Il s’agirait donc d’un choix politique, idéologique. Pourtant, à en croire un document rédigé en avril 2012 par la directrice du CEF de Savigny-sur-Orge, Malika Bendris, et révélé par Libération, l’état des lieux dans certains de ces centres est « alarmant ». « Un climat malsain, pervers, voire « maffieux », écrit-elle, règne au sein de mon établissement » ; elle se dit « effrayée par tant de mal-être et par la souffrance de certains agents » ; « tout est vide, il n’y a ni livres, ni matériel informatique, ni salle télévision (sic), aucun équipement ludo-éducatif à destination des mineurs » ; « les fugues et les incidents à l’interne se multiplient », etc. A part ça, tout va très bien monsieur l’agent !
Le plus grave est que le constat de Malika Bendris intervient deux ans après un rapport interne de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) – en charge du dispositif –, qui était, selon nos informations, très critique à l’égard du fonctionnement de ce CEF. Deux ans se sont écoulés avant l’arrivée de la nouvelle directrice et rien n’a changé, apparemment.
Même attentisme à Combs-la-Ville. Après la visite de Nicolas Sarkozy en septembre 2011 dans le centre situé dans cette ville, un rapport commandé à la PJJ s’alarmait du déficit pédagogique et de la lourdeur des coûts. Et pourtant, rien ne bouge. En mai 2012, ce centre a d’ailleurs été le théâtre d’une rébellion de sept mineurs. Le montant des dégâts s’élevait à quelque 25 000 euros. Le député et maire de Combs-la-Ville avait estimé à l’époque que «ces incidents [étaient] regrettables et condamnables, mais c’est normal qu’il y ait de gros moments de tension et de difficulté dans un lieu de privation de liberté où sont placés des jeunes au parcours très compliqué».
Il a fallu attendre l’arrivée de la gauche en mai dernier pour que le ministère se mobilise. Sentant le vent tourner, l’actuel directeur de la PJJ, Jean-Louis Daumas, un ancien des cabinets de deux ministres de la Justice UMP successifs, Michel Alliot-Marie puis Michel Mercier, a commandé un nouveau rapport sur la situation de Combs-la-Ville. L’audit est en cours.
Ces dernières années, de nombreux rapports ont évalué les CEF. Résultat : « le bilan est nuancé », précise un magistrat de la PJJ. D’où, peut-être, cette phrase de Taubira, toujours dans Libération : « Il faut arrêter de dire que c’est LA solution ». La ministre a lancé une vaste inspection. Un premier pas, selon Pierre Joxe, auteur d’un livre sur la justice des mineurs. « Ces centres, explique-t-il à Marianne2, n’avaient jamais été soumis à une étude d’évaluation générale. » Ce que les caciques de la droite se sont bien gardés de rappeler.