• Samedi 15 Décembre 2012

    Magazine Marianne


    C’est bien connu, les amendes de stationnement permettent de renflouer les caisses de l’Etat. Mais en sous-sols, les groupes privés empochent le pactole, comme le révèle une enquête à lire cette semaine dans « Marianne ».


    BEBERT BRUNO/SIPA
    BEBERT BRUNO/SIPA
    En France, difficile pour les automobilistes de ne pas se retrouver pris dans un piège infernal. Poussés vers des parkings hors de prix par la menace d’une contredanse corsée – elle est passée depuis un an de 11 à 17 €, après quinze ans de stabilité – et distribuée avec toujours plus de célérité, ils sont invités à se réfugier en sous-sol, dans les parcs de stationnements souterrains.

    Dans un cas comme dans l’autre, deux grands gagnants : l’Etat et les opérateurs privés du stationnement, comme Vinci, Q-Park ou Eiffage, qui empochent des sommes gigantesques sans qu’il vienne à aucun député ni à aucun lobby de la voiture l’idée de protester, comme le révèle Marianne dans le numéro 817, en kiosque ce samedi.

    Il aura fallu fouiller et fouiller encore pour que Marianne parvienne à mettre la main sur ce que représente cette manne financière qu'est le stationnement automobile. C’est un rapport du Comité des finances locales qui nous l’indique. Résultat : sur les 1,5 milliards d’euros d’amendes dressées aux conducteurs, pas moins de 640 millions d’euros, issus d’une vingtaine de millions de PV, majorations comprises, l’ont été au titre du stationnement. Grâce à ces PV distribués à tour de bras, c’est presque 1,5 milliard d’euros qui ont été récoltés en 2011, dont seulement 575 millions dus aux radars.

    En 2009, ce sont très précisément 25 924 719 procès-verbaux qui ont été dressés par l’ensemble des forces de police, en hausse de 3,46 % sur un an. Le document entre dans un niveau de détail rarement publié. Une grosse moitié des PV ont été établis par les polices municipales. Cette année-là, les fonctionnaires territoriaux ont dégainé davantage leurs carnets à souches (+ 10 % sur un an), avec une mention spéciale à la Haute-Marne, où la hausse culmine à 126 %... Quant à la dizaine de millions de PV imputables à la police nationale, ils l’ont été essentiellement en Ile-de-France.

    Pour échapper au carrousel de voitures cherchant une place de plus en plus rare et aux douloureux papillons verts, les automobilistes n’ont d’autre choix que de se réfugier sous terre. Ça tombe bien : partout, les parcs de stationnement leur ouvrent grandes leurs portes, comme le montre l’enquête de Marianne qui met en lumière l’absolue domination des géants de la délégation de service public que sont Vinci et Q-Park, à qui les villes confient le plus souvent ces infrastructures (55 % du marché à eux deux), quand eux-mêmes n’en sont pas directement propriétaires.

    Difficile par exemple d’échapper à Vinci et ses 470 000 places dans l’Hexagone. De Périgueux, où les vingt-quatre heures coûtent 5,20 € dans le parking Francheville, à Paris, où le même temps revient à 36,30 € à Saint-Germain-des-Prés, le géant de la concession est partout.

    Echapper à l’emprise de Vinci et de Q-Park est néanmoins possible. Pour le bien des communes comme pour celui des administrés. La méthode s’appelle le « retour en régie municipale ». Menée avec succès depuis de nombreuses années dans le domaine de l’eau, des transports et des déchets par de nombreux conseils municipaux, elle commence à faire ses preuves dans la gestion des parkings à Grasse, à Bastia, à Arles, à Annecy...
    • Retrouvez l'enquête de Jean-Claude Jaillette et Emmanuel Lévy dans le numéro 817 du magazine Marianne, en kiosque du 15 au 21 décembre 2012.

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  • Comment faire mousser la bière (avec modération) sans faire trinquer la planète

    De l’eau, des céréales et des levures : par ses ingrédients, la bière serait comme du « pain liquide », diraient certains, ce qui en fait un produit de grande consommation mais aussi, au moins en apparence, un produit plutôt naturel. Pourtant, ce breuvage, dont l’existence remonte à l’Antiquité, est moins écologique qu’il n’y paraît : cultures intensives de céréales, processus industriels de production peu économes, en eau notamment, multiplication des emballages, ajout d’additifs et de colorants, réfrigération et transport des produits à marque internationale aux quatre coins du monde…

    Le saviez-vous ?

    • La bière est l’une des boissons les plus populaires et les plus consommées au monde.
    • La bière est une boisson à faible teneur en alcool, produite par la fermentation de sucres extraits de divers types de céréales. Il existe un large éventail de types de bière distincts qui reflètent des différences quant à l’utilisation de la matière première, à la force, au goût et au conditionnement du produit final. Traditionnellement, la bière est produite à partir de malt. Le sucre est extrait de la céréale et il est mis dans de l’eau, du houblon est ensuite ajouté et le mélange est bouilli. Après avoir refroidi, le mélange est fermenté avec de la levure pour produire de l’alcool. Cette bière brute est ensuite maturée et conditionnée. Certaines bières sont filtrées et pasteurisées.
    • La loi historique allemande du 16e siècle définit la bière comme un produit obtenu par fermentation à partir d’un mélange d’eau, de malt (orge germé et torréfié, ou d’autres céréales), de houblon et de levures. Mais certains fabricants y ajoutent des ingrédients complémentaires comme l'orge non malté, le blé, le maïs, le riz, le millet ou d’autres additifs. Ce qui explique qu’un enjeu environnemental important lié à la bière, qu’elle soit brune, blonde ou rousse, provient de la culture des céréales en amont. D’abord, ces céréales sont toutes issues le plus souvent de cultures intensives fortement consommatrices de produits chimiques et de pesticides : en France, par exemple, les céréales consomment 80% des pesticides sur environ 34,2% de la surface agricole utile en 2010 selon le Ministère de l'Agriculture, ce qui en fait l’une des cultures les plus intensives en produits de synthèse, même si d’autres cultures comme l’arboriculture fruitière ou la viticulture consomment plus de pesticides par unité de surface. Ensuite, si les principaux produits intervenant dans la fabrication de la bière sont sans OGM, les grands fabricants américains utilisent comme additif du sirop de maïs qui a de fortes chances d'être issu de cultures OGM, puisqu’aux Etats-Unis en 2009, 85% du maïs planté était issu de semences transgéniques, selon le Département américain des Affaires Agricoles. Ce n’est pas le cas en Europe, où l’ensemble des producteurs ont signé un accord les engageant à ne pas recourir aux manipulations génétiques.
    • Au-delà des modes de culture des céréales, un autre enjeu majeur lié à la bière est le gaspillage industriel auquel donne lieu le processus de fabrication : sans même prendre en compte les impacts indirects (transport, conditionnement, réfrigération, etc.), la production de bière est à l'origine d’une forte consommation d’eau potable et de céréales. Du côté de l’eau, qui constitue 80 à 90 % de la bière, les progrès technologiques récents ont permis aux brasseurs de faire des économies substantielles et les brasseries les plus modernes utilisent 6 fois moins d'eau en moyenne qu'il y a 30 ans, de sorte qu’il faut désormais 4 à 7 litres d'eau (contre 20 ou 25 auparavant) pour fabriquer 1 litre de bière selon la Banque Mondiale. La bière requiert aussi d’énormes quantités de céréales : il y a dix ans, la Chine en importait ainsi plus de 16 millions de tonnes par an pour produire de la bière, plus qu’elle n’en importait pour nourrir sa population. Et le problème est que la fermentation n’utilise que 8 % des éléments nutritifs contenus dans le grain.

