Samedi 3 Août 2013 à 16:00
Voilà qui s'appelle prendre les touristes pour des Mickey : ces deux dernières années, le Disney Store des Champs-Elysées, à Paris, a été le théâtre d'une gigantesque arnaque aux clients de toutes nationalités confondues. Le mécanisme était simple : un vendeur infiltré recopiait en douce les données confidentielles des cartes bancaires, qu'il distribuait ensuite à des commerçants complices. Eux les utilisaient pour se rémunérer de ventes fictives (vins, vêtements, et même scooters en fonction de leur spécialité).
Afin d'optimiser la collecte illicite de ces précieuses données - car, enfin, un seul pékin dans un magasin de peluches, ça se serait vite révélé gagne-petit pour cette ambitieuse clique de plumeurs -, quelques serveurs de restaurants luxueux des alentours furent recrutés pour compléter le dispositif. En mars dernier, quand ils mirent fin à l'entourloupe, les enquêteurs furent stupéfaits par l'ampleur du réseau de complicités, mais aussi par le montant total qu'avait engrangé l'arnaque en moins de deux ans : 14 millions d'euros.
Quatorze millions d'euros, une paille ! Notre industrie est en berne, le bâtiment s'essouffle et les soldes font un flop, mais il y a bel et bien, en France, une filière en plein boom. Elle échappe, et pour cause, à la statistique nationale : c'est l'arnaque aux touristes. Car, en plus des grands classiques hexagonaux - le chauffeur de taxi qui adapte son itinéraire en fonction de l'exotisme de l'accent, les aigrefins des marchés provençaux qui vous font prendre de l'huile d'olive espagnole pour du nectar local, la «vue sur mer» qui n'est qu'une lucarne sur un timbre bleu, la paillote qui recycle des restes pas très frais de «grandes tables» -, l'inventivité de ce secteur semble sans limites, et ses relais de croissance, innombrables.
Le dernier en date, le plus spectaculaire sans doute, est l'irrésistible essor du racket des touristes chinois. Selon la Préfecture de police, ces agressions représentent désormais 17 % du total des plaintes déposées par des touristes à Paris.
C'est que les «nouveaux riches» de l'empire du Milieu viennent de plus en plus nombreux - et en cohortes - visiter la Ville lumière. Ils arrivent avec la solide réputation d'emporter dans leurs valises quelques alléchantes liasses de billets qu'ils comptent dépenser dans les boutiques de luxe de l'avenue Montaigne. Une réputation en partie confirmée par les statistiques : selon le spécialiste de la vente détaxée Global Blue, un vacancier chinois dépense en moyenne 1 470 € en France et consacre 60 % de son budget de voyage au shopping.