car, à l’exception de Prada qui dispose de son magasin de déstockage dans la banlieue de Florence, aucun grand nom du luxe ne confie ses produits à des tiers ni ne pratique de soldes en magasins. Le sacro-saint principe d’exclusivité ne s’en remettrait pas ! Ainsi Chanel enferme durant deux ans ses collections de prêt-à-porter et d’accessoires dans un entrepôt, tenu secret, près de Chantilly, dans l’Oise. Les articles sont donc vieux de plusieurs saisons quand ils sont proposés à l’Espace Champerret, en novembre, à une liste de VIP prêtes à faire des heures de queue pour un sac à quelques centaines d’euros. "Les produits sont vendus à seulement 10 à 20% de leur prix public", révèle une salariée de Chanel. A ce tarif, la clientèle d’un jour accepte tout, y compris de se changer en public faute de cabines d’essayage !

    Hermès, lui, ne réserve pas ses soldes à une liste de privilégiés. Chaque année, le sellier donne rendez-vous à ses fans au Palais des Congrès, à Paris. Sans le crier sur les toits. Juste un minuscule encart dans Le Figaro. "Le bouche-à-oreille fonctionne à merveille", relève une vendeuse. Des portants sont alignés dans une salle éclairée par des néons blafards. On est loin de l’ambiance du magasin du Faubourg. Prêt-à-porter, cravates, chaussures, linge de maison sont présentés avec des réductions oscillant entre 40 et 60%. "Les trois jours de soldes permettent de déstocker en moyenne, selon les années, les trois quarts de la marchandise", souligne un cadre qui ne veut surtout pas être cité.

    "Momo le nettoyeur"

    Enfin, les marques de luxe ont une ultime solution, plutôt que la destruction pure et simple des stocks: se faire racheter sa marchandise. L’opération est top secret. Une poignée d’acteurs tient ce marché. -Essentiellement des entreprises américaines, comme Chiron, dirigée par Maurice Goldberger, dit "Momo le nettoyeur", qui chaque année achète pour 2 à 3 millions de dollars de marchandises auprès de grandes marques, d’horlogerie suisse notamment. "Il revend ses produits aux Etats-Unis et au Canada, des pays où la culture du déstockage en magasins d’usine premium est très forte, et où la cohabitation avec un réseau de boutiques traditionnelles est possible, confirme Michaël Benabou, associé du site Vente privée et spécialiste des marchés du luxe. Il en écoule aussi dans des zones où les marques sont peu implantées, comme en Amérique du Sud ou en Afrique."

    Autre racheteur, l’entreprise Simah, père et fils, en France, travaille depuis plus de vingt ans avec une trentaine de marques de luxe. Très discrète, cette PME familiale – plus de 10 millions de chiffre d’affaires – écoule de belles pièces, "dans des pays où les marques sont peu implantées", précise Kevin Simah, le fils, qui ouvre à Paris sa première boutique de revente de produits de luxe. Son défi ? Convaincre les plus grandes marques de ne pas envoyer leurs stocks à l’incinérateur.


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  • le bon choix au supermarché (Thierry SOUCCAR....)

    2013     320 p.    15,80 € 

    Il existe des milliers d'aliments en supermarché. Comment être sûr(e) de faire le bon choix pour la santé lorsqu'on fait ses courses ? Comment faire la différence entre les produits sains et ceux qui sont bourrés de calories, d'amidon modifié, d'additifs et de graisses dangereuses ? Impossible sans ce livre, devenu une référence.

    Dans cette nouvelle édition entièrement mise à jour, nous avons analysé et évalué plus de 700 aliments du supermarché. Vous n'avez plus qu'à suivre le guide !
    Rayon par rayon, vous identifiez visuellement les produits de bonne qualité nutritionnelle et ceux qu'il vaut mieux éviter. Vous saurez notamment que :

    - Les yaourts Taillefine sont allégés en graisses mais bourrés d'additifs inutiles
    - Les bâtonnets de crabe contiennent plus de sucres que de protéines
    - L'huile isio4 est bien meilleure pour la santé que Fruit d'Or oméga 3 et 6
    - Le jambon sec d'Auvergne est deux fois moins salé que le jambon d'Aoste

    Illustré et simple à utiliser, ce livre est aussi un guide complet de nutrition pratique.

    Revue de presse

      Ce livre a le mérite de la clarté face à l'abondance d aliments transformés, composés d'une liste d'ingrédients interminables et incompréhensibles et de slogans trompeurs. C'est instructif, utile et facile à appliquer. 
    Le Monde

    Les auteurs

      8 journalistes scientifiques et diététiciens de LaNutrition.fr, sous la direction de Thierry Souccar. Basé sur les connaissances scientifiques les plus récentes, un livre rédigé dans l'indépendance la plus absolue.

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  • Comment on déclenche une boucherie universelle

    Vendredi 13 Septembre 2013    Guy Konopnicki   (Marianne)


      L'historien australien Christopher Clark publie les Somnambules (Flammarion), époustouflant récit d'une marche à la guerre qui commence, en 1903, par un coup d'Etat particulièrement sanguinaire en Serbie et trouve son aboutissement lorsqu'un nationaliste serbe assassine, à Sarajevo, l'archiduc héritier du trône d'Autriche-Hongrie, François-Ferdinand. Démontage d'un mécanisme qui, quelle que soit la volonté des hommes, va provoquer le pire holocauste de l'histoire universelle.


    Capture d'écran Apocalyspe, Youtube
    Capture d'écran Apocalyspe, Youtube
     
    Qui furent les principaux responsables. Il y a cent ans, des gens ordinaires, apparemment sensés, bons père de famille et peut-être bons époux, souvent intelligents, toujours cultivés, vont enclencher, froidement, en toute bonne conscience, un engrenage qui déclenchera une guerre quasi universelle, qui ne se terminera qu'en 1945. Guerre qui se soldera par plus (peut-être même beaucoup plus) de 50 millions de morts... Car la Première Guerre mondiale et la Seconde ne font qu'une, en vérité. La seconde n'est que l'inéluctable conséquence de la première.

    Comment cela fut-il possible ? Comment a-t-on pu permettre, commettre, puis assumer un crime d'une telle effroyable ampleur ? Aucun des monstres révélés par les plus horribles de nos faits divers n'a fait pire. Quelles furent les motivations des serial killers de 1914 ? Quelle force irrépressible les a fait basculer dans cette folie meurtrière ?

    Evidemment, une question nous taraude : quel est le principal responsable de cet holocauste ? Quel personnage, quel pays ? La Serbie, dont l'hystérie nationaliste a inspiré, et peut-être instrumentalisé, l'attentat de Sarajevo contre l'héritier du trône d'Autriche ? L'étrange personnage surnommé Apis, un officier serbe auteur d'un coup d'Etat précédent, qui organisa cet attentat ? L'Autriche, qui sauta sur l'occasion pour humilier la Serbie et châtier le peuple serbe ? La Russie, qui, désirant imposer son leadership dans les Balkans, et apparaître comme la protectrice de tout le monde slave, se mit, pour se faire, au service du nationalisme et de l'expansionnisme serbe ? La France, qui avait conclu avec la Russie tsariste une alliance qui l'entraînait mécaniquement dans toute guerre voulue par Saint-Pétersbourg ? L'Italie, qui, en envahissant la Libye pour profiter de la crise de l'Empire ottoman, incita la Serbie à envahir l'Albanie, ce qui inquiéta l'Autriche.