    Bonnes nouvelles

    • Les grands brasseurs, entre les mains desquels le marché mondial est de plus en plus concentré (en 2005, les deux fabricants Kronenbourg et Heineken représentaient près de 70% du marché en France, selon l'Autorité de la concurrence), ont beaucoup fait progresser leur démarche environnementale : les nouvelles normes, plus contraignantes, les y poussent, des considérations économiques les motivent, et c’est aussi une question d'image pour ces grandes entreprises vis-à-vis des consommateurs. Produire les mêmes quantités de bière tout en réduisant la facture d'électricité, de gaz, de carburant ou d'eau est un défi qui intéresse les grands groupes. A titre d’exemple, la brasserie de la Valentine à Marseille, qui appartient au groupe Heineken et produit plus d’1 million d'hectolitres par an sur plus de dix hectares de site industriel, a obtenu la certification environnementale ISO 14 001 en 2002, avec des efforts portant sur le processus de production de bière que le transport ou la traçabilité des différentes matières premières utilisées : en 2011, la Valentine utilisait 3,9 litres d'eau pour produire 1 litre de bière (la moyenne mondiale est de 4,3 litres d’eau pour 1 litre de bière) et a la plus faible consommation en haut des trois brasseries d’Heineken, La consommation de gaz a baissé de 20 %, la consommation d'électricité a été réduite, les déchets sont triés et valorisés à 98% (carton, verre, métal...), les produits chimiques (nécessaires au nettoyage des installations) sont mis en sécurité, l'itinéraire des camions de livraisons a été revu et corrigé pour éviter la traversée du village voisin, et enfin les eaux usées sont pré-traitées avant de rejoindre la station d'épuration de la ville.
    • Peu à peu, des bières bio apparaissent… plutôt chez les brasseurs locaux et plutôt en boutiques bio, même si certaines tentent des percées en grandes surfaces. Ainsi, la brasserie familiale Castelin à Bénifontaine revendique d’avoir lancé en 1986 la première bière bio disponible en France. Les matières premières et leur transformation sont contrôlées par des organismes officiels qui attestent du respect du label "biologique".
    • Le procédé de fabrication de la bière, on l’a vu, est particulièrement peu économe en ressources naturelles comme l’eau et les céréales. Or la bière est la boisson alcoolisée la plus consommée dans de nombreux pays du sud où ces ressources sont rares. Pour répondre à ce problème, Namibia Brewers a adopté les principes de l’écologie industrielle : créée par la fondation ZERI il y a une dizaine d’années, cette brasserie namibienne, située à Tsumeb au sud du continent africain, transforme donc les déchets en ressources, à l'image des écosystèmes naturels. Chez Namibia Brewers, eau et grains excédentaires ne sont pas rejetés en pure perte mais réutilisés comme substitut à la farine ou encore comme substrat pour cultiver des champignons. Et le circuit ne s'arrête pas là : les sous-produits engendrés permettent également de produire du méthane utilisé comme source d'énergie dans la brasserie (l'excédent est commercialisé) et d'alimenter une activité parallèle d'élevage porcin et piscicole. S'il a été reproduit dans divers pays occidentaux (Canada, Suède,...), ce modèle de brasserie aussi écologique qu’économique est particulièrement adapté aux marchés émergents - Afrique, Asie et Amérique Latine - dans lesquels le manque de ressources en eau rend impossible l'installation de grandes brasseries.

    Ce que vous pouvez faire

    • Les bières issues de l’agriculture biologique sont de plus en plus nombreuses, même si elles ne sont pas encore facilement accessibles hors des magasins spécialisés … A l'orge, au miel, au quinoa, aux myrtilles, aux algues ou au chanvre, il y en a pour tous les goûts ! De plus en plus de brasseries indépendantes font le choix d’ingrédients naturels et originaux pour sortir les papilles du goût monotone des bières industrielles, et optent pour des techniques de brasage à l’ancienne. Inaugurée en 1999, la brasserie Moulins d'Asq est spécialisée dans la production de bières bio. « La triple » de Moulins d’Asq est une bière de fermentation haute issue de l'agriculture biologique, à base de malt, de froment et houblons sélectionnés. La Jade de la grande Maison Castelain est la première bière bio à avoir été commercialisée dans les grandes surfaces. Certifiée AB, l'eau qui rentre dans la composition de cette bière au houblon et au malt d'orge est puisée directement dans une nappe située sous la brasserie. Disparue pendant plus de 75 ans, la bière au miel revient en force aujourd'hui. Mieux vaut privilégier une bière au miel biologique. Différents labels existent pour les bières : le label AB ou le label belge Biogarantie. Et à Grenoble, la brasserie de Saint-Martin-d’Hères propose des bières de fabrication artisanale au saveurs étonnantes : réglisse, sapin, ou encore noix.
    • En 2007, 32% des bières consommées en France selon le Ministère du Développement Durable. Mieux vaut éviter autant que possible ces bières importées ou de grandes marques internationales, qui ont nécessairement voyagé davantage : les émissions de CO2 liées à une bière transportée dans de lourdes bouteilles en verre et réfrigérée pendant plusieurs semaines en attendant d’être consommée, sont loin d’être négligeables. On privilégiera les bières locales, produites dans la région, ce qui est évidemment meilleur du point de vue environnemental mais aussi pour l’économie locale. La France n’est certes pas un grand pays de la bière, avec à peine plus de 1% de la production mondiale. Il est vrai que le marché français est réduit et que les Français sont parmi les plus faibles consommateurs de bière d’Europe - un peu plus de 30 litres par personne et par an, soit 3 fois moins qu’en Belgique par exemple, pays de la bière par excellence, mais aussi deux fois moins qu’en 1980. Mais malgré ce marché de petite taille et une forte tradition vinicole, plus de 300 bières différentes sont produites sur le sol français, dans les régions traditionnellement productrices (Alsace, Lorraine et Nord-Pas-de-Calais) mais aussi dans d’autres régions : ainsi en Corse, une brasserie locale, fondée en 1996 et qui avait surpris à l’époque en créant le concept de bière corse, s’est développée à un rythme soutenu et emploie aujourd’hui plus de 35 personnes autour de quelques produits-phares : la Pietra, la Colomba, la Serena , toutes agrémentées de « spécialités locales » comme la farine de châtaigne ou le fruit de l’arbousier - voir www.brasseriepietra.com). Certains bars disposent aussi désormais de leur propre micro-brasserie produisant une bière unique et artisanale, il faut se renseigner !
    • Quand on consomme sur place, on préférera la bière pression dans les bars et, pour ce qui concerne la consommation à domicile, mieux vaut choisir de préférence les bouteilles en verre, en grand format plutôt qu’en contenant individuel, sans oublier de participer au tri sélectif des déchets ensuite. Le verre est l’un des emballages ménagers les mieux recyclés aujourd’hui avec plus de 68% de verre recyclé en France en 2009 selon l'INSEE.

