Faut-il s’étonner que ces partis redoutent les élections comme la peste ? D’ailleurs, chaque élection générale se traduit par la défaite du parti au pouvoir. C’est pourquoi il est urgent de contourner ces élections imprévisibles, sources d’« instabilité juridique », selon la merveilleuse expression qui a cours dans les milieux des affaires et de la finance.
Alors, dans tout l’arsenal des moyens utilisables pour conjurer les dangers du vote populaire, les sondages se taillent la place la plus en vue.
Les primaires du PS offrent une démonstration de leur utilité pour pervertir la mécanique électorale. Les forces économiques et politiques qui, dans leur diversité, exercent le pouvoir disposent de la plus grande partie du complexe médiatico-sondagier. Il leur était assez facile de comprendre que DSK était alors leur meilleur candidat possible pour l’élection présidentielle à venir. Les électeurs de la primaire socialiste se sont alors trouvés devant le paradoxe du vote utile : les sondages disent que DSK peut gagner contre Sarkozy, donc je vote DSK, même si son programme ne correspond pas à mon choix. DSK parti, le même scénario s’est mis en place, avec plus de difficulté, mais avec le même résultat pour Hollande.
Voilà comment, dans les esprits de ceux qui gouvernent le pays, le sondage permet de revenir au temps béni où s’achetaient les suffrages. Les médias dominants ne parlent vraiment que des candidats crédibles selon les industriels du sondage. Ces derniers, eux, ne sondent vraiment que sur les personnalités jugées dignes d’intérêt par les quelques télés, radios et journaux de grande audience. Le système leur semble à tous bien rôdé, bien que, régulièrement, la preuve soit apportée que le sondage électoral n’est qu’une cuisine où, de secrets de fabrication en « coup de pouce » pifométrique du sondeur, le résultat montre plus ce que cherche le commanditaire que l’opinion des sondés.