    Cette guerre que ne désirait pas l'Allemagne

    Paradoxalement, outre la Grande-Bretagne entraînée dans ce conflit qui ne la concernait guère : par suite de l'Entente cordiale, avec la France, le pays qui redoutait le plus ce conflit, c'était l'Allemagne. Cette guerre, elle la préparait mieux que les autres, mais, prise entre deux feux, entre l'alliance franco-britannique à l'ouest et la Russie à l'est dont elle surestimait la puissance militaire, elle ne la désirait pas. A la veille de son déclenchement, le Kaiser, l'empereur d'Allemagne, était en croisière. Seuls certains chefs militaires allemands affirmaient : « Nous sommes encerclés. Mieux vaut donc que l'affrontement ait lieu aujourd'hui sans quoi nous serons écrasés demain. »

    En fait, si tous les protagonistes, en particulier le tsar Nicolas II et le président français Poincaré, ont leur part, leur très grande part de responsabilité, aucun n'imaginait, et donc ne le désirait point, que l'affrontement se généraliserait à ce point et atteindrait un tel degré de violence paroxystique. L'implacable logique des choses l'emporta sur la volonté des esprits. Un mécanisme infernal s'emballa et personne ne fut plus en mesure de le stopper. Les apprentis sorciers avaient déchaîné des forces aveugles qui les dépassaient et les submergeaient.

    Reconstituons cette machinerie devenue folle. Tout commença en 1903 par un coup d'Etat militaire particulièrement sauvage en Serbie...

    Des comploteurs d'opérette prêts à tout

    Pour sanguinaire qu'il fût, le massacre de Belgrade n'inquiète pas cependant Londres et Paris, ces capitales brillantes qui viennent de célébrer l'avènement du siècle de l'électricité et du progrès. Sir Francis Plunkett, ambassadeur de Grande-Bretagne à Vienne, est frappé par « le calme extraordinaire avec lequel un crime aussi atroce a été accepté ». Les conséquences de ce crime vont pourtant être considérables. Cerveau de cette « révolution », le lieutenant Dragutin Dimitrijevic ne revendique pas le pouvoir pour lui-même. Si ce n'était le sang répandu, il passerait facilement pour un comploteur d'opérette avec ses uniformes rutilants et sa carrure qui lui vaut d'être surnommé Apis, comme le dieu taureau de l'Egypte. Comment prendre au sérieux ces conjurés qui se réunissent au grand jour dans les cafés enfumés de Belgrade, se retrouvent à table au mess des officiers et qui vont fonder publiquement une société secrète, La Main noire ? Et pourtant, ce groupe d'officiers menés par Dragutin Dimitrijevic va mettre le feu à l'Europe.

    Explications : la Serbie de 1903 n'est qu'un petit pays taillé dans les décombres de l'Empire ottoman, lorsque Pierre Karadjorjevic devient Pierre Ier de Serbie à la faveur du massacre de la dynastie rivale des Obrenovic.

    A priori, Pierre Ier a tout pour rassurer Londres et Paris. Il a vécu l'essentiel de sa vie en Suisse et en France et il affiche une solide culture anglophone. La nouvelle Constitution adoptée semble démocratique et le gouvernement revient à un radical, Nicolas Pasic, qui ne semble guère différent des politiciens de Paris et de Londres. On ne s'inquiète pas trop du pouvoir parallèle constitué par les officiers conjurés et massacreurs. La Serbie est pauvre et ne peut équiper son armée sans s'endetter auprès des grandes puissances. La concurrence en Europe étant ce qu'elle est, il lui suffira de s'intéresser aux armements allemands pour que la France consente des crédits quasi illimités permettant d'acheter les meilleures productions des usines d'armement françaises. Et, plus la France investit en Serbie pour faire la pige à l'Allemagne, plus elle est entraînée dans le sillage de l'aventurisme serbe.

    La Russie se pose en protectrice du nationalisme serbe

    L'importance de la Serbie doit plus à sa situation géographique qu'à ses maigres richesses. Son grand voisin, l'empire d'Autriche, survit sous la forme d'une double monarchie d'Autriche et de Hongrie dont le faste, la splendeur des fêtes et la brillance intellectuelle et musicale dissimulent mal qu'elle avance, avec la plus belle inconscience, vers la catastrophe finale.

    L'affaiblissement de la Turquie donne à Vienne l'illusion d'être la puissance dominante des Balkans. La première monarchie serbe se présentait comme l'alliée de l'Autriche-Hongrie. Le coup de force de 1903 change brutalement la donne. Belgrade entend désormais disputer à Vienne les scories balkaniques de l'Empire ottoman. Les Russes, qui ont avalé la Crimée, y voient l'occasion de pousser, eux aussi, leurs pions. Les Serbes ne sont-ils pas, comme eux, des Slaves de religion orthodoxe ? La situation s'envenime, dès la fin 1903, lorsque la Serbie et la Bulgarie, encouragées par la Russie, se rapprochent, forment secrètement une union douanière qui évolue rapidement vers une alliance politique et militaire. Vue de Vienne, cette alliance slave des Balkans, soutenue par Saint-Pétersbourg, ressemble à un encerclement.

    Puisqu'il en est ainsi, l'Autriche-Hongrie décide, en septembre 1908, d'annexer la Bosnie-Herzégovine. Hurlement de Belgrade qui en appelle à la solidarité armée de tous les Serbes. Le ministre russe des Affaires étrangères propose un compromis : la Russie accepte l'annexion en échange du soutien de l'Autriche-Hongrie à la revendication russe de libre accès aux détroits qui permettrait à la flotte russe de croiser en Méditerranée. Seulement, l'Angleterre, quoique liée à la Russie par un accord, n'est guère pressée de voir les Russes sortir de la mer Noire pour piétiner ses plates-bandes. La pression britannique oblige les Russes à dénoncer l'accord, et donc l'annexion de la Bosnie par l'Autriche. Le tsar Nicolas II jure qu'il n'a jamais soutenu la démarche de son ministre, lequel affirme avoir été dupé par les Autrichiens.

    L'empire des Habsbourg d'Autriche «gémit», perclus de rhumatismes

    Occasion ratée. Les antagonismes s'exacerbent.

    Cependant, les deux empires qui s'opposent masquent mal leur décrépitude. Le tsar Nicolas II achève tout juste de contenir la poussée révolutionnaire de 1905. Il a mené une effroyable répression tout en concédant une vague libéralisation du régime. En fait, il trouve l'occasion de conforter son trône chancelant en réveillant le chauvinisme russe et en jouant la solidarité slave et orthodoxe. En 1909, il expédie un nouvel ambassadeur à Belgrade, Nicolas Hartwig, considéré en Autriche comme «un fanatique slavophile». Celui-ci va, en effet, systématiquement jeter de l'huile sur le feu.

    On a fêté, en 1908, à Vienne, les 50 ans de règne de François-Joseph, mais les fastes du jubilé ne trompent personne.

    Dominé par deux nationalités minoritaires, les Allemands et les Hongrois, le vieil empire est une mosaïque de peuples, des Polonais aux Italiens, en passant par les Ukrainiens, les Ruthènes, les Roumains, les Tchèques, les Slovaques, les Slovènes, les Croates et les Bosno-musulmans.

    Les tensions nationales, ethniques et religieuses sont partout. Entre Tchèques et Allemands, entre les Polonais de Galicie et les minorités ruthènes et ukrainiennes des Carpates, entre Hongrois et Roumains en Transylvanie, Hongrois et Serbes en Voïvodine, entre Serbes et Croates en Croatie-Slavonie, et, bien sûr, en Bosnie et en Herzégovine, récemment annexées, où la tension avec une population musulmane s'ajoute à l'hostilité entre Serbes et Croates.

    Certes, de Trieste à Cracovie, de Cernovice à Ljubljana, l'Autriche-Hongrie semble florissante, elle connaît une forte croissance économique et une formidable vie culturelle. Mais Vienne, Budapest et Prague ont beau être les capitales de la musique, l'Autriche-Hongrie se débat dans une assourdissante cacophonie. Les malheurs du vieil empereur François-Joseph fourniront de beaux scénarios de cinéma, son fils Rodolphe s'est suicidé, pour des raisons sentimentales, à Mayerling, l'impératrice Elisabeth, «Sissi», est assassinée en Suisse. La succession du trône revient à un neveu de François-Joseph, l'archiduc François-Ferdinand, dont le mariage avec une simple comtesse tchèque, Sophie Chotek de Chotkowa, est considéré comme une mésalliance. L'archiduc n'est pas seulement un successeur obligatoire, c'est un homme politique convaincu de la nécessité de réformer l'empire et de mieux y intégrer les composantes slaves.