    ET N’OUBLIEZ PAS : L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. A consommer avec modération.
      
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    Parapluie

    Quand il pleut, la planète se met à l'abri ! Car nos parapluies ne sont pas sans pépins pour l'environnement...

    Avec le réchauffement climatique, les périodes de sécheresse sont plus fréquentes mais les jours de pluie aussi : en France, les précipitations ont augmenté de l'ordre de 10% au vingtième siècle. Du coup, le parapluie est devenu un objet symbolique de notre époque urbaine et climatiquement perturbée, il fait partie de notre paysage quotidien… au point que la plupart d'entre nous le considèrent comme un objet avant tout utilitaire, qui peut donc être acheté sur un coup de tête, dans la rue, pour se protéger d'une averse soudaine et être jeté tout aussi vite dès qu'il présente une faiblesse. Voici donc quelques repères pour passer entre les gouttes sans que le ciel ne nous tombe sur la planète !

    Le saviez-vous ?

    • Des millions de parapluies sont jetés chaque année, compte-tenu du bas prix des versions les plus courantes, mais aucune filière de récupération et recyclage n'existe, et les magasins de réparation ont disparu, à quelques exceptions près, comme la société reparapluie qui propose ses services aux professionnels et aux particuliers. Les parapluies rapidement cassés finissent donc le plus souvent dans les incinérateurs ou les décharges, aux côtés des déchets non-biodégradables.

    Bonnes nouvelles

    • Les derniers fabricants français ne misent plus que sur le haut de gamme pour survivre, comme à Aurillac, capitale déclinante du parapluie, où est encore fabriquée une petite moitié de production française (soit 500 000 parapluies par an), assurée par les 2 dernières entreprises de l'hexagone qui se sont regroupées pour créer un GIE et une marque commune, "L'Aurillac". D'autres marques françaises ont fait le même pari du haut de gamme, comme Ayrens, Guy de Jean, Vaux et Delos.
    • En 2006, le blog écolo Treehugger.com et le magazine de mode I.D. ont organisé en 2006 un concours de design "Umbrella Inside Out" pour trouver des solutions au problème environnemental posé par les parapluies devenus emblématiques de la façon dont la vogue du jetable envahit notre quotidien : d'un côté le concours proposait de créer un parapluie écologique (le modèle vainqueur, Crayella, est tout entier en polypropylène recyclé et recyclable, qu'il s'agisse de la structure, du mât ou de la toile) et de l'autre il récompensait des créations textiles réutilisant la toile de parapluies hors d'usage (les robes étaient assez haut de gamme in fine, car la toile de parapluie a un côté soyeux qui suggère la robe de soirée !). Les créations textiles ont été présentées à Paris, à l'Ethical Fashion Show d'octobre 2006.
    • Dans le même esprit, une styliste new-yorkaise a lancé un projet de mode, The Umbrella Project, par lequel elle crée des robes à partir de toile de parapluies usagés (une vingtaine de parapluies par robe).

    Ce que vous pouvez faire

    • Faute de pouvoir acheter pour le moment le parapluie écologique Crayella (qui n'est pas commercialisé), évitez de multiplier les parapluies. En cas d'averse subite, pressez le pas, mettez votre manteau sur la tête (mieux encore : investissez dans un imperméable avec chapeau !), abritez-vous un moment si besoin, mais évitez de céder à la tentation du parapluie vendu dans la rue pour un ou deux euros… qui sera jeté aussi rapidement qu'il a été acheté, après qu'un coup de vent l'ait retourné par exemple. Investissez une fois dans un beau modèle, durable, que vous garderez longtemps !

    • Et pour ceux qui ont investi dans un parapluie « made in France » mais qui se désespèrent face à l’usure de la toile ou des baleines, pensez à faire réparer votre parapluie plutôt qu’à en acheter un autre. Une petite boutique pleine de charme, Pep’s répare votre parapluie pour 10€ à 20€. Vous ne polluez pas et en plus vous faites des économies !
    Passage de l'Ancre - 223 rue St Martin - Paris 3ème
     
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  •   Pas si cool pour la planète, le jean... mais que faire pour en alléger l'impact, des champs de coton à la poubelle ?

    Indémodable et familier (nous en possédons en moyenne 1,5 par personne), le jean est aussi opaque : son étiquette affiche un prix variable (entre 10 et 100 euros) mais ne dit rien sur ses impacts sociaux et environnementaux, alors qu'on sait que les coulisses de l'industrie textile ne sont pas toujours reluisantes. Et c’est sans parler de son impact environnemental, depuis la culture du coton (intense en pesticides), la transformation avec teintures polluantes, le transport (certains pantalons vendus en France combinent du coton indonésien confectionné au Bangladesh, avec une fermeture éclair bangladaise et des boutons ou rivets venus de Hong-Kong) ou enfin le lavage et le pressing ! Comment choisir et entretenir son jean en étant tranquille pour la planète ? Suivez le guide…

    Le saviez-vous ?

