Jean-François Copé espère «une vague bleue» aux prochaines élections municipales, en 2014. «C’est le rendez-vous», jure-t-il depuis quelques jours. Un rendez-vous qui doit aussi titiller Serge Dassault. L'héritier de Dassault aviation, quatrième fortune de France, selon le classement de Forbes, patron du groupe Figaro, et sénateur UMP a une mairie à défendre, sa citadelle : Corbeil-Essonnes.
Distribution d’enveloppes, clientélisme, corruption, achat de voix, procédure abusive… soupçons ou magouilles avérées, Serge Dassault a toujours été au petit soin pour conserver la municipalité conquise en 1995 et longtemps restée entre les mains des communistes. La campagne municipale de 2009, l'élection de 2008 ayant été invalidée, fut un révélateur de cet attachement mêlé d'un instinct guerrier tel que le milliardaire brisa à plusieurs reprises toutes barrières éthiques, morales, voire légales.
Frappé d’inéligibilité sur décision du Conseil d’Etat _ qui faisait savoir que «plusieurs habitants de Corbeil-Essonnes ont attesté avoir eu directement ou indirectement connaissance de dons d’argent effectués par M. Dassault en faveur d’habitants de la commune, y compris dans la période précédant les opérations électorales», le capitaine d'industrie, âgé de 84 ans à l'époque, crie au «complot politique». Mais le «vieux» – surnom donné par des jeunes de la ville à Dassault – veille au grain, menant campagne au côté de son suppléant, Jean-Pierre Bechter, l'actuel maire de la ville qui fut affublé par l'opposition du doux sobriquet de «pantin de Dassault».
C’est cette drôle de campagne que raconte avec minutie et sobriété le documentaire «La cause et l’usage», réalisé par Dorine Brun et Julien Meunier, dont la sortie en salle est prévue le 5 septembre *. «Lorsque le Conseil d’Etat annule l’élection de 2008, nous avons pensé que c’était l’occasion pour saisir cette atmosphère très étrange qui régnait sur la ville, explique Dorine Brun qui, comme son partenaire, est originaire de Corbeil. Nous étions loin de nous imaginer que Dassault allait se montrer publiquement et en toute impunité pendant la campagne.»
Trois mois durant ils ont arpenté les rues, filmé la plupart des candidats, recueilli les témoignages des habitants puis monté un film ou la voix off n'a pas sa place. «Nous voulions montrer comment s’agence le débat public et politique dans une élection locale par le prisme de l’espace public et uniquement l’espace public car c’est là que la parole est la plus libre, ajoute la documentariste. Pour cela, nous tenions à ce qu'il n'y est pas de commentaire qui vienne petrurber le récit.» Le résultat est édifiant. Le «système Dassault.»face caméra.