    Les Balkans : champ clos des affrontements. Les intérêts impérialistes

    La petite Serbie, elle, s'enflamme. Son nationalisme devient d'autant plus exalté qu'elle se sent soutenue par la «grande» Russie (et indirectement par la France). Elle veut regrouper, sous sa férule, les Serbes de Macédoine, de Voïvodine et de Bosnie-Herzégovine. Elle lorgne sur le Monténégro, qui dispose d'un accès à l'Adriatique, et regarde vers l'Albanie, enclave ottomane qui accède à l'indépendance en 1912.

    Comment les Balkans, qui ne constituent pas, loin s'en faut, un eldorado regorgeant de richesses naturelles, peuvent-ils embraser l'Europe entière ? En fait, ils catalysent les tensions qui s'accumulent entre des puissances européennes qui se disputent des continents entiers, et en particulier l'Empire ottoman.

    La France s'est consolée en Afrique et en Extrême-Orient de la perte de l'Alsace et d'une partie de la Lorraine. La nostalgie des territoires perdus nourrit sans doute la littérature, les romans nationaux d'Erckmann-Chatrian, la prose envoûtante de Maurice Barrès et la poésie de Charles Péguy, mais les politiques, depuis Jules Ferry, regardent ailleurs, préférant les conquêtes coloniales au rêve d'une reconquête.

    C'est en Afrique, et en Afrique du Nord tout particulièrement, que l'on s'efforce de limiter la présence allemande. Maîtresse en Algérie, protectrice de la Tunisie, la France veut renforcer sa présence au Maroc, malgré l'opposition allemande. Pour y parvenir, elle se rapproche de l'Angleterre. La IIIe République cultive le souvenir de la Révolution française, mais elle ne tient nullement à s'isoler face à une Europe presque entièrement constituée de monarchies. Si les liens du sang fondaient la politique, la République française serait en face d'une coalition écrasante. Le Kaiser d'Allemagne, Guillaume II, et le roi George V d'Angleterre sont tout deux petits-fils de la reine Victoria. La très fantasque tsarine, épouse de Nicolas II, Alexandra Hesse Darmstadt, est également une petite-fille de Victoria. Les mères de George V et de Nicolas II sont sœurs. Le Kaiser et le tsar Nicolas descendent l'un et l'autre du tsar Paul Ier. La grand-mère du tsar n'est autre que Charlotte de Prusse, grand-tante de Guillaume II.

    Si le roi d'Angleterre ne se mêle pas directement du gouvernement, le Kaiser d'Allemagne et le tsar - les deux termes signifient «César» - demeurent, eux, de véritables chefs d'Etat.

    La France construit le système d'alliances qui va rendre tout conflit mondial

    La France compense l'instabilité de ses gouvernements par la permanence de ses institutions et de sa bureaucratie. Les ministres passent, les ambassadeurs restent : des diplomates jouent ainsi un rôle considérable.

    Ministre des Affaires étrangères presque inamovible, Théophile Delcassé a fixé la ligne de la politique française : l'alliance avec l'Angleterre est plus précieuse que tous les territoires disputés en Afrique. Ce pourquoi la droite nationaliste se déchaîne contre lui et la presse le traîne la boue ! En 1899, il est, cette fois, critiqué à gauche pour avoir relancé l'alliance franco-russe qui devient de plus en plus clairement une alliance militaire. Le tsar Nicolas II se rend triomphalement à Paris, les Russes et les Français organisent des parades et des manœuvres communes. Ce rapprochement avec le plus antidémocratique des régimes européens heurte bien Jean Jaurès, mais l'opinion républicaine l'approuve, parce qu'il paraît clairement dirigé contre l'Allemagne. Théophile Delcassé n'est pas un va-t-en-guerre, mais il a mis au point un redoutable système d'alliances, qui donne au moindre conflit une dimension européenne, sinon mondiale.

    Il ne reste plus qu'à rapprocher les deux alliés de la France, l'Angleterre et la Russie. C'est chose faite en 1907. Les Russes et les Anglais se mettent d'accord sur les zones d'influence respectives, comme sur le partage des dépouilles de l'Empire ottoman. Tout est donc en place..., si une partie s'embrase, le tout flambe. La France s'est engagée à défendre la cause serbe et la politique russe dans les Balkans, la Russie en retour soutiendra les revendications françaises sur l'Alsace et la Moselle.

    Curieusement, dans cette danse macabre des diplomaties européennes, cette question d'Alsace et de Moselle semble bien enterrée. Elle hante certes la politique française, du moins dans les discours, les journaux, les pamphlets et les chansons ; mais tous les conflits portent sur les partages coloniaux ou sur les Balkans, jamais sur cette revanche dont rêvent les Français depuis 1870 ! Les plus germanophobes des Français préparent les conditions de la guerre sans jamais évoquer l'Alsace. Les regards sont tournés vers la ligne bleue des Vosges, mais la pratique passe par l'Afrique du Nord et les Balkans.

    L'Italie met le feu aux poudres

    L'Italie (membre de la Triple Alliance avec l'Autriche et l'Allemagne) veut une part du partage colonial et se lance à l'assaut de la Libye, profitant à son tour de la décrépitude ottomane. Et, puisque les Italiens attaquent un lambeau de l'Empire turc, les Serbes, les Monténégrins et les Bulgares se sentent en droit d'arracher les dernières possessions balkaniques de Constantinople.

    Conséquence : la guerre éclate dans les Balkans en 1912. Le roi Pierre Ier de Serbie prend la pose du libérateur des peuples frères opprimés par les Turcs. Les Grecs cherchent à reprendre Salonique, les Bulgares entrent en Macédoine. Du coup, Serbes et Grecs se retournent contre les Bulgares. Micmac sanglant. La Russie tente d'arbitrer et de fédérer les Slaves tout en cherchant un accord avec Constantinople : la détente contre le passage de la flotte russe dans les détroits ! Ce n'est plus une guerre, c'est un imbroglio. La Serbie remporte toutefois une victoire hautement symbolique sur les lieux mêmes de sa défaite devant les Ottomans en 1389 : le Kosovo ! La libération de cette province historique rehausse le prestige du roi Pierre Ier et, surtout, celui des militaires nationalistes.

    Au même moment, sur le front colonial, une provocation allemande au large d'Agadir tourne court. Joseph Caillaux dirige le gouvernement français et, à l'inverse de nombre de diplomates et d'hommes politiques, il se montre totalement hostile au déclenchement d'une guerre en Europe. L'affaire se solde par un compromis. Ce qui prouve que c'était possible.

    Le calme avant la tempête

    Paradoxalement, au début de 1914, l'Europe respire. L'affaire des Balkans semble s'être tassée, les Allemands ont renoncé au Maroc et reçoivent en échange une concession, entre Cameroun et Congo.

    Le 10 mai 1914, les Français élisent leurs députés et donnent une majorité écrasante à la gauche (ce qui démontre qu'ils ne veulent pas la guerre). La Chambre les républicains, radicaux et radicaux-socialistes sont plus de 300 et la SFIO (les socialistes) de Jean Jaurès et Jules Guesde obtient 106 députés. Les divisions entre radicaux et républicains rendant cependant difficile la constitution d'une majorité, le président Raymond Poincaré fait appel à l'ex-socialiste droitisé René Viviani, qui forme un gouvernement (celui qui sera entraîné dans le conflit) dont le ministre des Affaires étrangères, Aristide Briand, passera bizarrement à la postérité avec le titre d'« apôtre de la paix ».

    Ce gouvernement, formé le 14 juin 1914, n'a rien de plus pressé que le renforcement des alliances de la France. Il répond donc positivement à Nicolas II qui propose d'organiser une grande réunion franco-russe en juillet à Saint-Pétersbourg. On y rendra encore plus automatique l'entrée en guerre de la France en cas de conflit de la Russie avec l'Autriche.

    Pendant que Russes et Français échangent des amabilités, l'archiduc François-Ferdinand est en visite officielle à Sarajevo.