    • Enfin viennent la teinture et la transformation : si le pantalon est produit dans un pays ne disposant d'aucune législation sur le traitement des eaux, il se transforme vite en horreur écologique. A chaque étape (ennoblissement de la fibre, puis teinture et délavage), les usines de production déverent des quantités de produits chimiques dans la nature si les eaux ne sont pas traitées. Outre le danger pour les ouvriers, cela peut aussi constituer un risque pour le client, car si les colorants toxiques sont mal fixés, ils peuvent provoquer des dégorgements sur la peau (via la transpiration), mais aussi une assimilation et dégradation du colorant par l'organisme provoquant des concentrations au niveau de la vessie et des risques de cancer.
    • La deuxième étape commence une fois que le jean est produit et vendu : il s'agit de l’utilisation (nettoyage, repassage...) et de la fin de vie, qui représentent 48% des émissions de gaz à effet de serre selon l’ADEME. Plus on lave son jean, plus on use la planète ! Evidemment, la machine à laver consomme de l'énergie, sans compter le sèche-linge et même le fer à repasser qui font exploser les compteurs électriques. L’impact est encore pire si vous donnez votre jean au pressing, ce que font certains pour les jeans de luxe, avec dentelles, pailletés, peintures. Car les procédés de teinturerie utilisent des produits toxiques, comme le perchloréthylène, et consomment beaucoup d'énergie.

    Bonnes nouvelles

    • Si, comme chacun le sait, les questions de délocalisation et de sous-traitance dans les pays émergents ne sont plus seulement aujourd'hui l'affaire des entreprises du textile, elles ont cependant été les premières, il y a plus d'une dizaine d'années, à s'engouffrer dans cette voie pour baisser leurs coûts de production et rester compétitives sur des marchés très disputés. Il n’est donc pas étonnant que le secteur ait été en première ligne, à la fin des années 90, des débats sur les conditions de travail dans les usines de sous-traitance… Bilan : d’après une étude parue dans le numéro de décembre 2007 de 60 Millions de Consommateurs, les grandes marques sous le feu des médias comme Gap, H&M, Levis', Carrefour Tex, Lee ou Zara affichent de bonnes performances pour ce qui concerne la robustesse de leurs engagements sociaux et environnementaux… mais on trouve quand même des grands en queue de classement : Diesel, Lee Cooper, Liberto, Pepe Jeans, etc.
    • Peu à peu, les marques alternatives (Idéo, Machja) et plus grand public (Levi’s Eco, Ober ou G-Star) se mettent au coton bio pour leurs jeans. Mais seule une marque alternative comme Idéo invite ensuite à éviter le sèche-linge dans la phase d'utilisation… D'autres marques explorent d'autres voies : ainsi, Rica Lewis (qui vend ses produits en grandes surfaces) a lancé en 2006 le premier jean équitable labellisé Max Havelaar, une déclinaison du modèle-phare de la marque, le RL70.

    Ce que vous pouvez faire

    • Il ne s’agit pas de renoncer au jean mais d’adopter des comportements d'achat et d'utilisation qui minimisent son impact sur l'environnement. D’abord, choisir un jean en coton bio si possible… et sinon demander l’origine de la toile, si le vendeur la connaît. Ensuite, suivre quelques règles de base : porter son pantalon plusieurs jours par semaine au lieu d'un seul ; le laver toutes les cinq utilisations, plus si possible mais pas moins ; le laver dans une machine de classe A et à froid ; mieux (et donc moins) doser la lessive ; et enfin ne jamais le repasser (une personne sur deux repasse ses jeans) ni le faire sécher en machine.
    • Quand il sera usé jusqu’à la corde, mieux vaut toujours le donner, le revendre ou le transformer en chiffons de peinture pour les petits, plutôt que de le jeter aux ordures où il finira dans un incinérateur, dont les émissions de gaz à effet de serre équivalentes à celles d’un cyclomoteur sur 337 kilomètres !

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    A l'origine de plusieurs publications sur la gouvernance de l'eau, l'OCDE a piloté les travaux sur la gouvernance lors du dernier forum mondial de l'eau de Marseille. Questions à Aziza Akhmouch, qui coordonne ce sujet au sein de la Direction de l'OCDE « Gouvernance publique et Développement territorial ».

    Novethic : Que répondez-vous à ceux qui contestent la monétisation de l'eau au motif qu'elle est un bien commun et doit être accessible à tous ?

    Aziza Akhmouch : L’eau est un bien commun, mais l’accès garanti à une eau de bonne qualité est un service qui ne peut être assuré qu’à un certain coût. Il n’y a que 3 moyens de couvrir ce coût : faire appel aux consommateurs (via une facture d’eau), aux contribuables (via les impôts), à la solidarité internationale (via l’aide au développement, ou les fonds structurels européens). L’OCDE, avec ce concept des « 3Ts » (taxes, tarifs, transferts) plaide pour une juste répartition entre ces trois sources de financement, qui doit être étudiée au cas par cas et faire l’objet d’un débat politique.

    En règle générale, ne pas faire payer l’eau aux usagers génère des gaspillages et conduit à un sous-investissement dans le service public de l’eau, qui pénalise les plus pauvres (ils devront acheter de l’eau plus chère et de moins bonne qualité à des revendeurs). Il est souvent plus efficace de refléter le coût du service dans le prix et de mettre en œuvre des mesures d’accompagnement ciblées pour les plus pauvres.

    Est-ce que la politique de l'Afrique du Sud, qui consiste à faire payer l'eau au delà d'un minimum vital (environ 25 litres/ personne, selon l'AFD), est une "best policy" que l'OCDE promeut ? Qu'en pensez-vous ?

    C’est une des options. Toutefois, certaines études montrent qu’elle pénalise les familles pauvres, souvent nombreuses, dans la mesure où la consommation n’augmente pas nécessairement avec le revenu. D’autres mesures, mieux ciblées sur les familles pauvres, peuvent être plus efficaces ; elles relèvent généralement des politiques sociales et non du prix de l’eau.

    Quelles mesures par exemple ?

    Le passage à un tarif progressif, par exemple, permet de mieux tenir compte des objectifs de protection de la ressource et de fourniture à tous d’un quota d’eau potable à prix réduit. Néanmoins, pour éviter de pénaliser les ménages nombreux, il convient de choisir parmi les différents tarifs progressifs un tarif “équitable” qui garantit un même prix moyen du litre d’eau pour tous les usagers domestiques desservis par un même réseau. Ce critère d’équité est très important car pour être socialement acceptable, le prix de l’eau ne doit pas être trop défavorable pour un type de foyer plus qu’un autre (entre familles nombreuses et les personnes seules par exemple).

