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"Les cahiers russes..." étude 2

« Comment dessiner l'atrocité ? »


Illustration extraite des « Cahiers russes », page 33 (Igort/Futuropolis)

« La structure du livre suit mon arrivée à Moscou sur les traces d'Anna. L'histoire de Moussa ouvre sur la Tchétchénie. Elle est racontée dans un rapport d'Amnesty international qu'Anna Politkovskaïa connaissait bien. C'est une histoire très importante. Les documents officiels sont terrifiants. Une fois qu'on les a lus, on ne peut pas oublier.

Au “ camp de filtrage ” de Tchernokozovo, il n'y a pas de travail forcé. Il n'y a que de la torture : les gens sont tués ou mutilés. Dessiner, ça pose un certain nombre de questions graphiques : comment représenter ça ? Je me le demandais tous les jours.

“Raconter sans être illustratif”

“Je voulais raconter sans être illustratif. Le pacte que j'avais passé avec moi-même, c'était de ne pas mettre d'effets spéciaux. Je fais des albums depuis trente ans : au bout d'un moment, on sait comment dramatiser une scène. Là, j'ai essayé d'être le plus éthique possible : évoquer en dessinant des silhouettes, et sans exagérer.

De toute façon, les histoires parlent d'elles-mêmes. Il faut utiliser une technique la plus transparente possible : j'ai dessiné à la plume et aux pinceaux-feutres. Parfois, j'ai utilisé l'aquarelle. Les aplats de couleur sont faits à l'ordinateur.

J'ai travaillé à partir de photos, j'ai regardé les plans, essayé de voir quelle était l'atmosphère. Dans mes albums, j'ai toujours beaucoup travaillé sur l'atmosphère. Parmi les anecdotes, les archives racontent par exemple que dès qu'ils veulent s'amuser, les soldats mettent de la musique heavy metal. Pour les prisonniers, ça signifie qu'ils commencent à torturer.”

Ne pas blesser le lecteur, ne pas le consoler non plus


Illustration extraite des “Cahiers russes”, page 36 (Igort/Futuropolis)

“C'est un récit-témoignage, et non du BD-reportage, parce que je ne suis pas journaliste. J'ai été accueilli par des dissidents russes, c'est tout. Je témoigne.

Vous savez, quand vous travaillez, au bout d'un moment, il y a une petite lumière qui s'allume. Vous commencez à voir comment raconter l'histoire. Il faut être à l'écoute, comprendre si ça vient ou pas. […]

Là, jusqu'au dernier moment, je me suis demandé si le livre arrivait. S'il prenait forme. Si tout cela n'était pas un délire, mais un témoignage. C'est la première fois en trente ans que j'ai des doutes jusqu'au bout. […] Dans ce livre, j'évoque une chose qui me blesse. Ça donne un récit douloureux mais ça n'est pas fait pour blesser gratuitement le lecteur. Mais ça n'est pas non plus mon travail d'instaurer une catharsis, ça n'est pas à moi de consoler les gens. C'est un travail politique de résoudre la question tchétchène. ”

“Des gamins qui ne comprennent pas ce qu'ils font”


Illustration extraite des “Cahiers Russes”, page 69 (Igort/Futuropolis)

“Quand j'ai lu ce témoignage [ci-dessus] dans un article d'Anna Politkovskaïa, j'ai été choqué. Tout à coup, cette croisade de gamins qui ne comprennent pas ce qu'ils font, qui abîment des vies, dont les leurs, m'est apparue dans toute sa tragédie.

Pour raconter ça graphiquement, il ne faut pas d'effet : ni de perspective, ni de cadrage grand angulaire, ni de jeu d'ombre et de lumière... C'est comme un documentaire : cadrage fixe, pour ne pas forcer la réalité.”














Extrait des “Cahiers russes” page 77 (Igort/Futuropolis)

Igort évoque les tentatives d'empoisonnement et de meurtres perpétrés contre les opposants au régime de Poutine. Puis il referme la BD, et sourit :

“ Vous savez, face à cela moi, je ne suis rien. Je ne raconte que des petites histoires...

Cela dit, je viens d'être invité en Russie, je ne préfère pas y aller pour l'instant.”

MERCI RIVERAINS !Dosna
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