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Pollution du Gange : en attente d'un miracle ?
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| 29/11/2011 | |
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Le 31 mai 2011, la Banque Mondiale annonçait le versement d'un milliard de dollars pour la dépollution du Gange. Cette somme, promise depuis fin 2009, est une ultime chance pour tenter de sauver un fleuve en voie d'asphyxie.
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Le Gange est pollué. Le problème n’est pas neuf, certes. Il revient, régulièrement, à la une des actualités, à la faveur des promesses gouvernementales, des aides internationales et des actions des ONG. Mais il est de plus en plus gros. Le fleuve sacré fait aujourd’hui face à une pollution extrême, qui met en péril la biodiversité et la durabilité de son environnement. Le Gange représente 25% de toutes les réserves en eau de l’Inde, qu’il sillonne sur 2525 kilomètres. 400 millions de personnes vivent sur ses rives. Il charrie depuis sa source, au nord-ouest de l’Himalaya, jusqu’au golfe du Bengale, près de 2 milliards de litres d’eaux usées. Nul besoin de grandes études ès microbiologie : eaux souillées rime avec risque pour la santé ! D’autant que le fleuve charrie aussi carcasses d’animaux et dépouilles humaines, qui en se décomposant relarguent les bactéries pathogènes contenues dans leurs intestins (des colibacilles fécaux). Rien d’étonnant à ce que son delta, le plus grand du monde, soit aussi le réservoir mondial historique du choléra. Même si pour la plupart des indiens, le Gange continue d’être sacré, donc propre. Dans ce pays où « tout est possible » (comme le dit le diction populaire « Sab Kuch Milega »), la foi l’emporte sur la science, et il est bien difficile d’agir. A moins d’être un Mahant (grand prêtre) comme Veer Badhra Mishra, du Sankat Mochan Mandir, le grand temple d’Hanuman à Vanarasi. Lui qui fait ses ablutions rituelles tous les matins dans le Gange depuis plus de 72 ans, refuse publiquement de boire la traditionnelle gorgée d’eau. « Il faudrait être aveugle ! » ironise-t-il…en connaissance de cause. Dans les faits, il semble avoir surtout existé sur papier et servi à remplir les poches des responsables politiques chargés de sa mise en œuvre. De plus, le peu de choses réalisées ne tenait même pas compte de deux problèmes majeurs en Inde dans le bassin gangique : la mousson et les coupures électriques. Une solution intelligente, proposée par la SMF et l’Université de Berkeley (USA) consistait à utiliser la gravité plutôt que l’électricité pour acheminer les eaux usées de Vanarasi à la centrale de retraitement, via un ingénieux système de bassins communiquants. Mais le gouvernement a préféré financer des modèles tout prêts de centrales fonctionnant à l’électricité, inopérantes en cas de coupures électriques, et refluant leur contenu directement dans le fleuve en cas d’inondations. D’autres ont des capacités bien trop limitées, à l’exemple de l’usine de retraitement de Kampur, ville réputée pour ses 400 tanneries et le chrome qu’elles rejettent, qui n’a qu’une capacité de traitement de 9 millions de litres par jour, alors qu’un responsable de la centrale lui-même estime le volume d’eau à traiter à 40 millions de litres par jour ! Autre exemple, la création très médiatisée, à Vanarasi, d’un sanctuaire de tortues entre Raj Ghat et Ramnagar Stretch : les tortues supposées dévorer les restes des cadavres du fleuve ont bien vite été, comme cela pouvait être prévisibles, braconnées par ceux qui sur les rives meurent de faim !
Il n’est pas sûr que ces ambitions largement médiatisées déjouent le « à quoi bon » de tous ceux qui continuent de croire que le Gange est un fleuve sacré que purifie Shiva et/ou ne se sentent pas impliqués dans les programmes gouvernementaux. Au cours d’une réunion publique menée fin septembre 2011 à Vanarasi, l’activiste Rajendra Singh a d’ailleurs dénoncé l’échec de la NGRBA à impliquer la société civile dans les programmes de dépollution ( article du Times of India du 22/09/2011 ). Tout ici est si fortement empreint de religieux que le gouvernement n’ose même pas prononcer les mesures élémentaires de protection des populations … Déclarer l’eau du Gange non potable, voire même interdire aux hindous de s’y baigner ? Impensable au risque de déclencher des émeutes dignes des guerres de religion ! De même, la régulation des crémations qui continuent de se dérouler comme le veut la tradition, à l’air libre… ou de toute autre pratique religieuse comme celle qui consiste à jeter dans le fleuve des couronnes de fleurs bénies par les brahmanes des temples ou à faire flotter de petites bougies en paraffine (dérivé d’hydrocabures )… Sans parler bien sûr du trafic fluvial des bateaux à moteur, des effluents toxiques des industries pharmaceutiques de Hrishikesh, des tanneries de Kampur et autres détritus qui y plongent. Mark Twain au siècle dernier disait qu’aucun microbe digne de ce nom ne pourrait survivre dans les eaux du Gange : on s’étonne en réalité qu’il n’y ait pas plus d’épidémies de choléra ! C’est peut-être bien là que l’on pourrait parler des miracles du Dieu Shiva. Clara Delpas |
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