    A Paris, La Mairie, consciente des problèmes financiers que cause le prix de l’eau et de l’assainissement pour les personnes pauvres a institué des programmes d’aides. Par exemple, en 2009, elle a adopté le principe selon lequel les dépenses d’eau et d’assainissement ne devraient pas dépasser 3% des dépenses de consommation des ménages. Plus de 44 000 ménages démunis ont bénéficié d’une allocation de solidarité eau qui représente environ le tiers de la facture d’eau. L’aide ainsi attribuée représente près de 1% des dépenses totales d’eau des ménages. Ces aides municipales pour l’eau complètent les importantes allocations de logement de l’État (Caisses d’allocations familiales, etc.) et de la Ville de Paris.

    Quel regard portez-vous sur le mouvement de récupération de la gestion des eaux municipales par les collectivités locales françaises ?

    Le renouvellement des délégations et concessions est assez lent, compte tenu de la durée des contrats. Il est normal que le retour en régie fasse partie des options étudiées par les autorités responsables de la gestion du service public d’eau et d’assainissement. Cela renforce la concurrence auxquels les opérateurs privés sont confrontés. Il est important que cette option, comme les autres, fasse l’objet d’une évaluation a priori, et d’un retour sur expérience, afin que les collectivités apprécient les forces, les faiblesses et les conditions de succès de chaque option.

    La Water Governance Facility (WGF) du PNUD estime que la gouvernance de l'eau doit inclure la clarification des rôles et responsabilités de toutes les parties prenantes. Que pensez-vous de cette affirmation ?

    L’OCDE dans son rapport de 2011 « La Gouvernance de l’Eau dans les Pays de l’OCDE : une approche pluri-niveaux » préconise également cela. Le secteur de l’eau est caractérisé par une très grande fragmentation institutionnelle et territoriale. C’est un enjeu à la fois local et mondial, avec une pluralité d’acteurs (publics, privés, associatifs) à différentes échelles et souvent il est très difficile de savoir qui fait quoi. Or pour guider l’action publique, mettre en place des lois, des régulations, des standards, il est indispensable d’identifier les acteurs et les responsabilités respectives. Mais cette première étape n’est pas suffisante, il faut au-delà de cette cartographie des acteurs identifier un certain nombre de déficits de bonne gouvernance et des bonnes pratiques pour y remédier. Le travail de l’OCDE apporte des réponses à ces questions. Nous avons par exemple testé la grille d’analyse « OECD Multilevel governance Framework » dans 17 pays de l’OCDE, 13 pays d’Amérique latine. Elle permet d’apporter des recommandations sur les plans de la gouvernance, du financement, de la régulation et de la gestion par bassin. 

    Propos recueillis par Thibault Lescuyer
    © 2012 Novethic - Tous droits réservés    24-07-2012

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  •   La crème solaire en cache un rayon                        

     

    (Crédit photo : meyer - tendance floue)
    Impossible d’échapper au tube de l’été ! Et c’est tant mieux quand il protège des ultraviolets. Mais le flacon a ses zones d’ombre. Les voici en pleine lumière.
               
    Article publié dans le

    N° 38 - juillet août 2012

    Vivre autrement

    Pour se protéger du soleil, il faut en connaître un rayon. Primo, commencer par définir son type de peau – claire, mate ou noire – et les conditions d’ensoleillement – altitude, durée et horaire de l’exposition. Deuzio : décoder l’étiquette. L’indice, signalé par le facteur de protection solaire (FPS), informe le consommateur du niveau de protection contre les ultraviolets B (UVB). Ce sont eux qui nous permettent de bronzer mais qui, en brûlant l’épiderme, sont aussi responsables des coups de soleil. Un produit qui présente un FPS de 20 laisse passer 1/20 d’UVB dans le derme. Autrement dit, il bloque 95 % de ces rayons. Un FPS 50 en coince 98 %. A ce jour, aucun filtre n’est efficace à 100 %. Raison pour laquelle la mention « écran total » est désormais interdite.

    Tartinage trop parcimonieux

    Encore faut-il appliquer généreusement la crème. Les laboratoires évaluent l’efficacité du bouclier anti-rayons sur la base d’une application de 2 mg de produit par cm2 de peau. Or, se barbouiller d’une telle quantité reviendrait à vider, toutes les deux heures, le quart d’un tube de 125 ml ! En réalité, d’après le professeur de photodermatologie Pierre Thomas, on se tartine avec bien plus de parcimonie : 0,5 mg de produit par cm2 de peau en moyenne. Ce qui réduit l’efficacité de la protection : « Il faut alors diviser par quatre le chiffre de l’indice et son efficacité », précise-t-il. Mieux vaut donc choisir une crème avec un FPS de 20 ou de 30 et s’en badigeonner copieusement et souvent, plutôt que de prendre de la 50 + – indice recommandé pour les personnes intolérantes au soleil –, plus chère et donc étalée du bout des doigts.

    « D’autant que les hauts indices de protection peuvent avoir un effet pervers, ajoute le professeur. Pensant être correctement protégé, on se surexpose. Mais si on peut rester au soleil sans jamais avoir de coup de soleil, à terme, c’est un coup de vieux qu’on attrape, à cause des UVA. » Car le FPS ne vaut que pour les UVB. Leurs cousins UVA traversent, eux, le derme en profondeur et sont responsables du vieillissement cutané, ainsi que des allergies au soleil. Et peuvent également être à l’origine de cancers.

    Le bio oublie les traces blanches

    Depuis 2006, la réglementation européenne impose que la protection aux UVA soit au moins égale au tiers de la protection aux UVB. Mais il est recommandé de choisir des produits avec le plus fort indice de protection aux UVA possible. Seul souci : cette information n’est pas obligatoire sur l’étiquette ! Un autre facteur peut peser dans le choix d’une crème : le type de filtres utilisés pour empêcher la pénétration des UV. Il en existe deux, qui peuvent cohabiter dans un même tube : les filtres chimiques, qui absorbent les UV, et les écrans minéraux, qui les réfléchissent. Les premiers utilisent des substances allergènes, soupçonnées d’être des perturbateurs endocriniens, notamment l’octocrylène et le 4-méthylbenzylidène.

