Dans ses Dames galantes, au XVIe siècle, Brantôme évoque le viol en temps de guerre comme étant une conséquence quasi normale de la conquête : occupation du « territoire », appropriation massive du féminin par le masculin, corps des femmes envahis comme l’est la terre. Le geste de possession est geste de pénétration. Il inclut le sexuel sans que les faits souffrent généralement de longs commentaires. Brantôme conduit même à l’extrême un très banal fantasme de dominateur : « Elles aiment les hommes de guerre toujours plus que les autres et leur violence leur en fait venir plus d’appétit. »
Une longue histoire existe qui tolère l’acte comme une « évidence », alors que le juriste et philosophe Hugo Grotius, dans son Droit de la guerre et de la paix, au XVIIe siècle, insistait pourtant sur le fait que « violer les filles » en temps de guerre ne saurait « demeurer impuni ». La force, traditionnellement, l’a ici sourdement emporté sur le droit. Le livre collectif que publient aujourd’hui les éditions Payot, Viols en temps de guerre, sous la direction d’historiens chevronnés, reprend le thème. Ce qui permet tout d’abord d’approcher l’horreur, c’est de constater l’insoutenable.
Cette scène entre autres, en 1945, évoquée par un soldat soviétique, après qu’un convoi de civils allemands en fuite a été attaqué, et après qu’un groupe de femmes en a été « séparé » : « Les femmes, les mères et leurs filles se tenaient de chaque côté de la route, devant chacune d’elles se tenait une file hurlante d’hommes, le pantalon baissé. » Ou cette scène encore en Tchétchénie, rapportée en 1999 : « On a attrapé une sniper ensuite on lui a fourré une grenade dans le vagin, on l’a dégoupillée et on s’est enfui en courant. Elle a été déchiquetée. »