Eklablog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Publicité

Canards en rizières

Les rizières de Camargue pourraient utiliser des canards pour une recette 100% bio  06 janvier 2012

riz_bio_canards_CamargueBertrand Poujol, installé sur son exploitation depuis 2006, teste différents itinéraires techniques agroécologiques pour le désherbage de ses cultures de riz. L'infestation des rizières par les mauvaises herbes est le premier facteur qui impacte les rendements de riz tant en culture biologique qu'en culture conventionnelle.
© Sylvie Curty pour Jardin Bio

Les canards, friands de jeunes pousses de mauvaises herbes, pourraient être une solution alternative à la lutte chimique dans les rizières de Camargue !

La panisse (Echinochloa crus galli) et le triangle (Cypéracées) sont deux bêtes noires des riziculteurs camarguais. Ces mauvaises herbes infestent les rizières, rendant très difficile la culture de riz bio deux années successives : elles peuvent faire chuter jusqu'à 80% les rendements. Jean-Claude Mouret, chercheur à l'UMR Innovation de Montpellier précise : « pour être rentable, une production de riz biologique doit atteindre un rendement minimum qui se situe, compte tenu du prix actuel, autour de 4 tonnes/ha soit 8 t/ha sur deux années consécutives. Mais cet objectif est difficile à atteindre la deuxième année du fait d'une trop forte infestation par les adventices. Malgré la rotation, le stock de graines de mauvaises herbes peut compromettre durablement la production de riz. ».

S'inspirant de pratiques observées en Asie et expérimentées au Japon, l'UMR Innovation a testé sur une exploitation rizicole biologique, l'association de canards à la culture du riz. Consommant les graines et les jeunes pousses d'adventices, les canards pourraient contrôler l'infestation des mauvaises herbes dans les rizières. 

L'expérimentation a démarré en 2011 avec l'appui de FranceAgriMer dans le cadre du plan d'adaptation de la filière rizicole.

   Ça cancane en Camargue

Sur sept hectares de riz de « deuxième année », le riziculteur Bernard Poujol a fait pâturer 300 canettes mulardes pendant un mois et demi, de mi-juin à fin juillet, lors du tallage du riz : « les canards ont été achetés à l'âge de trois jours et élevés dans une serre aménagée avant leur introduction dans les rizières. J'ai apprivoisé les canards et les ai habitués à pénétrer dans les rizières, à se familiariser avec les clôtures électriques... ». L'agriculteur a réalisé un semis enfoui en lignes en remplacement d'un semis à la volée, pour permettre aux canards de se frayer un passage plus facilement. « Je les accompagne dans la rizière et les change de parcelles quand il le faut. Ce sont des bêtes très faciles à manoeuvrer, des partenaires très intelligents,
c'est un plaisir ! Les canards font peu de dégâts sur le riz, circulent et nettoient l'inter-ligne : ils fouillent la terre et étêtent panisses, triangles et autres herbes, leur faisant ainsi perdre l'effet de concurrence sur le riz. Ils ont une réelle efficacité de désherbage ».

Un herbicide qui a déjà ses palmes

Les premiers résultats, collectés suite à la récolte d'octobre 2011, sont concluants : en consommant les jeunes plantules de mauvaises herbes, les canards ont réduit la biomasse des adventices de l'ordre de 20 % et permis une augmentation du rendement de 26 % par rapport à une parcelle sans désherbage. Le riziculteur est très satisfait et compte renouveler l'expérience : « Grâce au broutage des canards, il est possible de cultiver du riz deux années de suite en atteignant une moyenne annuelle de 5 t/ha ! Cela sécurise les revenus de l'exploitation. D'autant plus que les coûts du désherbage sont absorbés par la vente des canards : j'ai prévu de vendre 75 % des canards, le reste servant à l'éducation des jeunes : c'est un désherbant qui me permettra au final de gagner de l'argent ! ». L'expérimentation sera poursuivie en 2012, pour affiner l'itinérairet echnique.

Des flamants roses en adjuvant

Déjà, dans les rizières, les canards s'affairent. Ils assainissent la rizière des graines d'adventices et leurs déjections fertilisent le sol avant les prochains semis. L'agriculteur les a réintroduits une fois la récolte finie, s'inspirant de l'activité des flamants roses qu'il avait observée un an auparavant. Pendant leur séjour de quelques semaines sur l'une de ses parcelles en eau, les oiseaux avaient consommé des graines d'adventices et aéré la terre par leurs piétinements et coups de becs. Les mesures de l'UMR Innovation semblent confirmer ces observations : les stocks de graines d'adventices du sol sont plus faibles sur les deux parcelles mises en eau pendant l'interculture que sur les autres.

L'Unité étudie d'autres techniques alternatives pour lutter contre l'apparition de mauvaises herbes dans les rizières de Camargue. Tester des techniques de « faux semis », augmenter la densité de semis, introduire des légumineuses dans la rotation, étudier l'influence du surpâturage des brebis dans les parcelles en rotation avec le riz... Jean-Claude Mouret a d'ores et déjà discuté du protocole pour réaliser un nouveau prototype avec l'ensemble des riziculteurs biologiques intéressés par la démarche en 2012.

  Situation de la riziculture française en 2010/2011

   La France produit un quart de sa consommation annuelle de riz. Principalement située en Camargue, la production annuelle française s'élève à 120 000 tonnes de riz paddy, le riz « brut » enveloppé de sa coque. Blanchi, le riz est ensuite commercialisé sous le label IGP « riz de Camargue » créé en 2000. La culture de riz permet dans ce delta du Rhône de valoriser les sols exposés aux remontées de sel de la nappe phréatique et autorise ainsi l'introduction d'autres cultures dans la rotation.

En 2010, deux cents riziculteurs cultivaient sur ce territoire 21 204 ha de riz. Une trentaine de riziculteurs se sont récemment convertis à l'agriculture biologique. Aujourd'hui 5 % des surfaces sont cultivées en agriculture biologique. Les rendements moyens obtenus en riziculture conventionnelle s'élèvent à 5,7 t/ha oscillant entre 2 et 10 t/ha. En mode de conduite biologique, la moyenne des rendements en riz paddy s'établit à 4 t/ha avec une variabilité de 0,5 t à 8 t/ha.

Auteur   Cécile Poulain / INRA
Référence

Jean-Claude Mouret, Roy Hammond, Gatien Falconnier et al. Conception et évaluation participatives d'itinéraires techniques alternatifs à la lutte chimique pour contrôler les mauvaises herbes dans les rizières de Camargue. Compte rendu d'étude scientifique : convention Inra/FranceAgriMer (à paraître).

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article