    « L’innocuité, surtout à long terme, de ces deux produits est loin d’être prouvée tant que l’essentiel des études se feront sur des rats », déplore le professeur Didier Gourier, de l’Ecole nationale supérieure de chimie de Paris. Quant aux conséquences sur l’environnement, elles sont connues : pollution de l’eau, féminisation des poissons, blanchiment des coraux, etc. Les écrans minéraux sont, eux, biodégradables. Ils sont notamment utilisés dans les produits solaires bios. Depuis toujours, ces crèmes s’étalaient mal et laissaient des traces blanches. Récemment, les fabricants ont trouvé la parade : réduire à l’échelle de nanoparticules le dioxyde de titane (TiO2) qui les compose. L’Oréal utilise ainsi ce procédé « depuis plus de vingt ans », d’après la firme. Qui se félicite : « La forme nanoparticulaire permet à la crème d’être transparente, ce qui incite nos consommateurs à mieux utiliser les produits et donc à mieux se protéger contre les rayons UV. »

    Premier problème : le Centre international de recherche sur le cancer a classé en 2007 le TiO2 comme cancérigène possible. Deuxième hic : les nanoparticules sont si fines qu’elles peuvent traverser la barrière cutanée et se balader dans notre organisme ! Avec quels effets ? A vrai dire, personne n’en sait trop rien. En 2010, l’Agence nationale de sécurité sanitaire relevait « qu’étant donné les incertitudes sur le potentiel de pénétration cutanée et sur l’activité phototoxique, les risques ne peuvent être exclus ». En application de la loi Grenelle 2, les fabricants de substances à l’état nanoparticulaire seront tenus de les déclarer à partir du 1er janvier 2013. La présence de nano-TiO2 dans les crèmes sera donc mentionnée. En attendant d’en connaître les effets, la meilleure protection contre le soleil reste l’ombre, le chapeau à larges bords et les vêtements couvrants. Bon été quand même ! —

    D’un été à l’autre, le recyclage impossible

    Nous sommes en juillet et vous souhaitez ressortir le tube de crème solaire de l’été dernier. Oubliez. Même si l’emballage indique que le produit est efficace pendant un an, en réalité, le filtre solaire s’est altéré. « Il ne résiste pas à la chaleur, explique Claire Geoffroy, dermatologue. Si vous laissez votre tube en plein soleil, sur la plage, considérez qu’à la fin de l’été, au lieu d’avoir un indice 50, vous avez désormais un indice 15. » Petite consolation : vous pouvez recycler votre produit en crème hydratante. En revanche, un tube entamé sur les pistes de ski en février ne subira pas les affres de la chaleur. Vous pourrez le ressortir l’été venu ! —


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    Prévention des risques industriels : un bilan mitigé

    Publié le 16-07-2012

     


    En 2011, 926 accidents impliquant des installations classées pour la protection de l'environnement (ICPE) ont été répertoriés en France. Une loi de 2003, la loi Bachelot, impose cependant des règles de protection des riverains, qui concernent 9 millions de personnes. Mais celle-ci peine à s'appliquer. Explications avec Yves Blein, maire de Feyzin et député PS du Rhône, président d'Amaris, l'association nationale des communes pour la maîtrise des risques technologiques majeurs.

    Novethic. Où en est l’application de la loi Bachelot ? L’année dernière, à l’occasion des 10 ans d’AZF, l’accident qui avait initié cette loi, vous présentiez un bilan plus que mitigé (voir article lié). Cela a-t-il avancé ?  
    Yves Blein. 
    Il y a une progression dans la mise en place des plans de prévention des risques technologiques, du moins en volume avec un peu plus de 400 PPRT adoptés (environ 35 % du total contre un objectif initial de 70% fin 2012, ndlr) mais les plus délicats ne sont pas encore prescrits. Lors du colloque du 5 juillet (« quelle place pour le risque technologique dans la ville du XXIème siècle ? »), nous avons aussi pu vérifier que les méthodes de prévention et les standards de protection contre les risques industriels étaient plus ou moins équivalents en Europe.
    En revanche, nous restons toujours très attentifs à la question des crédits d’impôts pour aider les riverains à réaliser les travaux d’aménagement de leur habitation dans le cadre des PPRT. Depuis l’an dernier, le texte a été un peu amélioré dans la loi de finance 2011 puisque l’Etat a remonté à 30% sa contribution. Mais nous sommes encore loin du compte par rapport à ce qui avait été défini dans la loi Grenelle 2. Nous allons donc revenir à la charge.

    Le nouveau gouvernement vous semble-t-il être attentif à cette question ? 
    Yves Blein.
     Lorsque nous avons plaidé notre cause auprès des différents partis lors des dernières élections, le parti socialiste a bien relayé la question, notamment sur la problématique des riverains. Nous avions notamment beaucoup travaillé avec l’ancienne rapporteuse du budget au sénat, Madame Bricq qui connaît bien le sujet mais aussi avec la commission finance de l’assemblée nationale, donc ce n’est pas un sujet qui leur est inconnu. J’ai bon espoir d’avoir une écoute attentive, mais le contexte budgétaire actuel ne nous permettra sans doute pas d’obtenir tout ce que nous souhaitons…

    Début juin, des PME ont déposé un recours administratif contre le PPRT de Sisteron au motif qu’elles doivent supporter seules d’importants travaux de protection de leurs bâtiments…
    Yves Blein.
     C’est un sujet qui nous inquiète énormément car leur sort n’a pas été pris en compte par la loi. La réglementation prise sous le coup du traumatisme de l’accident d’AZF a sans doute été trop rapidement conçue à cet égard : elle a été conçue pour protéger les riverains sans tenir compte de la présence de nombreuses entreprises dans ces périmètres. Or il y a un risque de disparition de certaines petites entreprises qui sont dans la zone classée à risque mais qui n’ont rien à voir avec les installations industrielles, qui génèrent la mise en place d’une zone de protection. Il y a effectivement ces entreprises de Sisteron* qui ont demandé l’annulation du PPRT, mais d’autres sont en grave difficulté à Toulouse par exemple et dans ma ville, à Feyzin, c’est un fabricant de meubles qui risque d’être déplacée. 
    Le problème vient du fait qu’on leur impose les mêmes exigences de protection que les riverains, mais sans aucune prise en charge comme le crédit d’impôt. Plus de 10 000 entreprises sont concernées, avec un coût total de travaux estimé à 1,5 milliard d’euros.
    Nous demandons donc un traitement adapté pour ces entreprises, pour leur permettre de protéger et de former leur personnel mais ne pas leur créer de nouvelles contraintes de renforcement du bâti disproportionnées qui sont trop lourdes pour elles et qui menacent leur survie.

