Les cars remplis de touristes sur l'avenue de la reine Amalia s'arrêtèrent un moment pour une prise de vue, arrachée au réel athénien parfois sous les applaudissements. D'autres ont filmé, séquences courtes et exceptionnelles à conserver soigneusement sur les SSD et autres mémoires flash, avant de les visionner fièrement, de retour au pays, à la fin du séjour ou de la croisière au pays de l'hôtellerie, de la restauration et d'Amalia d'Oldenbourg. Eh oui, cette fille de Paul Frédéric Auguste, grand-duc d'Oldenbourg et de la princesse Adélaïde von Anhalt-Bernburg-Schaumburg-Hoym qui épousa le roi de Grèce Othon (de Wittelsbach, deuxième fils de Louis Ier de Bavière et premier souverain de la Grèce moderne), Amalia (ou Amélie) devint donc «notre» reine. C'était du temps de Josef Ludwig von Armansperg, homme politique et diplomate bavarois qui assura la régence du Royaume de Grèce pendant la minorité du roi Othon, après avoir exercé les fonctions de ministre de l'Intérieur et ministre des Finances du gouvernement bavarois. Josef Ludwig von Armansperg présidât au Conseil de Régence avec deux autres régents, Carl Wilhelm von Heideck et Georg Ludwig von Maurer, formant notre première Troïka.
Depuis, le quartier historique et l'avenue de la première reine ont connu bien d'autres événements. En suivant le cortège des manifestants, j'ai encore observé cet immeuble portant les cicatrices de l'histoire, marqué des éclats de balles, stigmates de la bataille d'Athènes (décembre 1944 - janvier 1945), opposant l'armée britannique et les troupes de la droite royaliste, aux forces communistes. Mais à présent, personne n'y prête attention. Sans doute parce que le temps présent est si épais. Une architecture sous une certaine influence Art déco, au 42 avenue Amalias, datant des années 1930, une œuvre de l'architecte Emmanuel Lazaridès (1894-1961), ancien élève de l'école des Beaux-Arts à Paris.
Deux députés participaient au cortège, Christos Katsiotis, élu communiste de la capitale et ancien employé de la branche, et Mikhalis Kritsiotakis, universitaire, élu Syriza de l'île de Crète. Et en Crète comme ailleurs, tout le monde réalise enfin que le tourisme est à la fois un problème et une solution. Les élus des autres partis n'ont pas jugé nécessaire d'effectuer le déplacement. Pourtant, il y a eu bien pire dans le comportement politique chez certains. Déjà, ce qu'a relaté Nikos Papageorgiou (le représentant du syndicat unitaire) du quotidien habituel et exceptionnel de ses collègues ne correspond en rien aux affirmations «rassurantes» que la classe politique «de gouvernement» a faites lors de la réception des grévistes par le ministre du Travail, Yannis Vroutsis (élu Nouvelle Démocratie aux Cyclades), après la manifestation d'hier. Selon Nikos Papageorgiou, «des députés et des dignitaires Pasok ont fêté la participation de leur parti socialiste au gouvernement du 18 juin, dans un hôtel ami. Tard dans la nuit, il a été "demandé" à un employé d'y rester pour les besoins de la fête, au-delà de son service, jusqu'à 5 heures du matin, mais il refusa. Aussitôt, les fêtards pasokiens ont convoqué le patron de l'établissement pour exiger le renvoi du salarié. Ce dernier a été licencié sur le champ».