    Le 28 juin 1914 est pour les Serbes une date symbolique : c'est le jour anniversaire de la défaite de 1389 (contre les Turcs), et c'est la première fois qu'on le célèbre dans le Kosovo redevenu province serbe. La visite de l'archiduc autrichien en Bosnie en ce jour sacré est un affront pour les Serbes de Sarajevo. La Main noire, société secrète ultranationaliste formée par les militaires conjurés de Belgrade, ne peut laisser passer ce défi. Apis - le revoilà -, l'instigateur du massacre de 1903, inspire directement les «terroristes» de Sarajevo.

    Un attentat de branquignols qui réussit par hasard

    Le complot est si peu discret que les services autrichiens, conscients du danger, transmettent une note à Vienne. Inconscients, l'archiduc et sa femme caracolent dans Sarajevo à bord d'une voiture découverte. Quelques soldats et policiers surveillent le parcours, mais François-Ferdinand et Sophie n'ont que leur chauffeur et un garde du corps comme protection rapprochée. Les terroristes sont pourtant du genre Branquignols. Ils ont prévu de lancer successivement deux bombes manuelles sur la voiture. Le premier lanceur reste comme paralysé au moment d'agir. Le second rate sa cible, la bombe rebondit sur la capote de la voiture de Ferdinand et Sophie, elle explose sur la voiture suivante.

    Cette tentative manquée devrait logiquement conduire à l'annulation du programme de visites. Le cortège parvient à l'hôtel de ville de Sarajevo ; le maire et l'archiduc prononcent les discours prévus. Mais, après cette halte, on repart : puisque le danger est passé ! L'âme de la conjuration, Gavrilo Princip, sait que ses hommes ont échoué. Il semble difficile de rattraper le coup, mais - changeant de position - il tente le tout pour le tout. L'homme n'est pas un tireur d'élite mais il réussit à tirer deux balles à bout portant. Le chauffeur accélère, fonce au palais du gouverneur. Sophie est déjà morte et l'archiduc François Ferdinand succombe peu après son arrivée au palais.

    Il ne faut pas quatre semaines pour transformer cet attentat en guerre mondiale. Gavrilo Princip n'est pas un illuminé agissant spontanément. Une partie des services secrets et de l'état-major serbe sont derrière lui. L'Autriche tourne donc un doit accusateur vers la Serbie...

    A Paris, après avoir fêté dignement le 14 juillet 1914, le président Poincaré et le chef du gouvernement, René Viviani, gagnent le port de Dunkerque où ils embarquent à bord du France, pour Saint-Pétersbourg. Ils parviennent le 19 juillet dans la capitale russe. Au même moment, à Vienne, le Conseil des ministres met au point l'ultimatum adressé à la Serbie, qui se sait soutenue par la Russie.

    Le jeu des engagements réciproques

    La Serbie veut réunir toutes les populations serbes des Balkans au détriment de l'Autriche. L'Autriche veut donc punir les Serbes. Mais les Serbes bénéficient du soutien des Russes, qui cherchent à se rallier le monde orthodoxe et slave. Or, la France s'est engagée à être solidaire des Russes, tandis que l'Allemagne ne peut laisser tomber l'Autriche, et que la Grande-Bretagne a signé un traité d'alliance avec la France. L'irrémédiabilité de la tragédie réside dans le jeu de ces engagements mécaniques et réciproques. La guerre n'est retardée que par le voyage des dirigeants français, qui prennent leur temps à Saint-Pétersbourg, puis sur le chemin du retour qui se déroule au rythme d'une croisière, avec escale à Stockholm.

    Mais on n'y peut plus rien... C'est parti...

     Extrait:    Mieux qu'un polar

    Tout commence par une tuerie royale abominable

       En ce 11 juin 1903, peu après 2 heures du matin, 28 officiers de l'armée serbe s'approchent de l'entrée principale du palais royal, à Les somnanbules (Christopher CLARK)Belgrade. Après un échange de tirs, les sentinelles qui montent la garde devant le bâtiment sont arrêtées et désarmées. Grâce aux clés dérobées au capitaine de service, les conjurés s'introduisent dans la salle de bal et se dirigent vers la chambre à coucher du roi, grimpant les escaliers et traversant les couloirs en toute hâte. Une double porte de chêne massif interdit l'accès à l'appartement du roi : les conjurés la font sauter avec une cartouche de dynamite. La charge est si forte que les portes sont arrachées de leurs gonds et projetées à l'intérieur de l'antichambre, tuant l'ordonnance qui se tenait derrière. L'explosion provoque aussi un court-circuit qui plonge le palais dans le noir. Imperturbables, les assaillants mettent la main sur des bougies dans une pièce voisine, pénètrent dans l'appartement du roi, mais, le temps qu'ils parviennent à la chambre à coucher, le roi Alexandre et la reine Draga ont disparu. Le roman français que lisait la reine est resté ouvert, posé à l'envers sur la table de nuit. Touchant les draps, l'un des conjurés s'aperçoit que le lit est encore tiède : à l'évidence, les souverains viennent juste de s'enfuir. Les assaillants passent le palais au peigne fin, à la lueur des bougies, pistolet au poing.

       Tandis que les officiers avancent de pièce en pièce en faisant feu sur toutes les cachettes possibles - meubles, tentures, canapés -, le roi Alexandre et la reine Draga restent tapis à l'étage, dans un minuscule réduit situé derrière la chambre à coucher où, en temps ordinaire, les femmes de chambre de la reine repassent et préparent ses robes. La fouille du palais se poursuit pendant presque deux heures. Le roi, n'ayant aucune envie que ses ennemis ne le découvrent nu, profite de cet intervalle pour enfiler un pantalon et une chemise de soie rouge. La reine parvient à se couvrir d'un jupon, d'un corset de soie blanche et d'un unique bas jaune.

    Dans Belgrade, d'autres victimes sont débusquées et tuées : les deux frères de la reine, que beaucoup soupçonnent d'avoir des vues sur le trône de Serbie, se laissent convaincre par ruse de quitter la demeure belgradoise de leur sœur, puis, « emmenés dans un corps de garde non loin du palais, ils [sont] insultés et sauvagement poignardés ». Le Premier ministre, Dimitrije Cincar-Markovic, et le ministre de la Guerre, Milovan Pavlovic, sont tous deux assassinés dans leurs appartements - Pavlovic est transpercé de 25 balles alors qu'il s'était caché dans un coffre en bois. Laissé pour mort, le ministre de l'Intérieur, Belimir Théodorovic, lui, survivra à ses blessures.

    Pendant ce temps, au palais, le premier aide de camp du roi, le loyal Lazar Petrovic, désarmé et fait prisonnier après un échange de coups de feu, est amené de salle en salle par les assassins, dans l'obscurité, et contraint d'appeler le roi à chaque porte. Retournant dans la chambre royale pour la fouiller à nouveau, les conjurés finissent par trouver une porte dissimulée derrière la tenture. Quand l'un des assaillants propose d'abattre le mur à la hache, Petrovic comprend que la partie est jouée et accepte de demander au roi de sortir. De derrière la boiserie, le roi demande qui s'adresse à lui, ce à quoi Petrovic répond : « C'est moi, votre fidèle Lazar, ouvrez la porte à vos officiers. » Au roi qui demande alors s'il peut avoir confiance en la parole de ses officiers, les conjurés répondent par l'affirmative.

    Selon un témoignage, le roi émerge, amorphe, lunettes sur le nez, vêtu de son incongrue chemise de soie rouge, tenant la reine dans ses bras. Le couple est abattu par une volée de balles tirées à bout portant. Dégainant un pistolet qu'il avait caché sur lui, Petrovic tente désespérément de protéger son maître (ou du moins c'est ce qui sera déclaré plus tard) mais tombe également sous les balles. S'ensuit alors un déchaînement de violence gratuite : cadavres transpercés de coups d'épée, déchirés à la baïonnette, à demi éventrés, frappés à coups de hache jusqu'à en devenir méconnaissables. Le barbier italien du roi, à qui l'on donne l'ordre de ramasser les corps et de les préparer pour l'enterrement, rapportera, traumatisé, comment le corps de la reine a été traîné jusqu'à la balustrade de la fenêtre et jeté dehors dans le jardin, à moitié nu et couvert de sang. On raconte également que, lorsque les assassins ont tenté de faire de même avec Alexandre, une de ses mains s'est refermée sur la balustrade. Un officier lui tranche le poignet d'un coup de sabre, et le corps ainsi que plusieurs doigts sectionnés tombent à terre. Au moment où les assassins se rassemblent dans le jardin pour fumer une cigarette et inspecter le résultat de leurs œuvres, il se met à pleuvoir.