    Justement dans un contexte de désindustrialisation, comment réagissent les élus face au risque industriel ? 
    Yves Blein.
     Ce qui est clair, c’est qu’il y a une forte volonté des élus de conserver et d’encourager le développement des entreprises sur les territoires, car elles représentent une richesse fiscale et une source d’emplois indispensable. Il n’y a donc pas de remise en cause des installations industrielles. Mais il faut que cela soit compatible avec une forte protection des riverains. Et avec le développement des autres entreprises qui sont situées sur les territoires visés par les PPRT. 

    *Selon le quotidien La Provence du 4 juin, des entreprises riveraines (Citroën, Point P et Mercedes) du groupe Sanofi à Sisteron (Alpes de Haute Provence) ont déposé en février un recours devant le tribunal administratif de Marseille pour éviter « de payer les lourds travaux » de protection imposés par Le PPRT et demander l’annulation de celui-ci. Certains vont jusqu’à 180 000 euros, « sans garantie de protection », dénoncent les plaignants.

    Propos recueillis par Béatrice Héraud 
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  •  Les centrales électriques actuelles sont vulnérables au réchauffement climatique

    04 juillet 2012,

    centrale_nucleaire_riviere© C. Magdelaine / notre-planete.info

    Ces dernières années, le réchauffement de l'eau, couplé à la baisse des débits des rivières aux Etats Unis et en Europe, a engendré des baisses de production voire des arrêts temporaires de plusieurs centrales thermo-électriques. Par exemple, la centrale Nucléaire de Browns Ferry en Alabama a dû être mise à l'arrêt à différentes reprises l'été dernier car les eaux du Tennessee n'étaient plus assez fraîches pour la refroidir. Ce scénario pourrait bien devenir fréquent à cause du réchauffement climatique en cours.

    Selon une étude publiée dans "Nature Climate Change" et menée par des scientifiques européens et des chercheurs de l'Université de Washington, au cours des 50 ans à venir, le réchauffement de l'eau et la baisse du débit des rivières auront tendance à perturber la production d'électricité. Les auteurs prévoient que le manque d'eau de refroidissement entraînera une baisse de la capacité thermo-électrique entre 2031 et 2060 de l'ordre de 4 à 16 % aux U.S. et de 6 à 19 % en Europe. Ainsi, le nombre de chutes de tension électriques drastiques (dues à des arrêts complets ou quasi complet) devrait pratiquement tripler.

    "L'étude montre qu'il va falloir repenser notre modèle de refroidissement thermique," commente Dennis Lettenmaier, co-auteur et professeur de génie civil et environnemental à l'Université de Washington. 

    Les centrales électriques qu'elles soient nucléaires ou thermiques (énergies fossiles) transforment de l'eau en vapeur pour actionner une turbine. Aux Etats-Unis, elles produisent plus de 90 % de l'électricité et consomment 40 % de l'eau douce ; en Europe, elles produisent les trois quarts de l'électricité et représentent environ la moitié de la consommation d'eau douce.

    L'essentiel de cette eau est ensuite "recyclé," mais les centrales électriques ont besoin de volumes d'eau constants et importants, à une certaine température, pour refroidir les condenseurs des turbines. Or, moins d'eau fraîche (à cause du réchauffement de l'air et du climat) implique une fourniture d'électricité plus chère et moins fiable.

    Toutes les centrales à tours de refroidissement seront affectées, surtout les plus anciennes car elles exigent un débit élevé : elles pompent  directement l'eau d'une rivière ou d'un lac pour refroidir les turbines avant de la rejeter après un seul passage dans le circuit de refroidissement (circuit simple).

    L'étude prévoit que les centrales électriques états-uniennes les plus touchées seront celles implantées à l'intérieur des terres (à circuit de refroidissement simple) au bord des grands fleuves du sud-est, telles « Browns Ferry » en Alabama et « New Madrid » (au charbon) sur le Missouri.

    "Le scénario catastrophe dans le sud-est est une canicule qui dope la consommation d'électricité pour la climatisation," explique le professeur Lettenmaier. "Si la demande explose quand la température de l'eau de la rivière est trop élevée, la centrale doit s'arrêter et ça peut devenir très compliqué."

    L'étude est basée sur les modèles hydrologiques et de réchauffement de la température de l'eau élaborés par les professeurs Lettenmaier et Yearsley (de génie civil et environnemental) de l'Université de Washington. Côté européen, les scientifiques ont couplé ces modèles à celui développé pour prévoir la production d'électricité selon deux hypothèses d'ajustement au changement climatique : « ajustement technologique à la marge » d'un côté ou « adoption rapide des énergies renouvelables » de l'autre. Les prévisions d'impact sur les systèmes de production d'électricité sont fonction des deux scénarios.

    Les Etats-Unis et l'Europe ont des normes environnementales strictes pour les eaux pompées par les centrales et la température des rejets d'eau. En cas de canicule associée à de faibles débits des rivières, on assisterait à une incompatibilité accrue entre les impératifs environnementaux et de production énergétique.

    Les rejets d'eau chaude dans l'environnement sont également source de pollution thermique en aval.

    « Les électriciens comme les consommateurs sont affectés par la hausse du coût de l'électricité et l'impact du réchauffement climatique. Il y a aussi le problème de plus en plus pressant de l'élévation de la température des eaux fluviales sur les écosystèmes : les cycles de vie des organismes aquatiques sont perturbés, » souligne Michelle van Vliet, principal  auteur de l'étude et doctorante à l'université et centre de recherche de Wageningen (Pays-Bas).

    « Compte tenu du coût élevé des centrales et de leur longue durée de vie », dit-elle, « les électriciens ont besoin de prévisions de très long terme pour prévoir les investissements d'adaptation des infrastructures à la raréfaction de l'eau de refroidissement. »

    « L'une des réponses possibles serait de réduire la dépendance en eau et d'implanter les centrales près des littoraux », indique le professeur Pavel Kabat, autre contributeur de l'étude et directeur de l'International Institute for Applied Systems Analysis (Autriche), qui supervise la thèse de Michelle van Vliet.

    « Pour autant, compte tenu de la durée de vie des centrales électriques et du fait qu'on ne peut les déménager près de nouvelles sources d'eau de refroidissement, l'option n'est pas envisageable à court terme. Elle doit néanmoins être prise en compte dans les plans d'équipement infrastructurel. » Il évoque aussi la piste de centrales moins gourmandes en eau de refroidissement : « des centrales optimisées, au gaz, qui sont plus performantes que les centrales nucléaires ou celles utilisant d'autres énergies fossiles. »

    Les autres co-auteurs de cette étude sont Fulco Ludwig de l'Université de Wageningen et Stefan Vögele de l'Institut des Énergies et de la Recherche climatique (Allemagne).

