VIDEO: Barack Obama et Felipe Calderon lors du G20 au Mexique le 19 Juin dernier. Les Etats-Unis se félicitent que le commerce généré par les trois partenaires de la zone de libre échange entre le Mexique, les Etats-Unis et le Canada atteigne désormais le chiffre d'un trilliard de dollars.
60 millions de Mexicains vivent actuellement sous le seuil de pauvreté (avec un revenu inférieur à 180 dollars par mois) et 12 millions dans la plus extrême précarité (en dessous de 83 dollars par mois). Un quart de la population ne mange pas à sa faim quotidiennement. Le salaire horaire minimum est de 10 dollars de l'heure. L'argent des 20 à 30 millions de travailleurs mexicains aux Etats-Unis aide une partie substantielle de la population à pourvoir à ses frais de santé ou d'alimentation. Les conditions de travail ne tiennent quasiment aucun compte des lois sensées les encadrer. Dans ce pays plus que dans bien d'autres, le patron est omnipuissant, le juge - l'affaire Florence Cassez en témoigne - assis sur la Constitution et les élites intolérantes vis à vis de toute critique. Il ne fait pas bon rappeler à de nobreuses figures influentes du pays que leur pays n'est pas une démocratie libre.
Ce pays est pourtant le 14ème au rang mondial pour sa superficie et le 11ème pour sa population, avec un PIB par habitant de quelques 9 600 dollars (source: OCDE). C'est le 5ème producteur mondial de pétrole, 9ème exportateur, et avant la crise de 2008, sa dette avait été réduite à 8% de son PIB. Derrière cette performance, il est de coutûme pour les Etats-Unis et le Canada de vanter les mérites de l'ALEA, l'accord de libre échange qui, en janvier 1994, avait vu la naissance de la plus vaste zone de libre échange au monde. Mais le « deal » avait un prix, qui ne dérangeait pas le pouvoir de Bill Clinton ni celui des Canadiens: une association avec le président carlos Salina de Gortari, du fameux PRI, puis avec ses successeurs du PAN aujourdhui en pleine déconfiture. En clair, de véritables empereurs de la corruption qui ont redressé le pays économiquement pour le bien d'une élite totalement indifférente aux affres du reste de la population, et qui se sont associés avec les Etats-Unis pour une guerre sans merci contre les cartels de la drogue, trop puissants pour le pouvoir, malgré les exemples catastrophiques produits par cette politique dans les pays d'Amérique latine.
Le résultat est connu: plus de 50 000 morts et 20 000 disparus depuis 6 ans. Un temps financés par les Etats-Unis pour s'assurer leurs services contre les contras en lutte contre leur pouvoir allié des sandinistes au Nicaragua, les cartels mexicains avaient mêmes été rapprochés par la CIA des cartels colombiens afin d'avoir plus d'efficacité sur le terrain. Puis, Bill Clinton avec son homologue Ernesto Zedillo en 1999, George W. Bush avec Vincente Fox en 2007 et enfin Barack Obama avec Felipe Calderon, ont chacun renforcé la guerre contre les cartels mexicains. Le résultat a été constant: une explosion de la corruption à tous les niveaux de l'Etat comme forme de contre-attaque des cartels puis, à partir de 2008, le basculement dans l'ultra-violence, avec pour cette seule année 5031 morts. 45 000 ont suivi depuis. Le 13 mai dernier, une tuerie de masse à eu lieu à Cadereyta Jiménez, où ot été découverts 49 cadavres décapités, mains et pieds sectionnés, au bord d'une route à une trentaine de kilomètres à l’est de Monterrey. Quatre jours plus tôt, on avait découvert 18 cadavres dans deux automobiles abandonnés sur une route proche de Guadalajara, dans l’ouest du pays. Loin d'être contenue aux seuls membres de gangs, cette violence engloutit toutes les parties de la population, femmes et enfants compris, massacrés ici pour leur résistance, là pour les besoins en terrains ou en ressources, ailleurs pour donner l'exemple et impressionner les autorités.