    Les événements du 11 juin 1903 marquent un nouveau départ dans l'histoire politique serbe. La dynastie des Obrenovic, qui avait dominé la Serbie pendant presque toute la courte existence de ce pays depuis son indépendance, a pris fin. Quelques heures après les assassinats, les conjurés annoncent l'extinction de la lignée des Obrenovic et l'avènement sur le trône de Pierre Karadjordjevic, le futur Pierre Ier de Serbie, alors exilé en Suisse.

    Extrait des Somnambules, de Christopher Clark, Flammarion, 25 €


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  •   Mis à jour le 06-07-2013    Par Rue 89 Sports et le Nouvel Observateur

    Thomas Ladrat, nutritionniste du sport, donne quelques conseils pour ceux qui veulent prendre de la masse musculaire. Non, il ne sert à rien de manger 15 oeufs par jour !

    Des oeufs. Eicode Nederland/Wikimedia/CC

      Des oeufs. Eicode Nederland/Wikimedia/CC
     

    Certains sont prêts à tout pour développer leur masse musculaire. Obsédés par l'esthétique des gros muscles, sans aucun but de performance, ils adoptent des comportements pouvant porter préjudice à leur santé.

      Pour prendre de la masse, je dois faire 8 repas par jour et manger au moins 6 000 calories ! C'est vrai : je l'ai lu dans "Bibendum magazine" !"

      Il y a du vrai et du faux dans cette affirmation. Non, vous ne devez pas consommer plus de 6 000 calories par jour pour prendre de la masse musculaire.

      Avec ce régime, qui correspond à celui d'un cycliste sur le Tour de France, vous allez prendre de la masse certes, mais, en grande partie, de la masse grasse.

    Il faut un peu augmenter votre apport calorique afin de pouvoir prendre de la masse musculaire, mais il faut aussi et surtout se focaliser sur la qualité de ces apports et le moment de leur prise.

    Votre organisme renouvelle chaque jour 1 kilo de muscles

    Votre organisme renouvelle chaque jour un kilo de muscle. Un sportif régulier - au moins trois séances par semaine d'intensité moyenne ou élevée - a des besoins en protéines plus élevé que le reste de la population.

    Lors de l'effort, les muscles se contractent et se relâchent sans arrêt, subissant des contraintes importantes qui vont créer des lésions des cellules musculaires.

    Vous connaissez les fameuses courbatures du lendemain et surlendemain ? Ce sont ces lésions !

    Se met en place dès la fin de votre entraînement un mécanisme d'adaptation de notre organisme. Une sécrétion d'hormones, conjointement à la libération de nombreuses substances diverses dans le muscle, vont permettre de réparer au plus vite ces cellules, afin qu'elles soient plus fortes lors de la prochaine séance.

    Ce mécanisme, s'il n'est pas le plus rapide du corps humain, permet tout de même le renouvellement chaque jour d'environ un kilo de muscle !

    Lentilles, haricots blancs et rouges, fèves

    Pour cela, vous avez besoin de protéines, car les cellules musculaires en sont constituées en grande partie. Où trouve-t-on les protéines ? Dans les aliments d'origine animale bien sûr, la viande, le poisson, les œufs notamment, mais aussi les produits laitiers (représentant la meilleure qualité protéique).

    N'oubliez pas non plus les protéines d'origine végétale, comme celles retrouvées dans les légumes secs (lentilles, haricots blancs, rouges, fèves, pois cassés), les céréales, les légumes ...

    Si elles sont de qualité un peu moins intéressante que les protéines issues du monde animal, elles sont une source très importante de vitamines et minéraux et doivent être présentes quotidiennement dans l'alimentation en quantité quasiment égale.

    Vos cellules musculaires ont besoin de tout un tas de vitamines, minéraux et oligo-éléments afin de pouvoir utiliser au mieux les protéines que vous lui fournissez. Cela passe donc par une alimentation variée, souvent différente des habitudes alimentaires des sportifs concernés malheureusement.

    Il buvait des œufs crus au petit-déjeuner

    Combien dois-je manger de protéines par jour ? D'une façon générale, les Français consomment plus de protéines qu'ils ne le devraient. Pour être précis, ils en consomment même au moins 35% de plus qu'il n'en ont besoin.

    Un sportif passionné de musculation m'avait confié avaler 15 oeufs par jour. Certes, les œufs renferment des protéines de bonne qualité, mais il n'y a aucun intérêt à consommer le même aliment à longueur de journées.

    Au fil de notre discussion, je m'étais aperçu qu'en plus de cela, une grande majorité des œufs consommés l'était de façon crue, dans un shaker au petit-déjeuner.

    Quand vous savez que plus de la moitié de l’œuf n'est pas digéré si vous le consommez cru, cela fait réfléchir sur l'épreuve que s'infligeait chaque matin ce sportif... De plus, les œufs apportent une quantité intéressante de protéines, mais quasiment autant de lipides (concentrés dans le jaune). Attention donc à l'apport calorique.

    2,5g de protéines par jour et par kilos

    La quantité de protéines à apporter doit être proportionnelle au poids du sportif. Celle-ci ne devrait en aucun cas dépasser 2,5 g de protéines par jour et par kilo (soit environ 200 g de protéines pour un sportif de 80 kg) et sur une durée courte, ne dépassant pas quelques mois sur une année.

    Aucune preuve scientifique émanant d'études fiables ne justifie des apports supérieurs pour un gain de masse musculaire. Surtout, au-delà de l'apport calorique supplémentaire qu'elles représentent pouvant entraîner une prise de poids, elle peuvent déclencher d'importants dysfonctionnements de l'organisme.

    Il est important d'être suivi par un spécialiste de la nutrition des sportifs pour éviter ça.

    • Le rein est particulièrement visé. C'est un organe qui, s'il subit des dommages, sera dans la majorité des cas touché de façon irréversible. Si vous consommez beaucoup trop de protéines sur une longue période, vous risquez de créer d'importants dommage sur vos reins. Et une fois que les analyses le révéleront, il sera trop tard pour rattraper le mal déjà fait ;
    • Ajoutez à cela une acidification du milieu sanguin, entre autres, due à la dégradation des protéines en excès, pouvant entraîner des inflammations, tendinites, blessures à répétition...

    Au-delà de la quantité de protéines consommées, il est important de se focaliser aussi sur le moment auquel vous devez les consommer. Si un apport régulier est conseillé tout au long de la journée, il y a un moment privilégié pour une meilleure reconstruction de vos fibres musculaires.

    Le mieux : juste à la fin de l'entraînement

    Ce moment se situe immédiatement après l'arrêt de votre entraînement. Votre corps produit dès l'arrêt de l'effort une quantité importante d'insuline et d'hormone de croissance, qui doivent œuvrer à réparer les dégâts causés dans vos muscles. La nature est bien faite ! Mais afin d'en tirer le meilleur, l'idéal serait de lui apporter tout de suite les éléments dont elle a besoin.

    Et ce dont elle a besoin immédiatement, ce sont des protéines de bonne qualité, ainsi que des glucides, qui vont permettre une meilleure reconstruction musculaire. Vous pouvez vous faire plaisir avec un petit sandwich de pain blanc et jambon cuit. Vous pouvez y préférer un bol de lait avec un peu de chocolat ou un bol de fromage blanc avec du muesli.

    Un délai de moins d'une demi-heure après l'effort est idéal.

    Certains sportifs mangent sept, huit fois par jour

    En ce qui concerne le nombre de repas, on peut retrouver des sportifs mangeant jusqu'à sept ou huit fois par jour, certains se levant même la nuit pour ne pas passer plus de 5 ou 6 h sans apport.