    Référence    Vulnerability of US and European electricity supply to climate change ; Michelle T. H. van Vliet, John R. Yearsley, Fulco Ludwig, Stefan Vögele, Dennis P. Lettenmaier & Pavel Kabat - Nature Climate Change (2012) doi:10.1038/nclimate1546

    Source     Nuclear and coal-fired electrical plants vulnerable to climate change - University of Washington
    Traduction exclusive Michelle Vuillerot

    Auteur     Christophe Magdelaine / notre-planete.info - Tous droits réservés


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  • (Crédit photo : France 5)
     
    Loin du lait frais et de la miche sortie du four, on se débat aujourd'hui avec des produits transformés dont on ignore souvent tout. Une opacité cultivée par les lobbys et disséquée par Stéphane Horel, dans son nouveau documentaire
               

    Les aliments ? C’est de l’énergie, du goût, un brin de culture et de plaisir. C’est aussi, parfois, un ennemi dans la course à la sveltesse. C’est encore un écheveau d’information et une montagne d’opacité. Ainsi débute « Les Alimenteurs », le nouveau documentaire de Stéphane Horel, après Les Médicamenteurs et la Grande Invasion« 8 aliments sur 10 sortent tout droit d’une chaîne de fabrication », annonce d’emblée la voix off. En clair, de la vache au beurre ou du poireau à la soupe, il y a des tonnes d’étapes – salage, graissage, retrait de nutriments, ajout d’additifs - qui finissent par former des produits trop salés, trop sucrés, trop gras qui nuisent à la santé. Et ce, sans même que le consommateur s’en aperçoive, tout perdu qu’il est dans les rayons débordants de son supermarché. Le secteur est si opaque, dit un expert de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale, qu’il faudrait instaurer une autorisation de mise sur le marché comme celle existant pour les médicaments.

    Les lobbys qui pèsent dans la balance

    Faute d’une mesure si radicale, les autorités ont bien imaginé les moyens de guider le consommateur hors des sentiers de l’obésité et de la malbouffe. Elles ont inventé en 2001, le Programme national nutrition santé (PNNS) qui a collé des messages de santé publique –« manger, bouger » ; « manger au moins 5 fruits et légumes par jour » - sur les publicités pour les produits jugés nocifs. Elles ont tenté d’interdire les spots vantant les sucreries entre deux dessins animés. Tandis que les instances européennes essayaient d’imposer un système de feu rouge sur les produits alimentaires trop riches en sucre, gras, sel. Chaque fois, les lobbys ont pesé dans la balance et fait baisser les ambitions des autorités publiques, regrette le documentaire.

    Réquisitoire saupoudré de petites animations humoristiques, Stéphane Horel nourrit son argumentaire à la parole d’interviewés de taille : ex-ministres, chefs d’agences gouvernementales, chercheurs – Roselyne Bachelot et Martin Hirsch sont en ce sens assez étonnants de sincérité. Absents du casting, Marisol Touraine, pour la Santé, ou Stéphane Le Foll à l’Agriculture, élus après le bouclage du docu, à leur ministère. Sauront-il faire un peu le tri dans nos têtes, et donc dans nos assiettes ?


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    Mozambique : du manioc à la place du charbon


    Et si le manioc, en plus d'être un aliment de base en Afrique, devenait une alternative au charbon utilisé dans les réchauds ? Au Mozambique, ce projet initié par des sociétés danoises et américaines a su séduire plusieurs centaines de familles qui se servent désormais de cette plante pour alimenter leurs nouveaux poêles.

    Un réchaud écologique utilisant du manioc à la place du charbon dans des pays en développement, et permettant à ses vendeurs d'obtenir des crédits carbones : c'est l'idée d'un groupe formé de trois sociétés, la banque Bank of America Merrill Lynch, la société américaine de capital-risque Cleanstar, et la firme danoise Novozymes. Ce trio commercialise en Afrique, et au Mozambique notamment, des poêles qui en visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre dans des pays en développement, lui permet de réduire son propre bilan carbone en emmagasinant des crédits au fil de ses ventes.

    Aux mois d'avril et mai dernier, 200 réchauds ont ainsi été achetés à Maputo, la capitale du Mozambique. Toutefois ce projet risque de rencontrer des obstacles, et le chercheur britannique Joseph Hanlon, spécialiste de l'économie locale, ne croit pas en un développement à grande échelle de ce poêle écologique. "Les pays en développement croulent sous les centaines, voire les milliers de tentatives d'améliorer les poêles. Ça marche à petite échelle mais n'est jamais largement adopté. Et il y a beaucoup de raisons à ça. Changer les méthodes de cuisson est difficile. Les appareils trop techniques marchent rarement", explique-t-il à l'AFP.

    Mais Abyd Karmali, directeur pour le marché carbone du cabinet d'analyse financière BoA Merrill Lynch, se montre lui plus optimiste. Ce réchaud, affirme-t-il, "est le premier vraiment complet. Du point de vue de l'environnement, il apporte une vraie réduction des gaz à effet de serre". 85% de l'énergie aujourd'hui consommée au Mozambique est issue du bois. Les familles cuisinent avec un réchaud à charbon qui en plus de provoquer des risques de maladies respiratoires, coûte de plus en plus cher. Le prix du charbon a en effet doublé en seulement trois ans.

    Des terres peu exploitées au Mozambique

    Le poêle commercialisé par le trio américain et danois fonctionne avec de l'éthanol de manioc produit par la société Novozymes dans une raffinerie de la ville portuaire mozambicaine Beira. Un carburant vendu dans le magasin Cleanstar de Maputo. Mais ce projet n'a pas tout de suite convaincu le gouvernement du pays, qui se méfie des biocarburants et de leur impact sur la crise alimentaire. Le Mozambique souffre déjà beaucoup de son très faible taux d'exploitation de ses terres arables. Le pays en cultive aujourd'hui moins de 10%. De la nourriture doit alors être importée.

    Néanmoins, le ministre de l'Agriculture Jose Pachecoil a fini par conclure qu'il n'y avait "pas de contradiction entre produire de la nourriture et produire pour l'agro-industrie". Le Mozambique "est vaste", souligne-t-il.


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