    C'est intéressant de fractionner ses prises alimentaires pour obtenir une meilleure assimilation des aliments, mais il n'est pas utile, sauf si vous êtes à un niveau très élevé de pratique et avec des besoins très importants, de faire plus de 3 repas et 2 collations par jour.

    Enfin, il me paraît important de rappeler que vous devez obligatoirement estimer votre consommation spontanée avant de prendre un complément en tel ou tel nutriment (protéines, minéraux, vitamines,...)

    Les vitamines aussi ont une posologie

    De plus, les posologies sont finement calculées, étudiées, et il est important de savoir que toutes les vitamines et autres éléments importants pour le bon fonctionnement de l'organisme ont une dose quotidienne à ne pas dépasser.

    Parfois, modifier simplement la qualité des aliments concernés ou le moment de leur consommation peut suffire à obtenir les résultats recherchés. N'oubliez pas que la prise de masse musculaire nécessite un alimentation adaptée mais aussi et bien sûr une sollicitation musculaire en conséquence.

    Il est primordial de s'adresser à un entraîneur diplômé qui saura vous fournir un programme en fonction de vos possibilités, votre niveau technique et votre objectif.


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  •   Ce mardi (20 août), la planète vient de consommer toutes les ressources naturelles qu'elle peut produire en un an, selon l'organisation non gouvernementale Global Footprint Network. Jusqu'au 31 décembre, les humains vont donc vivre « à crédit », en puisant dans les stocks disponibles.

    La «dette écologique» continue de se creuser. En seulement huit mois, l'humanité a consommé toutes les ressources naturelles qu'elle peut générer en une année. Ce mardi 20 août correspond ainsi au «Global Overshoot Day» ou «jour du dépassement planétaire» selon l'organisation non gouvernementale Global Footprint Network (GFN), basée aux Etats-Unis et présente en Europe et au Japon, qui calcule tous les ans ce jour. Jusqu'au 31 décembre, les humains vont donc vivre «à crédit», en puisant dans les stocks disponibles.

    GFN et le think thank New Economics Foundation déterminent annuellement ce jour qui a pour but d' «évaluer l'impact des activités humaines sur les écosystèmes de la planète». Il sert ainsi à mesurer «l'écart entre ce que la nature peut régénérer et ce qui est requis pour alimenter l'activité humaine». Celle-ci étant notamment à l'origine de la diminution de la couverture forestière ou de celle des réserves d'eau douce.

    Ce jour tombe de plus en plus tôt tous les ans

    Selon l'ONG créée en 2003, notre «dette écologique» n'a jamais cessé de grossir. Dans les années 80, le «jour du dépassement planétaire» avait lieu en novembre, puis en octobre dans les années 90 et en septembre dans les années 2000. En 2012, ce jour qui tombe donc de plus en plus tôt chaque année, avait eu lieu le 23 août.

    Cette plus grande précocité est pour GFN, le signe du niveau de vie de moins en moins soutenable de terriens de plus en plus nombreux -7,1 milliards d'habitants en 2013, en 2050 la planète devrait en compter 9,6.

    Il faudrait ainsi aujourd'hui 1,5 planète pour assurer de façon durable les besoins des habitants de la Terre pendant un an, souligne de son côté le Fonds mondial pour la nature (WWF), associé à l'opération. Si chaque habitant de la planète vivait comme un résident moyen des Etats-Unis, ce sont mêmes 4 Terres qui seraient aujourd'hui nécessaires. Si chacun adoptait le niveau de vie d'un Chinois, ce serait moins mais notre seule planète n'y suffirait déjà plus (1,2 Terre).

    «Seuil critique atteint depuis trente ans»

    «L'humanité vit au-dessus de ses moyens, juge GFN. Le seuil critique a été atteint depuis environ trente ans et la consommation des hommes dépasse désormais ce que la nature est en capacité de lui fournir en termes de recyclage de CO2 libéré et de production de nouvelles matières premières.» Globalement, «nous sommes sur une trajectoire où nous allons avoir besoin des ressources de deux planètes bien avant le milieu du XXIe siècle», redoutent même les deux associations.

    «Aujourd'hui plus de 80% de la population mondiale vit dans des pays qui utilisent plus que ce que leurs propres écosystèmes peuvent renouveler», avertit GFN. S'ils ne dépendaient que de leurs territoires nationaux, les Japonais auraient ainsi besoin de sept Japons pour une consommation «durable», les Suisses ou les Italiens de quatre pays et la France de 1,6 pays.

      Le Figaro


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  •  24/08/2013 

    « Nous, les intersexes, voulons qu’on laisse nos corps tranquilles »

    Sophie Caillat | Journaliste Rue 89   Nouvel Obs    

    Vincent Guillot est à l’origine du mouvement Intersexe en francophonie et porte-parole de l’Organisation internationale des intersexes (OII). Il nous a écrit à la suite de l’article « Allemagne : ni féminin, ni masculin, le troisième genre bientôt reconnu » afin de nous prévenir qu’une interprétation rapide nous avait laissé penser qu’il s’agissait d’une victoire alors que pour lui et une partie du mouvement Intersexe, cette nouvelle loi est au contraire une défaite.


                      Vincent Guillot (DR)

    Nous l’avons réinterrogé pour faire le point sur les revendications de ces personnes qui ne revendiquent pas l’appartenance à un « troisième genre », mais simplement le respect de leur intersexuation.

    Rue89 : Pourquoi la création d’une troisième case dans les registres d’état civil allemands n’est pas une bonne nouvelle selon vous pour la reconnaissance des intersexes ?

    Vincent Guillot : Le mouvement Intersexe est divisé sur le sujet de la déclaration du sexe administratif mais très majoritairement pour garder le binarisme homme/femme et faire comme cela se passe en Suisse : le droit à l’autodétermination et l’arrêt des opérations non consenties. Là bas, on vous dit : « Vous avez un enfant différent et on va vous accompagner. »

    En Allemagne, les parents préféreront déclarer leur enfant comme homme ou femme plutôt que de le mettre dans une classe à part et faire de lui un « paria », pour reprendre les mots du juriste Jean Carbonnier.

    Il reste insupportable que votre enfant n’ait pas de sexe administratif, car on entre dans l’humanité par la déclaration à l’état civil qui passe par le sexe, donc cette nouvelle possibilité va pousser à accélérer l’opération.

    Une autre partie importante du texte qui modifie l’état civil allemand est que pour certaines catégories d’intersexes (l’hyperplasie congénitale des surrénales : ces personnes ne sont pas considérées comme des intersexes mais comme des « filles ratées »), on inscrit dans le droit les mutilations. Ce qui veut dire que les parents ne pourront pas s’opposer aux opérations, ou plus rarement, et que ceux qui ont été mutilés ne pourront plus attaquer leurs médecins.

    Les médias mettent à tort les revendications des intersexes dans le même bain que celles des personnes transsexuelles ?

    Oui, et les intersexes dans leur grande majorité ne sont pas des militants « queer ». Ils dissocient leurs revendications de celles des tenants des études de genre. Les trans sont en demande d’opération ou de changement de perception sociale de leur genre. Il peut arriver néanmoins que les Intersexes qui ont été transformés en filles ne se vivent pas comme des femmes, ou inversement.

    Nous, on veut juste qu’on laisse nos corps tranquilles : on ne touche à rien tant que la personne n’est pas en capacité de s’autodéterminer. Mais la plupart du temps, leur corps leur convient. L’intersexuation n’est ni une maladie, ni un handicap, c’est juste être différent. Bien le vivre est donc pour moi une force, pas une faiblesse.

    En France, comment cela se passe-t-il pour les naissances d’enfants de sexe indéterminé ?

    Il est déjà possible de ne pas déclarer de sexe administratif à la naissance. La circulaire du 28 octobre 2011 le précise dans son article 55 [PDF] :

    « Il peut être admis qu’aucune mention sur le sexe de l’enfant ne soit initialement portée sur l’extrait de naissance. »


    Article 55 de la circulaire d’état civil

    Mais la situation doit être résolue dans un délai d’un ou deux ans. Dans la réalité, les parents se font extorquer l’opération par les médecins, donc c’est une mutilation en dehors de tout cadre légal.

    Comment est-il décidé de donner le sexe féminin ou masculin ?

    Selon les situations, soit les médecins savent fabriquer un pénis qui saura pénétrer un vagin et uriner debout, et ils feront un garçon, soit ils ne savent pas et trouvent plus simple de couper et de fabriquer un vagin pour faire une fille.

    C’est cela qui décide de l’opération, pas les chromosomes. La plupart du temps, on fabrique des filles car c’est plus simple de couper un clitoris trop grand. Cela s’appelle une excision, pratiquée par des médecins pour des raisons sociales et non religieuses, et pas encadrée par la loi !

    A-t-on des chiffres sur les personnes concernées et les opérations ?

    Non, il n’y a pas de chiffres officiels, mais la spécialiste Claire Nihoul-Fékété, professeure émérite de chirurgie infantile, a parlé sur France Culture de 8 000 naissances par an et de 2 000 enfants opérés. Mais attention, chaque nourrisson sera opéré plusieurs fois. J’ai rencontré une personne opérée 100 fois et de nombreuses avec plusieurs dizaines d’opérations. Moi, j’ai eu de la chance, je n’ai été opéré « que » dix fois.

    Vous pouvez raconter votre histoire personnelle ?

    L’obstétricien a dit à ma mère : « C’est bizarre, mais on le déclare garçon et on verra quand il aura l’appendicite », car à l’époque l’imagerie médicale n’existait pas encore. Quand ils ont ouvert parce que j’avais l’appendicite, ils n’ont rien noté dans mon dossier médical.

    J’avais une partie d’utérus, un vagin, j’avais les deux, peut-être pas d’ovaires. Ils ont retiré tout ce qui était fille et ont construit une verge et ajouté de la testostérone pour me viriliser. J’ai passé l’enfance à l’hôpital sans rien savoir. Pour mes parents, j’étais un garçon qu’il fallait réparer.

    Puis je suis devenu père par insémination artificielle avec donneur anonyme. Comme n’importe quel couple stérile ! La parentalité intersexe n’est pas plus problématique que pour un couple infertile.

    Vous dites qu’on peut vivre très bien en restant intersexe, comment le savoir ?

    Comment le savoir ? En nous le demandant ! Nous rencontrons depuis plus de dix ans que l’OII existe des milliers d’Intersexes à travers le monde, et nous sommes frappés de la différence de vécu entre les personnes mutilées et les non mutilées.

    En France, on est tous mutilés, dans les pays pauvres non. En Afrique du Sud par exemple, les Noirs ne l’étaient pas et les Blancs sont mal dans leur peau et marginalisés.

    Les enfants non mutilés deviennent des adultes épanouis bien intégrés socialement alors que dans les pays où l’on mutile, c’est l’inverse.

    Nous sommes nombreux a avoir des séquelles opératoires à vie, comme des infections urinaires récurrentes, des douleurs, et nombreux sont ceux qui ont perdu toute possibilité d’éprouver du plaisir ou, pire encore, souffrent lors des rapports sexuels.

    Lorsque nous ne sommes pas mutilés, nous avons toutes nos capacités érogènes et donc une sexualité épanouie. Une grande partie des intersexes seraient fertiles si on ne les stérilisait pas dans la petite enfance. De plus, comme les autres couples infertiles, nous avons accès aux Cecos (Centres d’étude et de conservation des œufs et du sperme humains).


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  • Le manuel des jardins agroécologiques (Pierre RABHI....)

      012     176 p.    29 €

      Valo Dantinne est jardinier autodidacte, jardinier animateur et formateur à Terre & Humanisme depuis 2007.

     Erik Jansegers  est ingénieur agronome, jardinier animateur et formateur à Terre & Humanisme depuis 2007.

     Pierre-François Prêt est ingénieur en agriculture, directeur de Terre & Humanisme depuis 2006.  

      Plusieurs décennies d’agriculture intensive ont contribué à endommager gravement notre “terre nourricière”. Dans le même temps, et malgré l’arsenal de moyens employés, cette agriculture industrielle ne réussit pas à nourrir l’humanité : trois milliards d’humains ne mangent pas à leur faim. De nouvelles voies sont explorées pour relever ce double défi : nourrir l’humanité sans détruire notre patrimoine commun. Parmi les plus prometteuses se trouve l’agroécologie. Située au carrefour de l’agriculture et de l’écologie, elle est tout autant une science qu’une pratique qui se répand à travers le monde et que Pierre Rabhi a largement contribué à faire connaître en France. Elle appelle à un changement total de paradigme : cherchant à comprendre et accompagner les processus vivants pour produire une nourriture saine, sans dépense d’énergie excessive, elle est liée à un profond respect de la vie et replace l’être humain dans sa responsabilité à l’égard du vivant. 

      Dans la première partie du livre, Pierre Rabhi retrace l’aventure humaine qu’a constituée pour lui l’agroécologie : non pas simplement un ensemble de techniques, mais une alternative globale pour chaque individu et pour la société, une magnifique opportunité pour changer de vision et donc d’humanité. L’agroécologie ainsi conçue allie la réponse à une nécessité irrévocable (produire une nourriture suffisante et saine) avec l’urgence de respecter, de préserver et d’améliorer le patrimoine nourricier.

    En 1995, pour promouvoir l’agroécologie, Pierre Rabhi a fondé l’association Terre et Humanisme. Prenant le relais dans la seconde partie du livre, les animateurs de ce mouvement, s’appuyant sur leur expérience de formation en Ardèche et en Afrique, ainsi que sur leurs pratiques dans les jardins vivriers du Mas de Beaulieu, présentent pas à pas l’approche agroécologique du potager : de l’observation du sol, des plantes qui y poussent et de l’écosystème au sein duquel on souhaite cultiver son jardin jusqu’au démarrage du potager, en passant par une revue des techniques mises en oeuvre dans l’agroécologie (la culture sur buttes, le compostage, le travail du sol, le paillage, la multiplication des végétaux, la taille...).

    Richement illustré d’images et de dessins explicatifs, le livre comprend aussi une douzaine de fiches techniques (sur les buttes sandwich, la culture en lasagnes, le compost, la santé des plantes, la protection des végétaux en hiver, les outils, la phytoépuration...), une bibliographie, des contacts utiles, ainsi qu’une présentation de projets qui mettent en oeuvre l’agroécologie, en France et à l’étranger.

      Si, depuis quelques années, les livres consacrés aux diverses facettes du jardinage naturel sont nombreux, Le Manuel des jardins agroécologiques présentent une démarche nouvelle et originale par sa globalité. À ce jour, il n’existe aucun ouvrage grand public qui traite de ce sujet.

      Agriculteur, écrivain et penseur français d’origine algérienne, Pierre Rabhi est un des pionniers de l’agroécologie. Initiateur du Mouvement pour la Terre et l’Humanisme, il est aujourd’hui reconnu comme expert international pour la sécurité alimentaire. Il est l’auteur de nombreux ouvrages dont Paroles de Terre, Du Sahara aux Cévennes, Graines de possibles (cosigné avec Nicolas Hulot) ou encore, chez Actes Sud, Manifeste pour la Terre et l’Humanisme (2008) et Vers la sobriété heureuse (2010).

    L’association Terre et Humanisme œuvre à la transmission de l’agroécologie, pour l’autonomie alimentaire des populations et la sauvegarde des patrimoines nourriciers. Elle est basée en Ardèche, au Mas de Beaulieu, lieu de formation, d’expérimentation et de production en agroécologie. Elle y organise des stages qui rassemblent chaque année plusieurs centaines de participants, elle y propose des visites du jardin et accueille des bénévoles durant neuf mois de l’année. À l’étranger, elle est présente dans plusieurs pays d’Afrique où elle travaille, toujours avec des associations locales, à promouvoir l’agroécologie, la lutte contre la désertification et la préservation des semences. 

    CDURABLE.info

     


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  •   Samedi 3 Août 2013 à 16:00

    Journaliste à Marianne. 

     

    On connaissait les arrière-cuisines spécial bactéries et la "vue sur mer" donnant sur le local poubelle. Au point de faire tiquer les autorités chinoises ! Enquête.

    Voilà qui s'appelle prendre les touristes pour des Mickey : ces deux dernières années, le Disney Store des Champs-Elysées, à Paris, a été le théâtre d'une gigantesque arnaque aux clients de toutes nationalités confondues. Le mécanisme était simple : un vendeur infiltré recopiait en douce les données confidentielles des cartes bancaires, qu'il distribuait ensuite à des commerçants complices. Eux les utilisaient pour se rémunérer de ventes fictives (vins, vêtements, et même scooters en fonction de leur spécialité).

    Afin d'optimiser la collecte illicite de ces précieuses données - car, enfin, un seul pékin dans un magasin de peluches, ça se serait vite révélé gagne-petit pour cette ambitieuse clique de plumeurs -, quelques serveurs de restaurants luxueux des alentours furent recrutés pour compléter le dispositif. En mars dernier, quand ils mirent fin à l'entourloupe, les enquêteurs furent stupéfaits par l'ampleur du réseau de complicités, mais aussi par le montant total qu'avait engrangé l'arnaque en moins de deux ans : 14 millions d'euros.

    Quatorze millions d'euros, une paille ! Notre industrie est en berne, le bâtiment s'essouffle et les soldes font un flop, mais il y a bel et bien, en France, une filière en plein boom. Elle échappe, et pour cause, à la statistique nationale : c'est l'arnaque aux touristes. Car, en plus des grands classiques hexagonaux - le chauffeur de taxi qui adapte son itinéraire en fonction de l'exotisme de l'accent, les aigrefins des marchés provençaux qui vous font prendre de l'huile d'olive espagnole pour du nectar local, la «vue sur mer» qui n'est qu'une lucarne sur un timbre bleu, la paillote qui recycle des restes pas très frais de «grandes tables» -, l'inventivité de ce secteur semble sans limites, et ses relais de croissance, innombrables.

    Le dernier en date, le plus spectaculaire sans doute, est l'irrésistible essor du racket des touristes chinois. Selon la Préfecture de police, ces agressions représentent désormais 17 % du total des plaintes déposées par des touristes à Paris.

    C'est que les «nouveaux riches» de l'empire du Milieu viennent de plus en plus nombreux - et en cohortes - visiter la Ville lumière. Ils arrivent avec la solide réputation d'emporter dans leurs valises quelques alléchantes liasses de billets qu'ils comptent dépenser dans les boutiques de luxe de l'avenue Montaigne. Une réputation en partie confirmée par les statistiques : selon le spécialiste de la vente détaxée Global Blue, un vacancier chinois dépense en moyenne 1 470 € en France et consacre 60 % de son budget de voyage au shopping.

     


    Chinois traumatisés

     

    Autant dire que cette nouvelle clientèle constitue une cible de choix pour les détrousseurs de touristes, qui ont réactualisé pour l'occasion de vieilles techniques de pillage qui rappellent ni plus ni moins... les attaques de diligence ! L'une de ces descentes a récemment tant choqué à l'ambassade chinoise que ses représentants s'en sont émus auprès du gouvernement français.

    Le guet-apens s'est déroulé en Seine-Saint-Denis, le 20 mars dernier. Un groupe de 23 touristes chinois venus en France pour un séjour express d'une douzaine d'heures venait de débarquer à Roissy. Destination : les Champs-Elysées pour un shopping frénétique. Le profil idéal pour les détrousseurs, qui les avaient repérés dès leur arrivée à l'aéroport et connaissaient les habitudes de leur tour-opérateur.

    A peine les voyageurs avaient-ils terminé de dîner dans un restaurant du Bourget connu pour accueillir les touristes chinois que trois malfrats se sont rués sur l'accompagnateur et lui ont arraché sa sacoche, rossant quelques-uns des vacanciers au passage. Les passeports du groupe et une grosse somme d'argent en liquide se sont volatilisés.

    Ce fut l'incident de trop. Car, à l'ambassade chinoise, les récits de minibus attaqués - les vitres brisées à coups de marteau ! - sur l'autoroute A1 qui relie Roissy à Paris s'accumulent. Sacs subtilisés dans les halls de grands hôtels, poches fouillées dans le métro parisien ou dans les files d'attente au Louvre - en avril dernier, les surveillants du musée, excédés par l'afflux de pickpockets toujours plus agressifs, se sont même mis à l'arrêt ! -, vol à l'arraché sous la tour Eiffel... l'ambassade de Chine s'est transformée en véritable bureau des pleurs pour vacanciers traumatisés.

    Consciente de la menace commerciale que fait peser ce climat d'insécurité sur le tourisme français, la ministre en charge de cette industrie, Sylvia Pinel, a fini par ordonner le branle-bas de combat. Du coup, le préfet de police a sorti le grand jeu : des patrouilles à VTT et à moto, en civil et en tenue, ont été dépêchées aux alentours des grands hôtels, de Notre-Dame, de la tour Eiffel, des grands magasins, des Champs-Elysées et du Trocadéro.

    A-t-on engagé des sino-supplétifs ? Toujours est-ils qu'un mois à peine après la mise en place du dispositif les autorités annoncent une baisse de 33 % des vols à la tire au Trocadéro, et de plus de 10 % au Champs-de-Mars. L'effet est si spectaculaire qu'on en vient à regretter que le préfet n'ait pas tapé du poing plus tôt. « La recrudescence des vols est très récente, plaide-t-on à la Préfecture de police. Elle est liée notamment à l'afflux de populations venues de l'Est ».

    De nouvelles techniques de rapine sont ainsi apparues dans la capitale, notamment celle de la signature de pétitions. « Par groupe de trois ou quatre, des femmes roumaines proposent d'une main une signature au bas d'un papier à en-tête d'une association humanitaire, explique-t-on, toujours à la préfecture. De l'autre, le bras caché par un journal, elles profitent de la diversion pour fouiller le sac à dos du touriste dont elles ont détourné l'attention. » Cette méthode pourrait bien décrocher la palme de la technique de l'été tant elle s'est généralisée.

    Le "coup de la tache"

     

    En réalité, elle n'est qu'une variante du classique des classiques, pratiqué, lui, dans le métro par des groupes de mineurs. Il consiste à serrer de près un voyageur, à détourner son attention en lui fourrant un papier sous le nez, et à lui faire les poches. « Cible privilégiée à Paris, sur la ligne 1 des Champs-Elysées à Rivoli, la ligne 4 de Châtelet jusqu'à Gare-du-Nord, la ligne 8 à partir de République et la ligne 13 de Montparnasse à Place-de-Clichy », prévient la police.

    Autre variante, le « coup de la tache » est en train de devenir un must du brigandage parisien. Il consiste à tacher le vêtement d'un touriste, puis à se confondre en excuses tout en proposant de nettoyer les dégâts. C'est à ce moment qu'un complice fouille les poches ou le sac à dos.

    Dans son souci de mettre en garde les touristes étrangers, la Préfecture de police a dressé une liste des techniques utilisées par les pickpockets. Attention à celle du « dos à dos », très utilisée par les voleurs en provenance d'Afrique du Nord à la terrasse des cafés quand, la chaleur aidant, les consommateurs posent leur veste sur le dossier de leur chaise.

    Le chapardeur s'assoit de trois quarts derrière la victime et subtilise le portefeuille de la poche intérieure. Les plus habiles, les pros de la klepto, réussissent même à replacer l'objet dans la veste après avoir dérobé l'argent sans attirer l'attention du propriétaire.

    Attention aussi aux sacs à main posés à terre dans les halls de grands hôtels : en dérober le contenu ni vu ni connu - une forme de mise à sac - est la spécialité des malandrins en provenance d'Amérique du Sud. Et prudence, enfin, quand on joue de la Carte bleue.

    « Au cours de ces derniers mois, nous avons noté une recrudescence des exactions sur les distributeurs de billets menées par des mineurs », confirme-t-on à la Préfecture de police. Une fois encore, la technique consiste à détourner l'attention pour soit arracher les billets, soit repérer les chiffres du code confidentiel. Cible privilégiée : les touristes âgés.

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